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25.04.2008

AMERICAN DISASTER (II)

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Trois joggers qui me dépassent en soufflant fort sur State Street, franchissent sans arrêter de courir le portillon d'un hôtel de luxe. Les deux grands noirs en livrée et chapka (Chicago est The Windy City) qui en gardent l'accès, sourient d'un air entendu. Ici la sueur est un style et l'effort ostentatoire un gage de réussite.

Les Pissaro et les Monet, au deuxième étage de l'Art Institute, n'intéressent pas les autochtones qui se regroupent au magasin du musée, riche en mugs couleur nymphéa et en tee-shirts "I love Chicago" sur fond d'autoportrait de Van Gogh. Il faut dire que la plupart des toiles est éclairée en dépit du bon sens et que les Toulouse- Lautrec sont dans un couloir sombre entre la Grande Salle du Caillebote et celle du Seurat. Lorsqu'on ne ressent plus qu'en références, ce qui compte est bien entendu de retrouver dans les oeuvres visitées, ce qui se vend en signets et en écharpes, ou plus prosaïquement s'étale en double page des guides. La mauvaise foi consisterait à tenir tout cela pour un trait typiquement américain voire occidental, alors que dans ce domaine, les Japonais, parfois en trio mais le plus souvent en bandes éparses, sont les plus acharnés à reproduire ce qu'ils ont déjà en reproduction, dans une mise en abyme qui les conduit parfois à montrer du doigt, sur la photo qu'ils prennent d'eux-mêmes, l'illustration du guide qu'ils investissent désormais "pour de vrai".

Sur toutes les chaînes de télévision qui ne s'arrêtent jamais, quadras au ventre plat grâce à toute une série de machines métalliques, avocats concernés par l'injustice, dont le nom et le téléphone clignotent, prédicateurs qui vendent des biscuits bibliques (Mana) en échange d'audacieux pas de danse effectués en direct, sous les applaudissements frénétiques de l'assemblée, par des vieilles dames lançant leur canne hors-champ, films en version puritaine où le sang, le sexe et le fric, omniprésents dans les ressorts scénaristiques, ne s'affichent que rarement à l'écran, flashs d'info où défilent de prétendus analystes politiques en couple, lesquels ressemblent étrangement aux publicités pour céréales du matin.

(A suivre)

Commentaires

Encore !

Ecrit par : Mérioot | 26.04.2008

Dites, on n'est pas sur le Ring ici, n'est-ce pas ?

Ecrit par : Gilles | 26.04.2008

Texte tout simplement brillantissime.

Ecrit par : fromageplus | 26.04.2008

Ces "choses vues" à la fois terrifiantes et hilarantes sont transcrites en français, et qui plus est avec style. Et pourtant nous sommes sur un blog...

Ecrit par : Claire Deville | 28.04.2008

Bon, Mérioot, un tout dernier alors...

Non, Gilles, et on s'en flatte.

Merci, cher fromageplus, ces "choses vues" pour reprendre l'expression du commentaire d'après, sont dans la lignée de celles qui font la réputation de votre propre blog !

Merci également Claire, mais pas de mauvais esprit, hein ?

Ecrit par : Ludovic | 29.04.2008

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