25/06/2012
BIEN TROP BLOND

Tout comme Jacques de Guillebon, qui nous l’explique avec un humour féroce, je suis un vaincu. Père de deux blonds, dont une blonde, je n’ai guère en effet que l’admiration des coiffeuses pour supporter cette couleur médiatiquement risible et politiquement dangereuse, dont la gauche éclairée et humaniste a légitimement honte. Ancien blond moi-même (tirant désormais, ne serait-ce que par décence, vers le châtain foncé), je subis depuis des années pour mon bien ce nouveau catéchisme, qui après des siècles de délire manichéen voyant l’innocence ou la pureté alliées à la blondeur, rattache enfin cette couleur à la bêtise la plus noire ou au nazisme le plus brun.
Cela fait des décennies en effet qu’au cinéma, plus le SS est blond et plus sa cruauté ne saurait faire de doute, comme cela fait bien longtemps, dans les cours d’école et sur plateaux de télévision, que la blonde est une sotte qui ferme les yeux pour éteindre la lumière. Il y a encore des gens aujourd’hui pour ignorer que Marilyn Monroe était une écervelée (et qui lui trouvent même une finesse d’esprit peu commune face à ce monde qui la rendait malade), mais on ne compte plus les citoyens avertis qui ont bien compris que lorsque Jean-Marie Le Pen a commencé à se teindre en blond, au milieu des années 80, ce n’était pas pour cacher ses cheveux blancs mais bien par adhésion sans réserve à l’hitlérisme.



Ce n’est quand même pas un hasard si dangereuse chez Hitchcock, Argento et de Palma, ou bien gentiment stupide de Jayne Mansfield à Paris Hilton, la blonde de cinéma oscille invariablement entre aimable crétinerie et monstruosité cachée ; ce qui fait qu’elle n’a rien à envier au blond, qui des frasques de Pierre Richard avec sa chaussure noire jusqu’aux inquiétants garçonnets du Ruban blanc, n’a aucune raison d’être mieux loti. Quant aux reines des films historiques, contrairement à l’imagerie médiévale qui les montraient invariablement blondes, celles-ci sont désormais brunes, ce progrès incontestable permettant la subversion capillaire : lorsque l’une d’entre elles conserve cette couleur absolument disqualifiée, c’est justement la preuve de sa noirceur, comme Charlize Théron dans le rôle de la méchante reine de Blanche-Neige nous le prouve sur tous les écrans. D’ailleurs dans n’importe quelle série policière, il suffit de chercher le blond pour trouver le coupable, de la même façon que dans toute émission de télé-réalité, la palme de la plus conne revient toujours à la plus blonde. Il s’agit bel et bien, en s’esclaffant ou en frissonnant, doctement ou à grands renforts de second degré, de dénigrer celui ou celle qui se permet de rester blond en dépit du bon sens, comme dans le délicieux sketch de Gad Elmaleh, où « le Blond » prétend incarner l’élégance et le succès facile, alors qu’il s’avère surtout suffisant et incapable de rire de lui-même ; comme dans cette merveilleuse chanson de Lio où celle-ci affirme avec talent que les brunes « ont bien plus d’idées que les peroxydées » et « bien plus d’éclat que ces pauvres filles-là ».



La futilité de ce sujet n’est bien sur qu’apparente. Il y a sans doute dans cette attitude vis-à-vis du blond un mélange de refoulé lié à tout ce que le siècle passé a charrié de scientisme sanguinaire, de complexes plus ou moins fantaisistes ralliés sous la bannière de l’anti-occidentalisme pop, de haine de soi d’une gauche antiraciste et vertueuse, qui ne sait comment articuler son inconscient ethnocentrique à ses velléités universalistes. Mais il y a surtout dans ces divers dénigrements des blondes et des blonds, qui ne représentent guère que 10% de la population d’Europe de l’Ouest, une illustration parmi d’autres du totalitarisme de la modernité, qui a toujours besoin d’en découdre avec le détail battant en brèche l’homogénéisation, qui veut toujours éradiquer ce qui rechigne à s’aligner, qui tient à assurer partout l’idéologie du Même, celle-ci se nourrissant de la folklorisation des différences sous l’appellation rassurante de diversité, c’est-à-dire d’un vivre-ensemble de supermarché. Le blond, ne serait-ce que sur le plan génétique où son gène récessif en remontre aux allèles dominants, est une sorte d’offense à tout qui partout ailleurs s’égalise. Il est la persistance archaïque d’un monde différencié plutôt que métissé, gage d’une pensée plurielle et non unique, en complète contradiction avec les actuelles tentations globalitaires.
Autant dire qu’il est condamné.
11:11 | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : dangereusement votre, christopher walken, jayne mansfield, pierre richard, jean-marie le pen, marilyn monroe, paris hilton, bruno, sacha baron cohen, drago malefoy, oeuf du serpent, bergman, hitchcock, daryl hannah, tarantino, argento, de palma, lio, gad elmaleh, jacques de guillebon, causeur, front de gauche, bollène |
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Commentaires
Excellent texte, découvert sur Causeur, qui mériterait d'être repris le plus largement possible. Bien à vous.
Écrit par : Mézigue | 26/06/2012
Très drôle surtout, et assez bien vu...
Écrit par : Une brune | 26/06/2012
Un modèle d'ironie tranquille !
Écrit par : Jacques-Henri | 26/06/2012
C'est encore mieux, ici, que sur Causeur, grâce aux illustrations. Quant à moi, je suis un ancien brun (tendance aile de corbeau sur les tempes), devenu blanc. Car, à la fin, qu'on ait été blond, brun, châtain, noir on devient blanc.
Il faudrait que vous nous parliez de Faust, du grand Alexandre Sokourov. L'avez-vous vu, et, si vous l'avez vu, l'avez vous aimé ? Sokourov, Ludovic, c'est un grand, non ?
Écrit par : Patrick Mandon | 26/06/2012
Excellent, comme d'habitude. L'absurdité délirante de cette affaire (notons au passage que l'extrême-droite a interdit dans la même ville "le chant des partisans" : comme quoi, la connerie est ce qu'il y a de mieux partagée chez les "politocards" de tout bord) n'est finalement que la conséquence logique de cette "politique des quotas" qui oblige désormais (et de manière totalitaire) a représenter tout le monde tout le temps. Woody Allen sera jugé "raciste" parce qu'il n'y a pas assez de Noirs dans ses films, le festival de Cannes machiste parce qu'aucun films de femme n'a eu le droit aux honneurs de la compétition (c'est si grave de préférer Carax et Resnais à Serreau et Despentes?) et j'ai même pu lire Assouline regretter que les écrivains ne soient pas représentés au jury du même festival.
Vous avez raison d'en rire mais ça devient assez insupportable...
Écrit par : dr orlof | 27/06/2012
Mézigue, la brune et Jacques-Henri : merci !
Merci également Patrick (et pour votre texte sur les mac-mahoniens !). Je n'ai malheureusement pas vu Faust, qui en sort pas par ici, mais Moloch et le Soleil sont superbes.
Oui, cher docteur, absolument insupportable. Quant à Bollène, avec maintenant cette grotesque histoire sur le Chant des Partisans, c'est un peu.. une synthèse !
Écrit par : Ludovic | 28/06/2012
A mettre dans tes classiques, Ludovic. C'est la deuxième fois que je lis ce texte et sans doute, grâce aux images (et à Drago), me sens encore plus concerné.
A noter que la Juliette de Sade est également blonde (alors que la plupart des illustrations en font souvent une cruelle brune.)
Superbe, en tous cas.
Écrit par : Pierre Cormary | 30/06/2012
Merci Pierre ! J'ignorais cet intéressant détail sur les illustrations de Juliette : est-elle encore brune sur des illustrations récentes, disons les 40 dernières années ? (d'ailleurs y en a t-il ?)
Écrit par : Ludovic | 01/07/2012
Qu'est ce que vous racontez Ludovic vous n'êtes le vaincu de rien du tout . Vaincu de quoi et par qui ? Vous êtes les rois de ce monde vous autres les blancs,il est entre vos mains et vous en faites son histoire . Vous le modelez ,vous jouez avec comme les enfants malades jouent avec leurs matières et vos matières c'est nous autres ,les pas blancs : on sort tout droit de vos trous du cul. C'est un fait.
Vous en êtes les gagnants , des gagnants amers ( vous êtes des grands insatisfaits et des ennuyés) mais les gagnants . C'est vous qui en plus d'en tirer les dividendes tirer les ficelles :un peu de lucidité quoi !
Les blancs s'amusent juste à se faire peur à moins qu'ils sont à ce point insatiables qu'ils veulent même parader en victimes mais vous jouez définitivement trop mal ( la souffrance,la faim,le chaos,les impasses c'est pas votre truc en vrai ,vous êtes trop cyniques pour ça) ,laissez donc ce rôle à d'autres.
Des victimes ils veulent tous être des victimes même et surtout les bourreaux. Faudrait pouvoir analyser ce truc , ce jeu , cette rouerie ,cette mascarade du loup jouant à l'agneau . Un truc de juifs c'est Céline qui aurait pu l'écrire. Taxé d'antisémite, disqualifié je sais.
Les gagnants dans l'histoire c'est vous les blancs. De la blague, vos histoires rien que de la blague.
Écrit par : mazas | 04/07/2012
Je parle des blonds, mazas, pas des blancs. Libre à vous d'avoir une vision racialiste du monde, mais il me semble que dans ce cas, vous devriez vous rappeler que le maître du monde est noir, et pour l'avenir plutôt craindre...les jaunes !
Écrit par : Ludovic | 04/07/2012
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Écrit par : Yeux du chien | 04/08/2012
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