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14/04/2009

GNOSE

Lorsque la connaissance n'est qu'un travail d’érudition, livresque et ainsi délivrée des coups de fouet du réel, elle donne à l'âme fragile, par son carcan même, l’apparence d’une structure, d’une mémoire, d’un passé, et il est logique alors qu'elle s'emploie au pluriel : je suis ce que je sais, en fait surtout ce que j'ai su, héritier de traditions et de gloses diverses qui m'ont, un jour, fondé et à l’intérieur desquelles je n'espère plus qu’être fondu.
Dans Memento de Christopher Nolan, la vraie victime, contre toute attente, n’est alors autre que l’amnésique au passé tatoué.

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Or il s’agit bien d’apparences, qui m'érigent même si je suis dépourvu de colonne vertébrale, qui me nomment avant même que j'ai compris d’où venait mon Nom, qui me classe et me range à jamais, pour le meilleur des stratagèmes et la pire des prisons : je ne suis que ce que j'ai été, et dans cet enfermement tranquille, rien ne me touche vraiment puisque j'y suis avant tout étranger à moi-même.
Dans Les Promesses de l'ombre, de David Cronenberg, le véritable perdant est bien, malgré son succès final, le flic à la fausse identité de voyou tatouée.
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Mais la connaissance peut aussi être envisagée comme un moyen non pas de se faire un nom ou pire une personnalité, une individualité, un Je (l'ultime leurre), mais bien d’aller au fond de soi, ce qui est encore le meilleur moyen d’en sortir. Je est toujours Autre mais il faut pour cela, pour accepter l’idée qu’un ego n’existe pas, en passer par l’accumulation (avant la sédimentation), la multiplicité (avant l'Unité), pour être enfin délivré, mais seul.
Et c'est ainsi que dans la série télévisée Prison Break, le prisonnier qui s'est tatoué sur le corps le plan arachnéen de son évasion future, ne peut être qu'un héros tragique.
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Commentaires

Belle mise en relation cinématique !

Écrit par : Jeanne | 15/04/2009

Elegant en effet : le septième art en version ésotérique.

Écrit par : Phil MONK | 15/04/2009

Il y a une très belle étude de Raymond Abellio, sur un tableau de Raphaël, je crois que c'est Raphaël, sur l'ascension du Christ, qui est dans le même esprit que ce que vous dites, avec les prophètes qui sans regarder Jésus en montrent les signes lumineux indirects, qui sont les érudits ne parlant que par ouïe-dire et un enfant aux yeux révulsés et au corps tordu, hors de lui littéralement, qui seul peut regarder sa lumière en face. Gnose contre connaissances, celui qui a dépassé tout ce qu'il a accumulé peut rejoindre celui qui n'a jamais rien su, dans un même Vide.

Écrit par : Pierre B. | 16/04/2009

Le tatouage, ou sa voisine la calligraphie comme appropriation du masculin par une femme: The Pillow book de Greenaway

Écrit par : Jérôme Leroy | 18/04/2009

Oui, sans doute son plus beau film, en tous cas son plus troublant personnage féminin.

Écrit par : Ludovic | 20/04/2009

Wow, félicitations pour votre article, grand merci de partager vos conseils et je "plussoie" moi aussi ce point de vue ! Permettez-moi d'insister, votre billet est excellent, je viens à l'instant de découvrir votre blog et l'ai entièrement dévoré ! PS : D'ailleurs, auriez-vous des sites à me suggérer ?

Écrit par : faire part baptème | 13/09/2010

Des sites de jardinage ou de carterie ?

Écrit par : Ludovic | 13/09/2010

Vous me fatiguez.

Écrit par : Ludovic | 02/09/2011

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