19.11.2009
EROTISME
Voici le questionnaire "Erotisme et Cinéma" que je vous annonçais il y a quelques temps. Il est à qui voudra le prendre. Certaines questions peuvent bien entendu, par pudeur ou ignorance, être sautées. Afin de n'influencer ni ne contraindre personne, je l'ai laissé vierge, et ne livrerai mes réponses que dans quelques jours.
2- Quels films (un par décennie depuis les années 20) représentent pour vous le summum de l'érotisme ?
3 et 4- Quelle acteur/actrice a su vous montrer la plus belle chevelure ? Les plus beaux pieds ?
5- Si tout comme dans La Rose pourpre du Caire, un personnage devait sortir de l'écran et vous accompagner quelques jours avant de disparaître à jamais, qui serait-il ?
6- Quelle est votre scène de pluie préférée ?
7- Y a-t-il une musique de film qui saurait accompagner vos ébats amoureux ?
8- Avez-vous vu dans un film un vêtement que vous aimeriez porter ou offrir ?
9- Existe-t-il une actrice de films pornographiques que vous aimeriez voir dans un film d'un autre genre ?
10- Quelle est la scène (ou le film) ayant le mieux stimulé votre odorat ?
11- Si vous pouviez prolonger une séquence soudain interrompue, quelle porte fermée rouvririez-vous, quel rideau tiré écarteriez-vous ou quel panoramique s'esquivant vers le décor anodin, redresseriez-vous ?
12 et 13- Quelle actrice ou quel acteur a su vous montrer la plus belle poitrine ? Les plus belles dents ?
14- Vous êtes enfermé jusqu'au matin, avec le partenaire de jeu de votre choix, dans un musée berlinois qui a reconstitué des centaines de décors de films. Lequel choisissez-vous pour votre nuit ?
15- Quel est pour vous le mot, la phrase ou le dialogue le plus empreint de sensualité ?
16- Quelle est votre scène de douche préférée ?
17- Existe-t-il une actrice que vous aimeriez-vous voir dans un film pornographique ?
18- Quel film et/ou quel cinéaste vous paraît le moins érotique ?
19 et 20- Quelle actrice ou quel acteur a su vous montrer le plus beau ventre ? Les plus belles mains ?
21- Quelle est la scène (ou le film) ayant le mieux stimulé votre goût ?
22- Quelle est votre comédie musicale préférée ?
23- En inversant le principe de La Rose pourpre du Caire, si vous pouviez pénétrer dans un film, lequel choisiriez-vous ?
24- Quelle est votre scène muette entre deux amants préférée ?
25- Quel film vous a toujours semblé manquer d'une ou de plusieurs séquences érotiques ?
26- Quel est pour vous le plus beau plan de femme ou d'homme endormi ?
27 et 28- Quelle actrice ou quel acteur a su vous montrer la plus belle nuque ? Le plus beau sexe ?
29- Vous prenez miraculeusement, au sein d'un film, la place d'un potentiel partenaire sexuel : lequel ?
30- Quelle voix vous a le plus troublé au cinéma ?
31- Y a-t-il un film classé X, dont vous aimeriez découvrir le remake sans aucune scène pornographique ?
32- Quelle est votre scène de danse préférée (hors comédies musicales)
33 et 34- Quelle actrice ou quel acteur a su vous montrer les plus belles fesses ? Le plus beau sourire ?
35- Existe-t-il un plan, une séquence ou un film qui aient réussi à vous émoustiller sans avoir à priori été conçus à cet effet ?
36- Quelle actrice ou quel acteur aimeriez-vous voir grimé en l'autre sexe ?
37-Quel regard-caméra vous a le plus ému ?
38- Quel réalisateur est selon vous le mieux parvenu à filmer l'acte sexuel (hors films pornographiques) ?
39- Est-ce le même que celui que vous considérez comme le plus grand maître en érotisme ?
16:59 Publié dans Intimité, Les uns et les autres, Nitrate d'argent | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : erotisme, pornographie, cinématographe, questionnaire
01.10.2009
UTOPIE


09:41 Publié dans Intimité, Nitrate d'argent | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : jacques rivette, ne touchez pas la hache, alan parker, midnight express, balzac, baudrillard
22.09.2009
OUI-NON
Sous le relativisme généralisée, le dualisme le plus totalitaire continue d'entretenir ses lignes de démarcation.
Ce n'est pas parce qu'une même lumière tendre et jamais crue, éclaire à l'identique les perles et les cochons, l'or et le laiton, Perec et Benchetrit, Eustache et Honoré, Mozart et Mozart, que les ténèbres n'existent plus. Celles-ci, également, recouvrent de la même indignité le lâche et le héros, le créateur et le suiveur, le roi et le traître.
Jamais en somme les exaltés binaires, tout en dévotion ou en imprécations, n'ont été aussi bien en cour, applaudissant à tout rompre, huant à pleins poumons, sans souci hiérarchique ni nuance.
Le oui est franc et massif (peu importe que l'acquiescement tout azimuth en nie la capacité d'offrande), le non tout aussi clairement exprimé (tant pis si les refus incessants, complaisants, sans mesure, entrave toute capacité réelle de résistance), le passage de l'un à l'autre fortuit, mouvant, aléatoire.
"Que votre oui soit un vrai oui, que votre non soit un vrai non", dit la commune parole évangélique, et la modernité s'est empressée d'y développer son manichéisme systématique, constuit sur le sable des prinicipes dévalués et des opinions reines.
"C'est le non qui brûle en enfer" affirme au contraire l'intempestive parole de Maître Eckhart, et la neutralité apparente est alors la meilleure façon de s'opposer au monde de ceux qui ont des avis sur tout, refusant avec mépris la moindre complémentarité aux contraires, des flèches et des coeurs plein les poches.

10:18 Publié dans Intimité | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : le prisonnier, modernité, maître eckhart
04.08.2009
QUESTIONNAIRE
C'est chez Vincent que j'ai trouvé cet astucieux questionnaire auquel je m'empresse de donner suite !
1)Quel est votre second film favori de Stanley Kubrick ?
Lolita (La perversité mélancolique de Shelley Winters, l’affolement progressif de James Mason, l’effrayant bien que prévisible final)
2)Quelle est l'innovation la plus significative / importante / intéressante dans le cinéma de la dernière décade (pour le meilleur ou pour le pire) ?
Les plan-séquences métaphysiques de Bela Tarr.
3)Bronco Billy (Clint Eastwood) ou Buffalo Bill Cody (Paul Newman)?
Une courte préférence pour Paul Newman, sans raison valable
4)Meilleur film de 1949.
Le sang des bêtes, de Georges Franju, pour sa modernité glaçante.

5)Joseph Tura (Jack Benny) ou Oscar Jaffe (John Barrymore)?
Le premier d’entre eux, pour l’humour définitivement obsolète qu’il incarne.
6)Le style de mise en scène caméra au poing et cadre tremblé est-il devenu un cliché visuel ?
Uniquement lorsqu’il est utilisé pour mettre en scène des clichés narratifs.
7)Quel est le premier film en langue étrangère que vous ayez vu ?
Mad Max 2, en 1982, qui m’était interdit en raison d’une décapitation. Le devoir de désobéissance de l’adolescence entraîne un certain nombre de déconvenues esthétiques.
8)Charlie Chan (Warner Oland) ou Mr. Moto (Peter Lorre)?
Peter Lorre, par principe.
9)Citez votre film traitant de la seconde guerre mondiale préféré (période 1950-1970).
Les douze salopards, de Robert Aldrich (le film symboliste le plus trivial qui soit, et réciproquement)
10)Citez votre animal préféré dans un film.
Le Bull-Terrier Baxter m’avait bien plu à l’époque (1989), dans l’intelligent film de Jérôme Boivin qui semble avoir disparu.

11)Qui ou quelqu'en soit le fautif, citez un moment irresponsable dans le cinéma.
Le cinéma ne doit surtout pas être responsable.
12)Meilleur film de 1969.
La horde sauvage, de Sam Peckinpah, pour son antimodernité grinçante.
13)Dernier film vu en salles, et en DVD ou Blu-ray.
La saison 2 des Soprano (dvd)
14)Quel est votre second film favori de Robert Altman ?
Streamers (1984) (Le plus grand film américain sur le Vietnam ?)
15)Quelle est votre source indépendante et favorite pour lire sur le cinéma, imprimé ou en ligne ?
Les liens ci-contre, le dictionnaire de Jacques Lourcelles, la plume oubliée de critiques d’un autre âge (chez les bouquinistes)
16)Qui gagne ? Angela Mao ou Meiko Kaji ?
Absolument aucune idéé
17) Mona Lisa Vito (Marisa Tomei) ou Olive Neal (Jennifer Tilly)?
Le choix ne s’impose pas. Actrices très secondaires.
18)Citez votre film favori incluant une scène ou un décor de fête foraine.
Difficile d’oublier la séquence de Ministry of Fear de Lang, tournée en mémoire de M
19)Quel est à aujourd'hui la meilleure utilisation de la video haute-definition sur grand écran ?
L’Anglaise et le Duc, d’Eric Rohmer

20)Citez votre film favori qui soit à la fois un film de genre et une déconstruction ou un hommage à ce même genre.
Blood simple (Joel et Ethan Coen, 1984).
21)Meilleur film de 1979.
All that jazz, de Bob Fosse (son plus grand film et la plus belle prévision de la débandade de toute la décennie suivante)
22)Quelle est la plus réaliste / Sincère description de la vie d'une petite ville dans un film ?
Raining stones, 1993 (C’est la banlieue de Manchester, mais c'est bien une petite ville devant la caméra communautaire du très grand Ken Loach).
23)Citez la meilleure créature dans un film d'horreur (à l'exception de monstres géants).
L’orang-outang sans trucage de Link (Richard Franklin, 1986)
24)Quel est votre second film favori de Francis Ford Coppola ?
Peggy Sue got married, 1987 (son immense nostalgie contenue)
25)Citez un film qui aurait pu engendrer une franchise dont vous auriez eu envie de voir les épisodes.
Judex, de Georges Franju.

26)Votre séquence favorite d'un film de Brian De Palma.
Le plan-séquence inaugural de The Bonfire of vanities, résumé définitif de la vacuité esthétique et morale de la fin du XXème siècle.
27)Citez votre moment préféré en Technicolor.
Pratiquement tous les plans du Narcisse noir, de Michael Powell (1947)
28)Votre film signé Alan Smithee préféré.
Jamais vu aucun.
29)Crash Davis (Kevin Costner) ou Morris Buttermaker (Walter Matthau)?
Films non vus. Kevin Costner sans raison valable.
30)Quel film post-Crimes et délits de Woody Allen préférez vous ?
Le suivant, Alice (1990), tendre hommage à Mia Farrow.
31)Meilleur film de 1999.
Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick (sans doute le film le plus anti-américain qui soit)
32)Réplique préférée.
«J’ai vu arriver cet insecte et c’était une balle » (Denis Lavant dans Mauvais sang de Léos Carax)
33)Western de série B préféré.
L’homme de l’Arizona, de Budd Boetticher (un souvenir imprécis mais tenace, le silence et le vide et puis soudain les déflagrations)
34)Quel est selon vous l'auteur le mieux servi par l'adaptation de son oeuvre au cinéma?
Maurice G. Dantec (sa tendance à la fois prétentieuse, schématique et brouillonne, notamment, est admirablement rendue)
35)Susan Vance (Katharine Hepburn) ou Irene Bullock (Carole Lombard)?
« Irene Bullock », sans la moindre hésitation

36)Quel est votre numéro musical préféré dans un film non musical ?
L’envol d’Anna Karina dans Vivre sa vie, de Jean-Luc Godard.
37)Bruno (Le personnage si vous n'avez pas vu le film, ou le film si vous l'avez vu) : une satire subversive ou un stéréotype ?
Pas de choix ici entre deux termes strictement équivalents. Toute subversion aujourd hui est un maniement roublard de stéréotypes.
38)Citez cinq personnes du cinéma, mortes ou vivantes, que vous auriez aimé rencontrer.
Léos Carax, Jean-Pierre Melville, Peter Greenaway, Jacques Tati, Juliette Binoche (pour parler poésie, politique, et puis ne plus parler)
12:35 Publié dans All that jazz, Intimité, Les uns et les autres, Nitrate d'argent | Lien permanent | Commentaires (41) | Envoyer cette note | Tags : peter lorre, léos carax, juliette binoche, carole lombard, stanley kubrick, jérôme boivin, michael powell
23.07.2009
VIOLENCE

10:06 Publié dans Intimité, Nitrate d'argent | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : le troisième homme, carol reed, joseph de maistre
21.07.2009
LE PAYS D'OU L'ON S'EN VA

09:16 Publié dans Intimité | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : mission to mars, brian de palma, serge reggiani, 1969, l'homme a marché sur la lune
08.06.2009
JOURNAL DE NAISSANCE

En ce temps-là, les hommes de soixante ans portaient encore le chapeau, et les femmes raccourcissaient leurs cheveux en les attachant plutôt qu’en les coupant.
C’était le temps du cinéma dangereux, où les critiques catholiques permettaient certains films avec « d’expresses réserves » tout en en refusant d’autres, qu’ils « déconseillaient fortement », pour des raisons aussi étrangères à l’esthétisme que celles, plusieurs décennies plus tard, de leurs successeurs cette fois humanistes (et responsables), qui ne cesseraient d'inciter les spectateurs à aller se faire déranger.
En ce temps-là, la presse d’investigation, déjà subtile et ne s’en laissant pas compter, découvrait un jeune chef d’état, volontariste et ambitieux, qui se faisait surnommer par les salles de rédactions et quelques diplomates en vue, « Gaullico », en référence déférente. Et c’était Ceaucescu .
A l’époque, les étudiants prenaient tout ce qui était à prendre, découvrant l’amour libre et la dialectique dans le même mouvement, comme lorsque quelques amoureux publics sur un banc d’usine se faisaient déloger par des ouvriers CGT qui entendaient « rester maîtres chez eux », et qui tout en cadenassant la révolte, s’en réclameraient outrageusement plus tard.
C’était le temps où de nouveaux pavillons sur de gais terrains bientôt arborés étaient proposés à la vente, à Mons-en Bareuil comme à Cergy, voire dans la banlieue toulousaine, affriolants gouffres dont à peine une génération plus tard, le ghetto renverrait l’écho sinistre.
L’époque proposait en sus un nouveau concept de vacances, « farniente et culture », modelisant ainsi le touriste de demain, celui qui ayant tout saccagé en restant débonnaire, irait chercher aux quatre coins du monde ce qui n’existerait plus qu’en papier-guide.
En ce temps-là, les femmes souriaient déjà en plein drame, non sans calcul mais encore avec regret, et les hommes de quarante ans escaladaient de nuit les murs des maternités pour embrasser leur fils, avant d’aller seconder une escouade de flics prétendant ramener l’ordre, où une barricade désirant le contraire, sans se douter que l’ordre nouveau qui s'instaurait ainsi, précipiterait la fin des antagonismes, et que ce serait justement cela, la fin.
Nous vivons aujourd 'hui dans le monde libéral et décomplexé de Nicolas Cohn-Bendit et je mets au défi quiconque lisant le journal du samedi 18 mai 1968, d’avoir pu l’envisager.
11:13 Publié dans All that jazz, Intimité | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : mai 68, nicolas sarkozy, daniel cohn-bendit
11.05.2009
LE NOM

De part et d’autre de l’allée couverte, le soleil déclinait lentement, et dans ce mouvement, à l’intérieur même de cette lumière s’amenuisant avec douceur, alors qu’il ne restait plus rien en moi du temps d’avant, du moins voulais-je m’en persuader à bon compte, et que tout en somme était dit, il y eut encore quelqu’un à nommer.
Les ombres des bouleaux rejoignaient celle de la grange, c’était le signe d’une nuit bientôt froide, et pourtant, ce nom revenait en moi comme s’il fallait enfin, pour m’en délivrer, le clamer, mais à qui ? Cela faisait longtemps que les bavards, bouffis de cette vanité savamment mise en scène, n’offraient plus le moindre recours. Ils avaient beau faire assaut de références incontestables, se pavaner en toutes occasions, les entendre ressasser leurs tragiques certitudes de talent supérieur ne me faisait même plus rire, alors comment aurais-je pu seulement penser à les gifler ? Une gifle pour leur apprendre que le style c’est bien l’homme et la véritable maîtrise jamais maniérée ; une gifle pour qu’ils aillent rejoindre leurs pairs, aussi vains que leur prose ampoulée, que leurs manières grimaçantes. Non, l’Elite du goût ne me permettait plus de retarder les évidences, de croire aux vertus ou aux vices, elle n’était plus ni un baume ni un défouloir, juste une pathétique confrérie de poseurs inutiles.
Les tamaris s’amoncelaient en spirales roses puis pâlissaient sous mes pas : je retournai vers l’étang. A qui dire le nom ? Aux silencieux, inquiets ou profanes, qui avaient depuis longtemps cessé de partager leurs souffrances, et ne qui ne savaient plus retenir de moi que des traces jamais fécondes ? Aux inquiets qui se reconnaissaient soudain dans mes travers et mes écueils, mais n’oubliaient jamais de me laisser ensuite en plein désarroi, lorsqu’enfin, provoquant leur dépit et leur fureur, une marche était gravie, une armure délaissée, un sursaut conquis ?
Les derniers étourneaux rejoignaient les catalpas et je savais bien, moi, transi de froid, de peine et d’orgueil, que ce nom ne dirait rien à quiconque, ou plutôt, et c’était bien pareil, qu’il ferait penser à un quelconque drame de famille, une quelconque idylle, un quelconque deuil, ce nom qui n’était bien heureusement rien de tout cela, ce nom qu’il m’avait toujours été difficile de prononcer sans rougir, sans crainte, et dont il me fallait cependant quitter l’emprise.
A quoi peut bien servir de garder un nom que plus personne ne peut porter ?
Seul devant l’eau morte et poudrée, l’écho m’a renvoyé le hoquet d’une voix déformée, un sanglot qui criait le nom comme on salue une victoire. Le bosquet tout proche a frémi. Une sitelle s’est évanouie dans l’ombre.
Je ne me souviens plus des jours d’avant.
16:24 Publié dans Intimité, Nitrate d'argent | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : sombre, philippe grandrieux, il était une fois en amérique, sergio leone
14.04.2009
GNOSE
Lorsque la connaissance n'est qu'un travail d’érudition, livresque et ainsi délivrée des coups de fouet du réel, elle donne à l'âme fragile, par son carcan même, l’apparence d’une structure, d’une mémoire, d’un passé, et il est logique alors qu'elle s'emploie au pluriel : je suis ce que je sais, en fait surtout ce que j'ai su, héritier de traditions et de gloses diverses qui m'ont, un jour, fondé et à l’intérieur desquelles je n'espère plus qu’être fondu.
Dans Memento de Christopher Nolan, la vraie victime, contre toute attente, n’est alors autre que l’amnésique au passé tatoué.

Or il s’agit bien d’apparences, qui m'érigent même si je suis dépourvu de colonne vertébrale, qui me nomment avant même que j'ai compris d’où venait mon Nom, qui me classe et me range à jamais, pour le meilleur des stratagèmes et la pire des prisons : je ne suis que ce que j'ai été, et dans cet enfermement tranquille, rien ne me touche vraiment puisque j'y suis avant tout étranger à moi-même.
Dans Les Promesses de l'ombre, de David Cronenberg, le véritable perdant est bien, malgré son succès final, le flic à la fausse identité de voyou tatouée.

Mais la connaissance peut aussi être envisagée comme un moyen non pas de se faire un nom ou pire une personnalité, une individualité, un Je (l'ultime leurre), mais bien d’aller au fond de soi, ce qui est encore le meilleur moyen d’en sortir. Je est toujours Autre mais il faut pour cela, pour accepter l’idée qu’un ego n’existe pas, en passer par l’accumulation (avant la sédimentation), la multiplicité (avant l'Unité), pour être enfin délivré, mais seul.
Et c'est ainsi que dans la série télévisée Prison Break, le prisonnier qui s'est tatoué sur le corps le plan arachnéen de son évasion future, ne peut être qu'un héros tragique.

12:20 Publié dans Intimité, Nitrate d'argent | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : prison break, memento, christopher nolan, les promesses de l'ombre, david cronenberg
08.04.2009
CINQ
Belle idée de questionnaire cinéphile chez Joachim, reprise avec bonheur ici, là et encore là, et j'espère bientôt ailleurs, que je m'empresse d'adapter à mon tour :

5 films dont la deuxième vision est meilleure que la première, puis la troisième meilleure que la deuxième puis la quatrième meilleure que la troisième puis la cinquième... : L’emploi, d’Ermanno Olmi ; La splendeur des Amberson, d’Orson Welles ; Flandres, de Bruno Dumont ; Que le spectacle commence, de Bob Fosse ; Colonel Blimp, de Michael Powell et Emeric Pressburger .
5 films qui m’ont laissé de mauvais souvenirs, mais vu le calibre de leur auteur, j’ose à peine le dire (mais je le dis) : Cris et chuchotements, d’Ingmar Begman ; La voix de la lune, de Federico Fellini ; La Marseillaise, de Jean Renoir ; La fille de Ryan, de David Lean ; Le beau mariage, d’Eric Rohmer.
5 films réputés mineurs ou oubliés, signés par des cinéastes reconnus, mais qui m’ont davantage impressionné que certains de leurs titres emblématiques : L'esprit de Caïn, de Brian de Palma ; L’ami de mon amie, d’Eric Rohmer ; Desesperate hours, de Michael Cimino ; Nick’s movie, de Wim Wenders ; Les espions, de Henri-Georges Clouzot.
5 films réputés mineurs ou oubliés, ou encore signés par des cinéastes mineurs ou oubliés, qui m’amusent, me plaisent ou m’émerveillent : Le sixième continent, de Kevin Connor ; La marge, de Walerian Borowczyk ; La vampire nue, de Jean Rollin ; Pain et chocolat, de Franco Brusati ; Un divan à New York, de Chantal Akerman.
5 chocs cinématographiques malgré les conditions déplorables de leur découverte : Allonsanfan, des frères Taviani (épouvantable copie soufflante et délavée de la cinémathèque de Chaillot, il y a 20 ans) ; Yukoku de Mishima (sur un petit écran d’ordinateur) ; Mauvais sang, de Léos Carax (à sa sortie à Beaubourg, à l’extrême droite du premier rang trop proche de l’écran) ; Les affranchis, de Martin Scorsese et Irréversible, de Gaspard Noé (les commentaires outrés des spectateurs du rang de devant à chaque nouvelle bouffée de violence).

5 films dont j’ai eu une vision totalement différente selon la période de la vie à laquelle je les ai vus : La ville est tranquille, de Robert Guédiguian (sans puis avec la connaissance des films précédents de l’auteur) ; La féline, de Jacques Tourneur (avec et sans la compréhension du sous-texte érotique) ; Ben-Hur, de William Wyler (idem) ; Le ventre de l’architecte, de Peter Greenaway (selon l’identification avec l’amant ou le mari trompé) ; Lolita de Stanley Kubrick (selon l’identification avec James Mason ou avec Peter Sellers) ; La série des Angélique (adorée à 12 ans, méprisée à 20 et redécouverte avec bonheur –non pas tant par le jeu des acteurs que par une élégance certaine quant au cadre et au découpage, suite aux recommandations d’un ami…la semaine passée)
5 films que tout le monde aime (ou aimait à l’époque de sa sortie), mais moi je n’y arrive (toujours) pas : Le grand bleu, de Luc Besson, Pulp fiction, de Quentin Tarantino, Kill Bill, de Quentin Tarantino ; L’échange, de Clint Eastwood ; Breaking the waves, de Lars von trier.
5 films d’abord aimés puis ensuite rejetés : Angel Heart, d’Alan Parker ; Les duellistes, de Ridley Scott ; L627, de Bertrand Tavernier ; Le parfum d’Yvonne, de Patrice Leconte ; La liste de Schindler, de Steven Spielberg.
5 films d’abord incompris ou rejetés puis ensuite aimés voire adorés : L’arbre aux sabots, d’Ermanno Olmi ; Le testament du Dr Cordelier, de Jean Renoir ; Persona, d’Ingmar Bergman ; Le pirate, de Vincente Minelli ; Un flic, de Jean-Pierre Melville.
5 films très appréciés qui agacent ou déconcertent mon entourage pour des raisons morales, politiques, esthétiques : Mauvais sang, de Léos Carax ; La femme-objet, de Claude Lemoine ; Quelques jours avec moi, de Claude Sautet ; House, de Sharunas Bartas ; Choses secrètes, de Jean-Claude Brisseau.
16:13 Publié dans Intimité, Les uns et les autres, Nitrate d'argent | Lien permanent | Commentaires (48) | Envoyer cette note | Tags : l'argent de robert bresson




