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23.04.2008

AMERICAN DISASTER

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Le ton est donné d'emblée par cet invraisemblable obèse sur lequel personne ne se retourne, non par pudeur ou savoir-vivre, puisque les mêmes indifférents dévisageront plus loin une fillette albinos avec insistance (fillette dont les parents avec qui je viens de faire le voyage m'ont avoué être atteints du "mal américain", c'est-à-dire du besoin compulsif de se ressourcer régulièrement "aux States"), mais bien parce qu'ici, à Chicago, Illinois, le surpoids est une sorte d'art de vivre. Quelques heures plus tard d'ailleurs, dans Millenium Park, le doute ne sera plus permis tant les mensurations normales, soit l'extrême maigreur en comparaison, ne concernent que les Latinos en guenilles qui tournent autour des poubelles.

Les plus hauts gratte-ciels du monde civilisé sont couverts sur leurs trois premiers étages, de publicités affriolantes et de laveurs de carreaux en rappel. Au sommet, des Japonais affolés et des Européens velléitaires, Routard en poche, photographient à vive allure les voitures de poupées jaunes qui sillonnent la ville. Les mêmes un peu plus tard s'extasieront devant le métro aérien et crasseux du début du siècle dernier, qui serpente entre les buildings aveuglés et les édifices néo-gothiques, des banques pour la plupart. Le soir, ils seront heureux comme Ulysse devant la tendresse des tournedos et la largeur des portions.

Ici, on ne flâne pas dans les rues, mais on les traverse quelquefois pour s'engouffrer dans une galerie marchande ; on ne se retrouve pas dans les cafés (réservés aux Européens déjà cités) ni dans les pubs (ouverts après 17h) mais on se croise d'une manière ou d'une autre aux guichets (i'm so glad to see you) ; on ne se promène pas sur la courte plage venteuse du Lac Michigan, qui ne sent rien, car on l'affronte en monoski toutes sirènes hurlantes. Ici, Les jeunes hommes en col blanc, les gros bras avec casquette à l'envers, les filles en jogging qui fuient le regard et les dames jamais ridées qui le cherchent en vain, ont presque tous cette petite oreillette en métal blanc et le monologue chuchoté qui va avec.

L'emplacement commercial des diverses strates ethniques suit un plan rigoureux. Au restaurant par exemple, quel qu'en soit le thème, les jolies afro-américaines sont en salles et les moins bien loties aux caisses. Les Chinois, hilares derrière la porte battante, sont en cuisine et les Latinos toujours autour des poubelles, mais cette fois pour les remplir. Le manager dont la porte lambrissée n'est jamais loin porte un patronyme irlandais ou polonais. Sur les affiches de grands blonds sportifs et de graciles blondes émues avalent avec gloutonnerie ce que vous pourrez bientôt commander.


(A suivre...)

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