06/11/2012

SKYFALL DE SAM MENDES

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 Il y a dans Skyfall, le dernier James Bond, cet agaçant style culturo-crypté qui plaît tant à une critique complexée, ayant du mal à avouer qu'elle n'aime ce genre de films que pour l'esbouffe visuelle et qui tient à assurer qu'en filigrane, en secret, en contrebande, d'autres pièces se jouent pour érudits avertis. Cet aveu d'impuissance et de chiqué rejoint d'ailleurs celui du réalisateur Sam Mendes, qui s'acharne à donner un suppplément d'âme à ce qu'il considère certainement comme du divertissement peu honorable, et retombe de ce fait dans ses habituels travers freudo-shakespeariens, comme à la pire époque d'American Beauty, avec son lot de métaphores animalières, la plus élégante toutefois étant sans doute celle qui relie le héros au cerf. 

Le film dévide ainsi toute la pelote conceptuelle de ce sous-genre hollywoodien qui aujourd'hui prend la pose - le mélodrame à explosions- en agitant autour de lui, avec un déconcertant esprit de sérieux, toute une série de colifichets culturels en guise de plus-value. Pourtant, tout roule ici sur les mêmes rails, confortables et acclimatés, donnant à l'incessante intrication des poursuites échevelées et des références artistiques, des échanges de coups de poing et des conflits moraux, cette rassurante pâtine du déjà vu et du déjà mâché, qui remplace tout espoir d'incarnation par le maquillage et le mime, qui donne cette fausse impression de gagner du temps sur le nihilisme triomphant, lequel ne désire pourtant rien d'autre que sacraliser les décors et les surfaces.

Qu'espérer de plus d'un James Bond que la synthèse provisoire et racoleuse de l'air du temps, autant éthique qu'esthétique : nous sommes bien à l'époque de la glorification des fulgurances visuelles et des lieux communs relationnels, sans ambition autre que la reconnaissance symbolique.

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Commentaires

Un propos sévère mais néanmoins extrêmement juste.
Parer un James Bond de prétentions intellectuelles, propre à l'air du temps qui refuse d'accepter la superficialité des films d'actions. c'est percer les légères et glamours bulles de champagnes sur lesquelles virevoltait le héros pour lui attacher d'épaisses enclumes aux pieds.
Le dernier Batman de Nolan glisse également sur cette pente philosophico-lourdingue à excès.

Reste que les relations complexes avec M sont intéressantes (l'intrigue n'est qu'un prétexte) et la mise en scène demeure réussie (la scène des miroir comme le relève Timothée Gérardin), notamment dans la dernière partie du film où Bond et ses comparses se la jouent western en défendant un fort Alamo écossais. Retour aux sources (entre autres références plus ou moins bienvenues) pour les 50 ans de la franchise.

Écrit par : Sylvain Métafiot | 06/11/2012

A lire certaines critiques de Skyfall, je pense qu'il y a maldonne. Je n'ai jamais regardé un épisode de l'agent 007 autrement que comme un divertissement plus ou moins réussi et le dernier est plutôt bien ficelé dans le genre aventures avec rebondissements. Je l'ai vu avec mon fils de 11 ans, un ado de 14 et ma femme: personne ne s'est ennuyé. L'équipe de prod', Sam Mendes en tête, a largement rempli le cahier des charges. Bien sûr, les scénaristes et les réalisateurs successifs ont été imprégnés de l'ambiance générale et des problèmes de leur l'époque mais je le répète, James Bond est et reste un divertissement de classe internationale pour tous les publics. Skyfall est un des meilleurs épisodes de la saga de l'espion de sa Majesté.

Écrit par : Claude | 15/11/2012

En même temps, Claude, la quasi-totalité des critiques pensant comme vous, si maldonne il y a, elle est bien marginale, et donc tout va pour le mieux.

Oui pour les enclumes, Sylvain !

Écrit par : Ludovic | 15/11/2012

Dans le cas de Skyfall, la majorité n'a pas tort. Le cinéma pop et populaire de qualité est devenu si rare - l'époque est aux navrants blockbusters - que je ne boude pas mon plaisir quand une bonne production sort en salles. Je regarde les aventures de James Bond depuis les années 60. J'ai apprécié certaines époques, d'autres moins. (Les années Roger Moore m'ont déplu.) Depuis la reprise du rôle par Daniel Craig, je retrouve l'humour, les private jokes, l'érotisme léger et les poursuites décoiffantes que j'associe aux meilleurs épisodes de la saga. Est-ce une tare ?
Bien cordialement.

Claude

PS: Quant à la position personnelle de Sam Mendes sur l'agent 007, qu'en savez-vous ? L'avez-vous rencontré ?

Écrit par : Claude | 15/11/2012

Non, rassurez-vous, il n'y a aucune tare à apprécier les films que je n'aime pas.

Écrit par : Ludovic | 15/11/2012

Magnifique commentaire.
"Synthèse racoleuse et provisoire de l'air du temps" : je ne généraliserai pas avec tous les épisodes de la franchise (Casino Royale, quand même, et puis, en des temps plus anciens, Au Service Secret de Sa Majesté, ont pris le public à rebrousse-poil). Mais je souscris totalement avec Skyfall, qui s'achète une caution morale signée Mendes à peu de frais et à gros traits, comme si James Bond voulait s'excuser d'avoir été trop léger autrefois.

Écrit par : richard | 07/12/2012

Heureux de lire cela sous votre plume, Richard.

Écrit par : Ludovic | 10/12/2012

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