06.03.2008
OURANOPHOBIE
La profusion de ces plans d'individus saisis par ce qui les surplombe en contrechamp n'est pas seulement le reflet d'une Amérique hantée par le fantasme de la punition divine ou l'anxiogène souvenir de tours effondrées.
Quels qu'en soient les thèmes et les motifs, cette récurrente figure de style assigne aux personnages comme aux spectateurs leur place : en deçà.
En deçà du récit qui les dispose comme des pions, de la fiction qui les ordonne comme des faits, de la technique mirobolante dont ils sont les faire-valoir ; en deçà de tout ce qui les assujetit pour leur bien, c'est-à-dire pour empêcher leur corps d'exulter à contre-temps ou leur esprit de prendre une distance qui soit autre que circonstancielle.
Définitivement sous le joug chatoyant des formes sidérantes, la seule place qui leur soit, et qui nous soit, réservée.
(Une manoeuvre malencontreuse et non une envie subite de table rase a fait disparaître les notes de l'année 2008)
17:30 Publié dans All that jazz , Nitrate d'argent | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
26.11.2007
CHOSES PUBLIQUES
En cas de malheur, de Claude Autant-Lara
La modernité, c'est la pornographie de chacun intégrant l'érotisme de masse.
C'est le plaisir accepté lorsque reproductible, honoré puique expliqué, promu parce qu'éventé.
C'est le bien pour tous, ou rien.
La modernité, c'est la piteuse actrice pour adultes, au regard neutralisé, qui se déclare amoureuse face caméra, plus obscène alors que dans une quelconque partie, filmée ou non.
C'est l'échangiste interrompu par la Bourse sur son portable, et remettant son échange à plus tard.
La modernité, c'est l'hésitation devenue taboue, le retrait hué et le filigrane spectaculaire.
C'est l'explicitation intensive de toutes les esquisses, le nettoyage ministériel des ambiguïtés, l'éclairage Philippe Stark de l'alcôve.
C'est le sex-toy au vingt-heures et Brisseau devant la justice.
10:10 Publié dans All that jazz | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : Jean-Clause Brisseau, Clara Morgane, Sex-toys
18.10.2007
LABYRINTHE
Absent une semaine, voici quelques liens pour les infatigables habitués de "Cinématique" :
Le cinéma tout d'abord, avec une remarquable mise au point sur "Notre musique", une bien belle revue là , un peu de Fritz Lang pas trop formaté ici et parce qu'il vaut mieux en rire, ceci.
Pour le reste, tous ceux qui ont retrouvé avec amertume ou colère, des phrases à la virgule près voire des titres de chapitres à l'intérieur d'ouvrages de "gensdelettres" bien installés ou en cours d'intronisation, quelques mois ou années après l'envoi naïf de leur manuscrit par la poste, sauront ce que peut ressentir Alina Reyes qui prouve, après Camille Laurens et quelques autres écrivains sensibles, que personne n'est à l'abri du pillage : c'est là et c'est sans appel.
Perspectives aiguës au Café, sur cette note cinématique en diable.
Sinon, pour finir sur une pointe d'exaspération, j'observe que tout comme ces couturiers et ces "figures politiques de premier plan" venant se pousser du coude à l'exposition "Dada", tout comme Sollers baisant les pieds de Debord, Christophe Honoré claironnant Eustache, des blogs couverts de pin's, de lampions et de clignotants, fébriles à l'idée de vendre un coussin péteur en l'honneur du Darfour, osent, toute honte bue, parler de pataphysique ou d'écriture de roman...
17:15 Publié dans All that jazz , Intimité , Nitrate d'argent , Raison et sentiments | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : petite boutique des horreurs, littérature mafieuse, totalitarisme libéral
15.10.2007
LES ENVOUTES
Nouvelle joute entre ceux qui crèveraient à l'idée de ne plus écrire, car chaque mot jeté sur le papier laisse une trace à l'intérieur d'eux-mêmes, et ceux qui tremblant de ne pas être lus, fomentent des coups.
Après la digne colère de Camille Laurens (qui n'est désormais plus lisible gratuitement sur la Toile mais qu'il est possible de se procurer ici), l'âpre démonstration d'Alina Reyes (chez le Stalker en synthèse et chez elle en détails) vient confirmer qu'Haenel comme Darrieussecq, ces petits tant soutenus, font de leurs fétiches volés des masques auxquels ils croient.
16:45 Publié dans All that jazz | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Alina Reyes, Camille Laurens, Yannick Haenel, Marie Darrieussecq
26.09.2007
LES JOLIES CHOSES
Un boxeur en bas résille et un organisateur de soirées le torse couvert de crème, des chroniqueurs au cachet sans concession, des femmes légères les mains crispées, une ronde d'enfants brisée en son milieu par un individu fluo sur rollers, des sourires de connivences, des fou-rires réprimés, des pleurs en direct, un chien battu à mort, des moines fous et des sociologues recueillis, une fellation en plein jour, rue des Martyrs, l'un gêné l'autre appliquée, un homme qui boit en recrachant régulièrement dans son verre, Sarkozy qui affirme, la Diversité qui chiale aux pieds du Même, tes yeux immobiles lorsque le manque te terrasse, la mort en de si petites doses, des éditorialistes sans aucun doute, des stars aux toilettes, l'Animation comme fin, une jolie pute à la froideur feinte, des pies par rafales juste avant le crépuscule, l'haleine forte d'un maire exalté, les dernières lueurs avant le grésillement du lampadaire, des cadavres en paquets de six déversés en toute hâte avant le temps qu'il fera demain.
10:20 Publié dans All that jazz , Intimité | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Medias
25.09.2007
LA MORT DANS LA PEAU (résumé des épisodes précédents)
Le bal des vampires, de Roman Polanski
Zemmour, celui qui se contente, et il n'est jamais assez content, de dire tout haut ce que tout le monde dit tout haut (hors plateau), qui déchire Breillat, ivre d'un rien, la pluie battante et grise endormant les voix lointaines, une dernière ronce aux mûres sèches qui revient comme une gifle, Ruquier qui se pousse du coude, avec des grimaces, des femmes de sportifs, coiffées, qui se jaugent en minaudant, une femme enceinte, les sourcils peints, qui titube en riant derrière un caddie de chips, Sarkozy qui affirme, Poivre d'Arvor qui parle de l'absence de sa fille avec certitude, des gens drôles qui se font applaudir, quelques faces ternes, les yeux scrutant la mire, qui font mine de se désintéresser, une petite fille vert-de-gris qui pleure sous les gravats, Paris Hilton et Ahmadinejad qui se succèdent, des idiots qui vitupèrent, des menteuses qui assurent, des couloirs qui se vident, une décoratrice qui peint en fanfare des fleurs insensées sur des draps brodés, des critiques exsangues qui ne veulent plus rien dire, un couple entre deux portes, chemise ouverte et robe à fleurs, qui à toute force veut donner à penser, un pyjama sali entre deux pots de terre ("Bruits de Chine"), qui fait se pâmer quelques élégantes coupe embuée à la main, Darrieussecq qui décalque, la salle du Beaupré qui fermera mardi pour de la fripe, le pigeon mort, au ventre lacéré de rose, qui s'effiloche en tournant.
15:35 Publié dans All that jazz , Intimité , Nitrate d'argent , Raison et sentiments | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Zemmour, Breillat, Ruquier, Darrieussecq
06.09.2007
DEVOLUTION
Autrefois, Sardou chantait sourdement sur du Dabadie, qu'il est bien difficile de vivre quand ce sont "les mamans qui s'en vont". Lorsque les femmes ont appris à quitter, l'une puis l'autre, sporadiquement puis en masse il y a quelques décennies, toujours mieux désorientées, happées, sollicitées par le fantasme de l'autonomie, le mirage de l'indépendance, le simulacre du choix, le silence a commencé. Celui précisément qui s'étend dans le tumulte.
Sous le harnais, la nature aussi marque le pas, et devant nos regards d'orpailleurs, ne survivent plus que quelques pièces de musée qui font leur numéro muet, sous la mitraille de japonais aux mèches teintes, sous la férule de quelques conservateurs trop soucieux pour être honnêtes, pépiements entrecoupés de sonneries de portables wagnériens, brises marines apportant en sus l'annonce d'alléchantes promotions, lacs irisés reflétant les incitations au meurtre de quelques cartouches de tabac, maëlstrom de merde.
Le réel, c'est ce qu'il nous reste quand nos désirs ce sont retirés, lorsque seule la fenêtre grillagée des oppressions médiatiques nous convainc encore, et que sous nos applaudissements, le clown assure qu'il rit vraiment de bon coeur, quand à chaque instant, le front en sueur, il calcule. Le monde moderne ne nous a laissé, sous les diarrhées de gloses, sous la tyrannie du franc-parler et de la langue décomplexée, que le silence en partage, réprobateur ou complice, ou plutôt les deux ensemble.
Notre enfer est celui-là, être toujours davantage sceptique et spectateur.
Le samouraï, de Jean-Pierre MelvilleBeing there, de Hal Ashby
15:30 Publié dans All that jazz , Intimité | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
23.08.2007
LES FORCENES DU LENDEMAIN
A lire ici , sans doute le meilleur texte critique sur l'hagiographie hautaine de Reza.
Ce monde qui sans cesse bouge de là, et qui s'offre à grands frais le vertige de "l'oubli de la veille", avec ces ambitieux qui chassent en cour, ces puissants qui nous entretiennent patiemment de leur puissance, ces libertins inquiets et ces subordonnés toujours d'accord, ces raisonneurs polygraphes et ces poètes du mélange quel qu'il soit pourvu qu'ils s'en recouvrent, c'est le nôtre.
On ne peut prétendre y échapper sans se trahir.
10:55 Publié dans All that jazz | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Yasmina Reza, Nicolas Sarkozy, Feydeau
13.08.2007
NOUVEAU FRANCAIS
Tant que la méchanceté n'a pas mûri, elle est prête à tout moment à se transformer en hystérie. (Alexandre Block)
People, de Fabien Onteniente
On peut tenter de se rasséréner par là
16:35 Publié dans All that jazz | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note | Tags : People, paparazzi, histrionisme, contrats
02.08.2007
LA SOCIETE DES SOMMATIONS
Glissons !
Elle nous mène où il faut.
Pas d'atermoiements, sauf erreur,
Pas d'ennui.
C'est chaud, la Visa, mais ça tient.
Attention aux marches et attention au chambranle.
Eurydice en négatif, tu nous guides puisque tu ne te retournes pas !
On peut te filer.
Je m'consomme.
Je veux de la déco d'hôtel de passe décalée.
De la tentation.
Je veux de la découverte de peuplades,
Et beaucoup de contre-ut.
Pourquoi ces cris ?
On n'est pas bien là, dans le sillage des hanches, humant sans tituber ?
Rebrousser chemin ?
Trop tard pour singer autre chose !
Sous le linceul rayé comme un suaire de chez Dior,
Causes et peines perdues,
Les traits impeccablement tirés,
Enfin statufié.
Je m'empresse d'être attendu
Et je serais mort ?
Blow out, de Brian de Palma
13:10 Publié dans All that jazz | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Brian de Palma, Isidore Isou, Guy Debord, Orphée, terreur






















