15/10/2012
DANS LA MAISON DE FRANCOIS OZON

Bon, c'est entendu, Dans la maison parle de répétition et de dédoublement, de couples d'opposition, de mise en abyme et en reflets, aussi bien pour l'entrecroisement de ses récits, la gemmelité de ses personnages, les rappels et les correspondances de ses décors. Mais il le fait à la manière de François Ozon : en appuyant l'effet comme si cela seul pouvait le garder d'un débordement de mièvrerie, en retenant sa pente satirique par la confusion sentimentale, en vidant ses dispositifs de toute fonction rituelle pour mieux laisser exulter leur machinerie.
Quand son apprenti-écrivain espionne une famille, celui-ci énumère ce qu'il voit au moment même où la caméra d'Ozon nous le montre (et où la musique nous l'assène), sans doute ni distance ni hiatus. Sans espace entre ce que chacun sait. La véracité de ce qui s'y déroule étant d'ailleurs davantage de l'ordre du réel de sitcom que de l'observation flaubertienne (l'ambition pourtant mal dissimulée de l'auteur), en dessous même d'une chanson de Renaud sur les us et coutumes de classe, tandis que la supposée cruauté des scènes entre Luchini et son épouse sur l'école ou l'art contemporain se situent clairement, à la manière d'un Muray light, du côté du Boulevard. La fiction, simple chambre d'échos, y est ainsi à l'abri du moindre courant d'air.
Le personnage propret et lisse du premier plan, qui semble s'ennuyer dans un décor déshumanisé tout en transparences et en lignes de fuite, est remplacé au dernier plan par le même personnage cette fois décoiffé et hagard, assis devant les multiples fenêtres d'une façade, comme devant autant de récits possibles. C'est le cheminement contraire qui aurait pourtant été signifiant : comment au cinéma comme dans la société, la prolifération bariolée des fictions inter-individuelles ne conduit jamais qu'à l'oubli de soi et à la standardisation du vécu.
15:19 | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : françois ozon, dans la maison |
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Commentaires
Bien dit, bien vu, merci !
Écrit par : Mildred | 15/10/2012
Bonjour
je préfère votre analyse au film lui-même. mais c'est toujours pareil. Je lis moins de choses dans les films que ce que les critiques en disent. comme si finalement la veine expressive n'avait aucun effet sur moi. pourtant j'aime le cinéma. Mais voilà, je trouve le cinéma d"auteur" aujourd'hui très... comment dire ... cérébral. Alors que le cinéma est une expérience physique avant tout.
c'est un peu comme si les cinéastes ne faisaient plus confiance en leur art.
Écrit par : miette | 15/10/2012
Si le cinéma est une expérience physique qu'en est il de l'art vivant?
La vision est de toute manière un acte cérébral alors que dire de cette double boucle émotive qui va de l'image à l'image que l'on s'en fait?
Miette et Ludovic je m'interroge souvent sur vos visions particulières...elles m'éclairent et s'assombrissent comme le premier essai de cinéma, le disque à trous...la flemme de rechercher sur google...le nom de ce sublime appareil...
Écrit par : laurence | 16/10/2012
...qui recontituait le mouvement dans toute sa réalité à partir de la conjugaison de plusieurs images fixes...
merci pour toutes ces images fixes elles me font avancer...
Écrit par : laurence | 16/10/2012
Merci à vous Mildred.
Miette, j'ai parcouru votre intéressant blog et vous rejoins sur la démultiplication des "images-discours". Oui il faut faire confiance au cinéma plutôt que le singer !
Merci Laurence de vos intuitions et remarques qui souvent tapent juste !
Écrit par : Ludovic | 16/10/2012
chère Laurence,
j'aime beaucoup votre questionnement .. j'ai envie d'aller plus loin....
"Le cinéma n'est pas capable, en lui même, de reproduire un mouvement continu c'est la faculté humaine appelée persistance rétinienne qui crée l'illusion du mouvement".
CLIC
d'où l'importance du regard du spectateur. C'est ce que les grands cinéastes ont compris.
Il existe un public au cinéma, tout comme au théâtre. "la présence" que va rechercher le cinéaste dans son travail, implique un rapport à l'image qui ne soit pas seulement du domaine de la représentation du réel, mais aussi et surtout d'un rapport organique avec le mouvement : mouvement des corps, mouvement de la vie et que chaque spectateur peut ressentir en lui-même, et... POUR lui-même.
Écrit par : miette | 16/10/2012
le lien ne marche pas.
il est là : http://enfant7art.org/cine_histo2.html
Écrit par : miette | 16/10/2012
la persistance rétinienne mais c'est exactement çà dont parle Ozon le roman américain sans le roman américain de quoi bouffer tous les romans du monde et toutes les maisons du monde quelque part dans le Dysney World du Val qui s'étend pour les dormeurs ... .
Écrit par : laurence | 17/10/2012
En fait ce que j'aime dans vos critiques c'est l'irisation des idées je reviens je lis et d'autres couleurs s'échappent une sorte de corne d'abondance Merci...
Écrit par : laurence | 18/10/2012
et l'ice cream de l'entr'acte il était comment?
Écrit par : le bourdon masqué | 27/10/2012
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