08.02.2010
SEPARATION

Ce cinéma où la profondeur de champ se doit d'être investiguée sans temps mort, où ce n'est qu'à bout de souffle qu'elle peut être parcourue, cinéma de fuites en tous genres, de renseignements (et donc de surprises) démultipliés, où le danger va soudain surgir, où la piste va bientôt se perdre, où l'attente ne peut que tuer et l'angoisse se renforcer au moindre répit ; ce cinéma du vertige et du temps déjà perdu, du regard capté de force pour qu'il croit aux formes, ce cinéma encore attaché au surgissement plutôt qu'à la sidération, mais annonçant déjà les séquences raccourcies, le montage imprécis, le découpage sommaire de tant de films qui voient à présent dans le numérique de quoi satisfaire leur besoin de coercition : dépasser le cadre, extravertir le plan, brouiller les combats, accumuler les corps, magnifier les courses quelle qu'en soit la fin.
Et puis ce cinéma de l'exploration attentive, du juste passage du temps, du regard qui flâne et qui découvre, ce cinéma de moments partagés, de formes reliées, de rigueur contemplée. Ce cinéma de participation où l'accélération ne veut pas soumettre ni l'accalmie distraire, mais où le temps est enfin donné, où le regard a tout loisir d'évaluer et d'envisager les sentiments et les lieux, cette gifle, ce baiser, cette cambrure, ce cadre enfin rendu nôtre.

11:18 | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : témoin muet, anthony waller, pulsions, brian de palma, playtime de jacques tati |
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Commentaires
Très plaisante dichotomie.
Dans le deuxième groupe, outre Tati, je placerais bien les westerns de Mann, dont les bagarres sont toujours admirablement découpées.
Écrit par : Sylvie | 08.02.2010
Votre foi dans le cinéma vous honore, mais elle est vaine je le crains.
Écrit par : BRISTOL | 09.02.2010
Je vous suis tout à fait sur Anthony Mann, Sylvie, les rixes de Hawks sont très élégantes également.
C'est en effet une profession de foi, Bristol, et elle en vaut bien quelques autres...
Écrit par : Ludovic | 09.02.2010
Ah moi aussi les westerns d'Anthony Mann, la nature en personnage, cela me transporte ailleurs...
Écrit par : laurence | 10.02.2010
Tiens laurence, le second paragraphe, qui parle de ce cinéma que j'aime, pourrait aussi décrire (mais je connais si mal la danse), ce que je ressens devant Russel Maliphant, cette façon de respecter le temps.
Écrit par : Ludovic | 11.02.2010
Splendide!
Je suis également d'accord avec Sylvie pour les westerns d'Anthony Mann
Écrit par : Emmanuel Rousselet | 11.02.2010
Oui, ces lignes éloquentes et la mise en regard de ces différentes images synthétisent au moins les deux dernières décennies, mai squi veut vraiment du temps au cinéma ?
Have a good day !
Écrit par : Torc et Mada | 11.02.2010
Merci de votre lecture Emmanuel, et de la vôtre aussi Torc (sans oublier Mada).
Écrit par : Ludovic | 11.02.2010
oui moi aussi ...une respiration douce et profonde... avez vous regardé comment il est filmé dans "On the edge" qui est passé je crois le 9...et qui repasse à la cinémathèque le 15?
Écrit par : laurence | 11.02.2010
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