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14/09/2009

PROJECTIONS

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On peut continuer en faisant mine de ne s'apercevoir de rien.

On peut même se réjouir, se passionner. Avoir de la gratitude et de l'écoute pour la vraie vie des vrais gens. Se concerter. Faire preuve d'indulgence, se remettre en question, s'insurger, sortir de ses gonds, opiner placidement, nier farouchement, pousser une gueulante, applaudir poliment. Après tout, le marché crée du lien social.

On peut aussi passer la main.

Un demi-siècle à peine. Le cinéma comme enchantement, le cinéma comme déroute, nourricier puis assassin. L'abri, le refuge, la conscience de soi délestée en douceur ; la violence du souvenir, sa griffe, le vacillement de l'esprit dans l'effroi. Le cinéma comme ultime façon de faire, le cinéma comme dernier moyen de se défaire. La mémoire accueillante, le passé si cruel. La salle vibrante, les filiations inventives ; la salle puante, les sillages inversés puis dispersés aux quatre vents. L'existence morne mais le cinéma en couleurs ; l'emprise du film sur la vie faussée. Le regard interrogateur et confiant ; le regard ravi et jamais libéré.

Cecilia qui dans La Rose pourpre du Caire connaît le bonheur à travers l'écran magique, récompensée de son assiduîté. John Dillinger qui dans Public Enemies est assassiné à la sortie de la salle, piégé par le choix prévisible de son film. Le film comme vie alternative et la caméra en arme du crime. Le verre de lait et la flaque de sang. Salavatore qui dans Cinéma Paradiso, a tout appris dans une cabine de projection ; Shoshanna qui dans Inglorious Basterds y fomente un carnage. Le cinéma comme paradis perdu puis comme stratagème infernal.

Après plus d'un demi-siècle, la moderne boîte de Pandore d'En quatrième vitesse d'Aldrich peut servir une autre métaphore que celle de l'atome. Cette lumière violente, indécente, destructrice était peut-être celle de la projection cinématographique elle-même, ivre de ses futures emprises, riche de ses victimes prochaines, impatiente d'intimider puis d'organiser dans ses flux plusieurs générations d'automates. Qui secoueraient plus tard leur joug comme on acquiesce.

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Commentaires

Ah c'est bon de vous retrouver ! "Cinématique" comme je l'aime : noir et détaché, avec des rapports entre les films qui font peur et plaisir à la fois !

Écrit par : Phil B. | 14/09/2009

Cela me fait aussi penser à une scène dans O'brother, lorsque les prisonniers se rendent au cinéma, et que l'un d'eux "hurle en chuchotant" à ses compères, trois rangs devant : "Do not seek the treasure !"

Écrit par : Virgil | 14/09/2009

C'est très juste ce que vous dites...LA plupart des critiques se sont émerveilleés de l'iconoclasme de Tarantino qui redonne au cinéma son pouvoir sur l'Histoire, en fait c'est juste pas ça du tout ! C'est à la fois ce que vous dites, une illustration métaphorique des dangers duc inéma et c'est aussi une manière de mépriser celui-ci : après tout on peut brûler les pellicules, on peut même insérer de nouvelles images dans leur déroulement !

Écrit par : Vatenguerre | 15/09/2009

Phil B : merci.

Virgil : Très juste ! J'avais complètement oublié cette scène (et pourtant j'aime beaucoup ce film)

Vatenguerre : Le cinéma désacralisé, c'est une perte et une chance, dans les deux cas inestimables.

Écrit par : Ludovic | 15/09/2009

La possibilité de la totale uchronie d'une uchronie dans l'uchronie vertigo!!!

Écrit par : laurence | 15/09/2009

Et quand on pense que nous n'en sommes qu'aux tous débuts du cinéma ... cela donne le vertige ! Viendra l'heure où les créateurs inscriront directement leurs visions dans le cerveau des spectateurs, on s'abonnera pour avoir deux minutes de pensée de tel ou tel grand maître !

Écrit par : iPidiblue pellicule sensible du cerveau | 16/09/2009

En effet laurence ! (votre texte sur le Prophète de Jacques Audiard me donne très envie de voir le film)

iPidiblue : j'imagine cela assez bien, après tout l'écran et l'oeil sont des obstacles à l'emprise, résiduels mais réels.

Écrit par : Ludovic | 16/09/2009

Cela me semble assez bien définir le rêve...et ce n'est pas forcément" le rêve"...

Écrit par : laurence | 17/09/2009

Les commentaires sont fermés.