29.10.2009
REVEIL
"La chute des mythes n'est peut-être qu'un carnaval mais on sent que l'énergie pure passe au travers. On voit défiler les masques et les monstres ; il y en a qui se perdent, il y en a qui tombent ; ceux dont on ne sait plus rien. Les moralistes crient au scandale, mais il y a au moins cela d'acquis : un certain ordre a fait son temps."
(...)
"Le procès de la décomposition actuelle de la société me paraît tout à fait normale : pour moi ce n'est pas là un signe de mort mais un signe de vie. La vie est faite de transformations. Il faudrait même accélérer cette transformation, aller dans le sens de la nourriture. La révolte est toujours féconde. Seule la révolte porte en elle la nécessité organique de l'expression. Au contraire l'approbation amène l'indifférence. On s'endort."
(Federico Fellini)

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04.08.2009
QUESTIONNAIRE
C'est chez Vincent que j'ai trouvé cet astucieux questionnaire auquel je m'empresse de donner suite !
1)Quel est votre second film favori de Stanley Kubrick ?
Lolita (La perversité mélancolique de Shelley Winters, l’affolement progressif de James Mason, l’effrayant bien que prévisible final)
2)Quelle est l'innovation la plus significative / importante / intéressante dans le cinéma de la dernière décade (pour le meilleur ou pour le pire) ?
Les plan-séquences métaphysiques de Bela Tarr.
3)Bronco Billy (Clint Eastwood) ou Buffalo Bill Cody (Paul Newman)?
Une courte préférence pour Paul Newman, sans raison valable
4)Meilleur film de 1949.
Le sang des bêtes, de Georges Franju, pour sa modernité glaçante.

5)Joseph Tura (Jack Benny) ou Oscar Jaffe (John Barrymore)?
Le premier d’entre eux, pour l’humour définitivement obsolète qu’il incarne.
6)Le style de mise en scène caméra au poing et cadre tremblé est-il devenu un cliché visuel ?
Uniquement lorsqu’il est utilisé pour mettre en scène des clichés narratifs.
7)Quel est le premier film en langue étrangère que vous ayez vu ?
Mad Max 2, en 1982, qui m’était interdit en raison d’une décapitation. Le devoir de désobéissance de l’adolescence entraîne un certain nombre de déconvenues esthétiques.
8)Charlie Chan (Warner Oland) ou Mr. Moto (Peter Lorre)?
Peter Lorre, par principe.
9)Citez votre film traitant de la seconde guerre mondiale préféré (période 1950-1970).
Les douze salopards, de Robert Aldrich (le film symboliste le plus trivial qui soit, et réciproquement)
10)Citez votre animal préféré dans un film.
Le Bull-Terrier Baxter m’avait bien plu à l’époque (1989), dans l’intelligent film de Jérôme Boivin qui semble avoir disparu.

11)Qui ou quelqu'en soit le fautif, citez un moment irresponsable dans le cinéma.
Le cinéma ne doit surtout pas être responsable.
12)Meilleur film de 1969.
La horde sauvage, de Sam Peckinpah, pour son antimodernité grinçante.
13)Dernier film vu en salles, et en DVD ou Blu-ray.
La saison 2 des Soprano (dvd)
14)Quel est votre second film favori de Robert Altman ?
Streamers (1984) (Le plus grand film américain sur le Vietnam ?)
15)Quelle est votre source indépendante et favorite pour lire sur le cinéma, imprimé ou en ligne ?
Les liens ci-contre, le dictionnaire de Jacques Lourcelles, la plume oubliée de critiques d’un autre âge (chez les bouquinistes)
16)Qui gagne ? Angela Mao ou Meiko Kaji ?
Absolument aucune idéé
17) Mona Lisa Vito (Marisa Tomei) ou Olive Neal (Jennifer Tilly)?
Le choix ne s’impose pas. Actrices très secondaires.
18)Citez votre film favori incluant une scène ou un décor de fête foraine.
Difficile d’oublier la séquence de Ministry of Fear de Lang, tournée en mémoire de M
19)Quel est à aujourd'hui la meilleure utilisation de la video haute-definition sur grand écran ?
L’Anglaise et le Duc, d’Eric Rohmer

20)Citez votre film favori qui soit à la fois un film de genre et une déconstruction ou un hommage à ce même genre.
Blood simple (Joel et Ethan Coen, 1984).
21)Meilleur film de 1979.
All that jazz, de Bob Fosse (son plus grand film et la plus belle prévision de la débandade de toute la décennie suivante)
22)Quelle est la plus réaliste / Sincère description de la vie d'une petite ville dans un film ?
Raining stones, 1993 (C’est la banlieue de Manchester, mais c'est bien une petite ville devant la caméra communautaire du très grand Ken Loach).
23)Citez la meilleure créature dans un film d'horreur (à l'exception de monstres géants).
L’orang-outang sans trucage de Link (Richard Franklin, 1986)
24)Quel est votre second film favori de Francis Ford Coppola ?
Peggy Sue got married, 1987 (son immense nostalgie contenue)
25)Citez un film qui aurait pu engendrer une franchise dont vous auriez eu envie de voir les épisodes.
Judex, de Georges Franju.

26)Votre séquence favorite d'un film de Brian De Palma.
Le plan-séquence inaugural de The Bonfire of vanities, résumé définitif de la vacuité esthétique et morale de la fin du XXème siècle.
27)Citez votre moment préféré en Technicolor.
Pratiquement tous les plans du Narcisse noir, de Michael Powell (1947)
28)Votre film signé Alan Smithee préféré.
Jamais vu aucun.
29)Crash Davis (Kevin Costner) ou Morris Buttermaker (Walter Matthau)?
Films non vus. Kevin Costner sans raison valable.
30)Quel film post-Crimes et délits de Woody Allen préférez vous ?
Le suivant, Alice (1990), tendre hommage à Mia Farrow.
31)Meilleur film de 1999.
Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick (sans doute le film le plus anti-américain qui soit)
32)Réplique préférée.
«J’ai vu arriver cet insecte et c’était une balle » (Denis Lavant dans Mauvais sang de Léos Carax)
33)Western de série B préféré.
L’homme de l’Arizona, de Budd Boetticher (un souvenir imprécis mais tenace, le silence et le vide et puis soudain les déflagrations)
34)Quel est selon vous l'auteur le mieux servi par l'adaptation de son oeuvre au cinéma?
Maurice G. Dantec (sa tendance à la fois prétentieuse, schématique et brouillonne, notamment, est admirablement rendue)
35)Susan Vance (Katharine Hepburn) ou Irene Bullock (Carole Lombard)?
« Irene Bullock », sans la moindre hésitation

36)Quel est votre numéro musical préféré dans un film non musical ?
L’envol d’Anna Karina dans Vivre sa vie, de Jean-Luc Godard.
37)Bruno (Le personnage si vous n'avez pas vu le film, ou le film si vous l'avez vu) : une satire subversive ou un stéréotype ?
Pas de choix ici entre deux termes strictement équivalents. Toute subversion aujourd hui est un maniement roublard de stéréotypes.
38)Citez cinq personnes du cinéma, mortes ou vivantes, que vous auriez aimé rencontrer.
Léos Carax, Jean-Pierre Melville, Peter Greenaway, Jacques Tati, Juliette Binoche (pour parler poésie, politique, et puis ne plus parler)
12:35 Publié dans All that jazz, Intimité, Les uns et les autres, Nitrate d'argent | Lien permanent | Commentaires (41) | Envoyer cette note | Tags : peter lorre, léos carax, juliette binoche, carole lombard, stanley kubrick, jérôme boivin, michael powell
23.06.2009
ALIENATION
Quand la société libertaire post-moderne se rêve Etat de droit :

Ta dignité, tu la montres ou tu la quittes.
16:14 Publié dans All that jazz | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : burqa, sarkozy, salo, pasolini, guerre des sexes, aliénation
16.06.2009
LIBERALISME


Le libéralisme, c'est lorsque se surpasser soi-même n'est plus synonyme que de supplanter les autres.
09:51 Publié dans All that jazz, Nitrate d'argent | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : libéralisme, liberté, constantine, terza madre, lawrence, argento, aphorismes
10.06.2009
COMMUNICATION
La frustration de l'homme moderne quant au silence préalable de corps pourtant si proches, quant à leur outrageant mutisme différant sans cesse la reconnaissance, le conduit vers l'élucidation, du moins sa tentative, perpétuelle, puis vers la recréation confortable du monde, cette fois immédiatement accessible et qui plus est réactif à la seconde.
Le cinéma, parmi d'autres techniques, est ainsi devenu une manière de parler à la place des autres, de faire enfin parler les corps, de leur faire rendre gorge, le corps de ces Autres qui ne disent jamais leur vérité sans modifier la nôtre, et qui de ce fait doivent être peu à peu remplacés par les télé-images de Baudrillard, enfin distantes et obéissantes dans le même mouvement, visibles sans péril et manipulables sans limites.
"Nous vivions dans l'imaginaire du miroir, celui du dédoublement et de la scène, celui de l'altérité et de l'aliénation. Nous vivons aujourd'hui dans celui de la contiguité et du réseau. Toutes nos machines sont des écrans, nous-mêmes sommes devenus écrans, et l'interactivité des hommes est devenue celle des écrans. Rien de ce qui s'inscrit sur les écrans n'est fait pour être déchiffré en profondeur, mais bien pour être exploré instantanément, dans une abréaction immédiate au sens, dans une circonvolution immédiate de pôles de la représentation.
La lecture d'un écran est tout à fait différente de celle du regard. C'est une exploration digitale, où l'oeil circule selon une ligne brisée incessante. Le rapport à l'interlocuteur dans la communication, au savoir dans l'information est du même ordre : tactile et exploratoire. La voix dans la nouvelle informatique, ou même au téléphone, est une voix tactile, une voix nulle et fonctionnelle. Ce n'est plus exactement une voix, de même que pour l'écran, il ne s'agit plus exactement d'un regard. Tout le paradigme de la sensibilité a changé. Cette tactilité n'est pas le sens organique du toucher. Elle signifie simplement la contiguité épidermique de l'oeil et de l'image, la fin de la distance esthétique du regard. nous nous rapprochons infiniment de la surface de l'écran, nos yeux sont comme disséminés dans l'image. Nous n'avons plus la distance du spectateur par rapport à la scène, il n'y a plus de convention scénique. Et si nous tombons si facilement dans cette espèce de coma imaginaire de l'écran, c'est qu'il dessine un vide perpétuel que nous sommes sollicités de combler. Proxémie des images, promiscuité des images, pornographie tactile des images. Pourtant, paradoxalement, l'image est toujours à des années lumières. C'est toujours une télé-image. Elle est située à une distance très spéciale qu'on ne peut définir que comme infranchissable par le corps. La distance du langage, de la scène, du miroir est franchissable par le corps - c'est en celà qu'elle reste humaine et qu'elle prête à l'échange. L'écran lui est virtuel donc infranchissable. C'est pourquoi il ne se prête qu'à cette forme abstraite, définitivement abstraite, qu'est la communication."
(Jean Baudrillard, La Transparence du Mal)
11:50 Publié dans All that jazz | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : le sexe qui parle, supervixens, russ meyer, frédéric lansac, jean baudrillard
08.06.2009
JOURNAL DE NAISSANCE

En ce temps-là, les hommes de soixante ans portaient encore le chapeau, et les femmes raccourcissaient leurs cheveux en les attachant plutôt qu’en les coupant.
C’était le temps du cinéma dangereux, où les critiques catholiques permettaient certains films avec « d’expresses réserves » tout en en refusant d’autres, qu’ils « déconseillaient fortement », pour des raisons aussi étrangères à l’esthétisme que celles, plusieurs décennies plus tard, de leurs successeurs cette fois humanistes (et responsables), qui ne cesseraient d'inciter les spectateurs à aller se faire déranger.
En ce temps-là, la presse d’investigation, déjà subtile et ne s’en laissant pas compter, découvrait un jeune chef d’état, volontariste et ambitieux, qui se faisait surnommer par les salles de rédactions et quelques diplomates en vue, « Gaullico », en référence déférente. Et c’était Ceaucescu .
A l’époque, les étudiants prenaient tout ce qui était à prendre, découvrant l’amour libre et la dialectique dans le même mouvement, comme lorsque quelques amoureux publics sur un banc d’usine se faisaient déloger par des ouvriers CGT qui entendaient « rester maîtres chez eux », et qui tout en cadenassant la révolte, s’en réclameraient outrageusement plus tard.
C’était le temps où de nouveaux pavillons sur de gais terrains bientôt arborés étaient proposés à la vente, à Mons-en Bareuil comme à Cergy, voire dans la banlieue toulousaine, affriolants gouffres dont à peine une génération plus tard, le ghetto renverrait l’écho sinistre.
L’époque proposait en sus un nouveau concept de vacances, « farniente et culture », modelisant ainsi le touriste de demain, celui qui ayant tout saccagé en restant débonnaire, irait chercher aux quatre coins du monde ce qui n’existerait plus qu’en papier-guide.
En ce temps-là, les femmes souriaient déjà en plein drame, non sans calcul mais encore avec regret, et les hommes de quarante ans escaladaient de nuit les murs des maternités pour embrasser leur fils, avant d’aller seconder une escouade de flics prétendant ramener l’ordre, où une barricade désirant le contraire, sans se douter que l’ordre nouveau qui s'instaurait ainsi, précipiterait la fin des antagonismes, et que ce serait justement cela, la fin.
Nous vivons aujourd 'hui dans le monde libéral et décomplexé de Nicolas Cohn-Bendit et je mets au défi quiconque lisant le journal du samedi 18 mai 1968, d’avoir pu l’envisager.
11:13 Publié dans All that jazz, Intimité | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : mai 68, nicolas sarkozy, daniel cohn-bendit
26.05.2009
DANDY
Le cinéma de Carax est au confluent de la bluette et du pamphlet, de la lettre d'amour et du crachat, du sublime et du trivial, cette zone grise et rose où l'on agonit le monde d'injures pour une caresse, où l'on engage sa vie dans une étreinte. Pessimisme en verve, écoeuré flamboyant, son héros romantique accentue de films en films sa dégradation physique et vestimentaire, radicalise son désespoir et sa révolte, tuant désormais sciemment, et non par inadvertance, ceux dont la présence ou l'absence le blessent, se déclarant étranger au monde des compromissions et des trahisons. Au croisement improbable de Péguy et Dabadie, le dandy caraxien en veut au monde décrit par l'auteur de Notre jeunesse, "le monde des intelligents, des avancés, de ceux qui savent, de ceux à qui on n’en remontre pas, de ceux à qui on n’en fait pas accroire. Le monde de ceux qui font le malin. Le monde de ceux qui ne sont pas des dupes, des imbéciles." Il est aussi l'abandonné décrit dans l'Italien, "voleur, équilibriste, maréchal des logis, comédien, braconnier, empereur et pianiste", qui tout comme lui, ne cesse de dire, même mutique comme Langue Pendue ou jargonnant comme Merde, qu'il a connu des femmes, qu'elles lui ont tout pris, et qu'il en pleure encore.

11:00 Publié dans All that jazz, Nitrate d'argent | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : leos carax
16.04.2009
PAS UNE RIDE
C'était il y a presque trente ans, et cela aurait pu être écrit hier : Jean-Patrick Manchette dans sa chronique de Charlie-Hebdo évoque un livre d'entretiens de Jean-Luc Douin, Comédiennes aujourd'hui :
"...Nous avons maintenant des antivedettes de poche et des considérations sur le regard de la caméra et celui des autres, et sur la recherche de l'identité, et le cinéma considéré comme une psychanalyse, et la réalisation de soi, et l'insertion de soi dans les luttes. Fascinant, décidément.
Raymond Lefèvre, dans le numéro de juin de Cinéma 80, trouve que Marilyn Monroe a l'air d'une ravissante bêtasse dodue, et s'interroge : "Avec le recul, on se demande comment elle a pu parvenir à se constituer un tel mythe". Il ne voit pas que Monroe s'est trouvée précisément à l'endroit (au moment) où le cinéma se cassait. Après la chute de la dernière star, l'angoisse, dont le grand spectacle avait si bien marché cette fois-là, a été rapidement démocratisée (au sens Prisunic du mot). Chez les interviewées de Douin comme dans les films modernes, le spectateur ne trouve plus à acheter que son propre malaise et ses propres bavardages sur la question. C'est du recyclage (version écolo). C'est vraiment lugubre."
En trente ans, des épopées en toc de John Milius jusqu'au lyrisme en sucre de François Ozon, des transports d'américana à la réserve compassée de l'Auteur, du spasme géopolitique de l'adolescent fana-mili à la parodie de compassion du citoyen concerné, l'angoisse-Prisunic s'est en effet insinuée et recyclée partout.

10:40 Publié dans All that jazz | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : marilyn monroe, manchette, cinéma moderne, angoisse
19.03.2009
KAMASUTRA
Le problème avec l'actuelle représentation du sexe à l'écran, c'est la lourdeur symbolique qui l'accompagne presque invariablement et qui permet de juger les intentions des protagonistes et leur position (si l'on peut dire) dans l'échelle des valeurs du film, qui permet surtout de les caractériser sans échappatoire possible, autrement dit de les classer, loin d'une quelconque perspective érotique, en bonne concordance avec la conception utilitariste du sexe qui aujourd'hui prévaut, et les tentations matriarcales qui en découlent.

Ainsi par exemple dans Les liens du sang de Jacques Maillot, retraçant quelques faits de la vie de deux frères, l'un truand instable, l'autre policier intègre, peut-on trouver trois scènes sexuelles qui résument ce qui leur tient lieu d'habillage psychologique :
La position de la Levrette, la plus représentée dans le cinéma pornographique, est également devenue depuis la fin des années 80 un passage obligé des coïts du cinéma traditionnel lorsqu'il s'agit de dépeindre un homme hâbleur, misogyne ou méprisant (A vendre ; Podium ; Le bonheur est dans le pré). Très logiquement, elle réunit ici le bandit avec son ex-femme, qu’il a par le passé mise sur le trottoir, et qu’il retrouve lors de la création d’un nouveau réseau de prostituées, dont elle serait cette fois l’unes des proxénètes. Elle le hait pour tout ce qu’il lui a fait mais accepte cette nouvelle dépendance. On ne peut mieux suggérer que c'est par la maîtrise des codes et sa suprématie financière que l'homme garde le pouvoir. Leur brève union, forcément animale et humiliante, ne saurait être que celle-ci.
La position du Missionnaire demeure quant à elle la plus couramment utilisée dans les scènes naturalistes d’un certain cinéma français (de Blier à Dumont), où il s’agit de montrer le caractère machinal de la libido masculine, qui fait disparaître au propre comme au figuré le corps de la femme, mais ne peut empêcher le visage figé de celle-ci, en gros plan durant l’assaut. L'homme est clairement décrit comme n'étant mû que par son désir et c'est bien cela son drame, désir sans grande complexité à l'inverse de la mystérieuse attente féminine. Elle réunit ici le bandit avec une jeune serveuse qu’il a séduite mais qu’il semble aimer sincèrement, puisqu’il ne lui proposera jamais de "travailler" pour lui. Il se mariera même avec elle un peu plus tard, mais lui cachera toujours son passé et ses activités illégales. Sa sincérité ne va malheureusement pas jusqu'à la transparence, et ce n'est qu'ainsi qu'il devra aimer sa partenaire.
La position du Lotus a fait les beaux jours des films érotiques des années 70 mais également des couvertures des manuels d'entente amoureuse et autres B.A BA d'harmonie sexuelle. Elle est malgré tout rarement employée aujourd'hui où la suprématie féminine est plus clairement décrite par l'Andromaque, passage obligé de pratiquement tous les films hollywoodiens qui comportent un personnage féminin manipulateur, une déesse ex machina. Dans le Lotus en revanche, si la femme garde en principe l'avantage, les deux corps se font face dans une certaine identité physique, dans la symétrie et finalement l'indifférenciation. Logiquement, elle réunit ici le couple modèle, celui du policier noblement épris, jamais insistant, et la femme qui l'avait autorisé à l'aimer.
11:38 Publié dans All that jazz, Nitrate d'argent | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note | Tags : les liens du sang, jacques maillot, kamasutra
24.02.2009
FALL OUT
Nous pouvons toujours tenter de combattre le silence de ceux qui, au coeur de la société des sommations, font la folie de se taire, avant de réaliser que le tumulte ne dit rien.
Comme nous pouvons longtemps lutter contre la parole de l'oppresseur, avant de comprendre qu'il ne s'agit que de la notre.


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