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CINEPHILIE

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En dépit de nos impressions naïves, on ne cherche à détruire que ce qui nous hante, ce qui nous est si proche qu'il faut l'assimiler ou l'éradiquer sans tarder. Le reste, ce qui séduit ou attriste, ce qui étonne ou indispose, n'entraîne jamais de tels carnages. Le décliniste voit son monde s'effondrer sous les coups de boutoir de sauvages lui ressemblant trait pour trait ; le progressiste fait avec vigueur table rase de valeurs qu'il enrage de savoir siennes. Ainsi le cinéma moderne n'a-t-il de cesse d'embaumer les codes classiques sous le prétexte de les pervertir.

Dans leur course sidérante et captivante, les signes qui font des spectateurs des dévôts ou des blasphémateurs (lesquels alternent sans compter les huées et les louanges), ont la nostalgie du sens qu'ils n'approchent que par la marge, la bande ou l'écume. Leur triomphe est dans l'émiettement, la multiplicité, l'analogie équivoque. Ils voient dans toute mise en ordre un affront, et dans toute hiérarchie ou sélection une entrave à leur miroitement. Sans doute, faut-il apprendre à les observer sans frémir pour les faire enfin parler, se défier des images comme s'y laisser prendre procédant du même leurre. C'est en osant juger les formes sans distance ni pathos, qu'on se jauge.

Lien permanent 8 commentaires

Commentaires

  • Ce que j'aime ici, à Cinématique, ce sont les différents niveaux, les différentes strates, du cinéma et de la pensée sur le cinéma, que vos textes permettent d'appréhender, et qui finissent par dépasser le cinéma !

  • Alors comme cela on blasphème Asensio ? Attention ! on n'ira pas au paradis ... des critiques !

  • Ceci dit je crois savoir que tous les critiques cinématographiques et littéraires sont dans un purgatoire qui a été créé spécialement à leur intention par la puissance du verbe - et de l'image.

  • "Sans doute, faut-il apprendre à les observer sans frémir pour les faire enfin parler, se défier des images comme s'y laisser prendre procédant du même leurre."

    Belle reprise cinéphilique d'un profond philosophème spinoziste.

  • Oh Pierre, vous savez, je me suis pour l'instant contenté de saluer deux textes assez justes ma foi sur son Grand Retournement, mais cela en effet est déjà perçu comme intolérable crime de lèse-majesté !...

    Merci de l'acuité de votre lecture, Préau

  • Il écrit quand même très mal ce Monsieur Asensio, c'est le comble quand on défend Bernanos et Bloy !

  • « C'est en osant juger les formes sans distance ni pathos, qu'on se jauge. ».
    Très juste, Ludovic, mais là réside toute la difficulté !
    À propos (mais de quoi ?), vous savez que José Bénazéraf est mort le 1er décembre (le 1er avril eut été plus indiqué pour ce poisson carnassier d'eau douce) : Libération, je suppose, est en deuil, mais avez-vous songé à consacrer une épitaphe à ce garnement, qui finit peut-être par prendre au sérieux tout ce qu'on disait de lui (« Luis Buñuel de la pornographie » etc.).

  • J'y songeais, Patrick, mais je tenais à revori certains de ses films avant, et malheureusement je ne les ai pas pour le moment à disposition. (Merci, sinon, pour vos mots chez Ygor Yanka)

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