05/06/2012
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Cosmopolis est tellement littéral que la critique s'empresse d'y entasser ses métaphores, comme s'il fallait absolument du double-fond et de l'allusif crypté pour qu'il en vaille la peine. Il est tellement simpliste dans sa critique du capitalisme terminal que des penseurs du dimanche ne cessent d'y voir une réflexion complexe sur les fractures de notre temps. Il est mis en scène avec une élégance telle que la plupart des spectateurs cherchant en vain l'esbrouffe, s'endorment ou ricanent. Surinterprété de façon risible sur le fond et tristement incompris sur la forme, très beau et très lisse, le dernier film de Cronenberg glisse comme sa limousine, sans rien heurter longtemps. Jusqu'à la voie de garage de la sociologie critique où il finit tranquillement, débarrassé de ses dernières énigmes.
La photo officielle de François Hollande paraît ratée pour la simple raison que ce sont ses intentions qui tiennent lieu de sujet. L'erreur courante, lorsqu'on débute en photographie, est de surexposer l'arrière-plan ; de même, l'une des premières fiertés est de réusir à bien éclairer un sujet ostensiblement dans l'ombre. En utilisant ainsi les petits ratés et les petits succès d'un débutant (le Président clair et net sous l'ombre des arbres, l'Elysée blanchâtre au fond), Depardon veut jouer au photographe normal, ce qu'il n'est bien sûr pas, et c'est ce leurre qui apparaît alors en pleine lumière.
14:45 | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cosmopolis, david cronenberg, françois hollande, raymond depardon |
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Commentaires
"Lisse", oui, mais avec toujours un grain de sable qui grippe la belle machine de ce capitalisme dont les moindres rouages sont huilés à la perfection. A tel point que ses ennemis n'ont même pas de raisons valables de le haïr. Bref, le film de Cronenberg m'a bien intéressé :)
Écrit par : dr orlof | 05/06/2012
Réinterprêter le monde de la photo "de cour"...
J'ai courru voir sur Wikipédia le post "minimaliste"... c'est curieux comme croyant faire autrement... on est prècipité vers un mouvement presque déjà dépassé... et j'adore Depardon quand il ne joue qu'un peu...
Écrit par : laurence | 06/06/2012
Merci pour votre texte, docteur, que je viens de lire chez vous !
J'aime ausi beaucoup Depardon, laurence, et je ne le connaissais pas sous l'angle du procédé.
Écrit par : Ludovic | 06/06/2012
Malgré une bonne mise en scène et un dialogue saisissant sur le cyber-capitalisme hégémonique et indestructible (du moins par ses opposants), Cronenberg rate le coche par un excès de verbiage et de pédantisme.
L'autodestruction d'un homme préfigurant l'autodestruction du système capitaliste méritait une incarnation plus dévastatrice et moins bavarde.
Calquant le défaut de l'art contemporain : on ne ressent pas vraiment la fin d'un monde à bout de forces mais on peine juste à saisir sa conceptualisation trop abstraite.
Le ratage principal de la photo (faussement normale) de Hollande : les bras ballants. On en préférerait presque la photo de Chirac.
Écrit par : Sylvain Métafiot | 06/06/2012
Le seul intérêt de cette photo pour moi c'est de montrer que François Hollande est un avatar de Chirac bien plus que de Mitterrand.
Écrit par : Damien (de sable) | 07/06/2012
J'ai lu que Cronenberg voulait rapprocher son esthétique de celle de Beckett, je ne suis pas sûr qu'il ait atteint son but, car il n'y a pas de pédantisme chez ce dernier (contrairement à quantité de beckettiens)
Oui, Damien, cela le montre assez bien en effet !
Écrit par : Ludovic | 07/06/2012
Bonjour, Ludovic
Quelle résistance.
Lu nombre de critiques à propos de ce film. Ne pouvais passer par la case salle obscure sans m'en remettre en dernier recours à votre index précis. Vous dites "incompris sur la forme". Qu'avez vous lu dans cette structure élégante à peine évoquée ? (Sinon, vous allez bien ?)
Écrit par : Marie-Cécile | 10/06/2012
Eh bien je découvre avec plaisir votre retour, Marie-Cécile ! Avec votre style inimitable (le Je de maux ?) et j'irai avec grand intérêt vous lire. Il y a me semble-t-il une intelligence du découpage chez Cronenberg qui lui permet de lier comme si cela allait de soi des éléments disjoints (des caractères, des images, des propos), un peu comme... Otto Preminger ! Et c'est fait avec l'élégance de celui qui sait, c'est-à-dire, sans que ça se voit.
Écrit par : Ludovic | 11/06/2012
Photo officielle de François Hollande, Président de la République, par Raymond Depardon : construction sur les 4 plans qui structurent l'espace théâtral.
- L'arrière-plan où semble en passe de disparaître le Palais de l'Elysée. Surexposé, un blanc lustral gagne toutes les nuances. Airain, pureté et profondeur de temps commercent. L'immémorial.
- Le plan des praticables. Le clair-obscur d'un arbre tressé à d'autres hors-champ. Doux, mais que son voisinage avec les façades éclatantes fait bouger dans le sens de l'ombre. L'historique.
- Le plan de scène. François Hollande semble s'y tenir après avoir fait le chemin qui l'a conduit du bâtiment à l'objectif. Ayant traversé la pleine lumière et son profond adoucissement, il en est métissé. Métissage apaisant. Le présent.
- Le plan d'aparté. Dévolu aux mains. Plus claires que le visage, la chemise ; que la cravate, le complet sombres enchantent simplement. D'une blancheur qui bien qu'en sympathie ne doit rien au soleil, pas plus qu'elle ne se prête au symbolique et par là se distingue sans s'en écarter de l'éclat élyséen. Des mains "propres". L'ici et maintenant.
Toute la photographie relève du syndrome Obama.
Écrit par : Cinécure | 11/06/2012
Pas mal !
Écrit par : Ludovic | 11/06/2012
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