19.11.2009

EROTISME

 Voici le questionnaire "Erotisme et Cinéma" que je vous annonçais il y a quelques temps. Il est à qui voudra le prendre. Certaines questions peuvent bien entendu, par pudeur ou ignorance, être sautées. Afin de n'influencer ni ne contraindre personne, je l'ai laissé initialement vierge, et mes réponses, par glissements progressifs, se sont peu à peu intercalées.

Ailleurs, vous pouvez retrouvez :

Le bel éclectisme du Dr Orlof dévoilé en tout premier.

Les aveux séquencés de Joachim, distillés à compter du 22 novembre

Les révélations d'Ed(isdead)

Les contributions successives de Vincent, à partir du 25 novembre

L'astucieux préambule de Frédérique

Un (joli) dévoilement du Père Delauche niché dans les commentaires ci-dessous

Un élégant palmarès de Christophe, également en commentaires

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1- Quel est votre plus ancien souvenir d'émoi érotique ayant un lien avec le cinéma ?
C'est paradoxalement (?) par une critique de film (Tarzan de John Derek), paru en 1981 dans le Quotidien de Paris, et non par le film même (que je ne vis jamais, car j'avais à peine treize ans), que je ressentis pour la première fois "le violent désir de voir" (comme pourrait l'écrire Bataille). Ces images décrites, avec des termes dont je me souviens mal sinon qu'ils étaient moqueurs, avaient en effet un pouvoir d'évocation infini, me permettant de nourrir des mois durant une sorte de rêve éveillé où l'état de nature et la civilisation entretenaient des rapports hautement suggestifs. Ensuite l'oubli ; un oubli relatif toutefois car je suis resté particulièrement sensible aux scènes érotiques se déroulant dans les jardins ou les forêts. Il est certain que je ne verrai jamais ce film, les quelques rares photos dénichées à l'occasion de ce questionnaire intrusif, me plongeant dans un état de trouble et de perplexité qui me suffit...
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2- Quels films (un par décennie depuis les années 20) représentent pour vous le summum de l'érotisme ?

Un chien andalou (Bunuel)

King-Kong (Cooper et Schoedsack)

Laura (Preminger)

Vertigo (Hitchocock)

Belle de jour (Bunuel)

Contes immoraux et La Bête (Borowczyk)

La clef (Brass)

Les vies de Loulou (Luna)

Choses secrètes (Brisseau)

 3 et 4- Quelle acteur/actrice a su vous montrer la plus belle chevelure ? Les plus beaux pieds ?

Difficile de choisir entre celle de la rousse Rita Hayworth et celle de la blonde Vivi Gioi, presque indécentes de boucles et de volumes, et qui d'ailleurs furent un jour violemment coupées (jalousie de Welles ; épuration de l'Italie d'après-guerre), mais je garde une préférence pour la première, en particulier lorsqu'elle virevolte dans L'amour vient en dansant. La transition est toute trouvée, sans avoir besoin de passer par Marie-Madeleine (quel beau rôle ç'aurait été pour Rita Hayworth), car les plus beaux pieds restent pour moi ceux des danseuses, Cyd Charisse en tête, dont les inclinaisons les plus envoûtantes se déroulent dans La Belle de moscou, lorsque l'actice vêtue de bas de soie, danse sans chaussures. Ce pied n'a jamais cessé de me subjuguer, plus encore peut-être que ses jambes, par sa grâce et sa force.

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5- Si tout comme dans La Rose pourpre du Caire, un personnage devait sortir de l'écran et vous accompagner quelques jours avant de disparaître à jamais, qui serait-il ?

Sans hésiter, puisque c'est un personnage qui m'a justement accompagné pendant de nombreuses années, et que j'ai tâché en vain de retrouver dans d'autres rôles de son interprète, chez d'autres actrices qui essayaient de la singer, dans le timbre de voix, le regard ou la coupe de cheveux de jeunes femmes jamais assez ressemblantes et qui de ce fait ne pouvaient que me décevoir, Anna de Mauvais sang (Léos Carax). Je l'emmènerais en voyage avec une petite valise qui contiendrait de la mousse à raser, un chandail noir et blanc, un peignoir bleu et un gilet rouge, quelques mouchoirs. Elle me quitterait un peu plus tard en laissant sa marque ici et là. sang35donal.jpg

6- Quelle est votre scène de pluie préférée ?

Sans doute parce qu'elle est vite interrompue et que l'on ne peut qu'imaginer la suite (fut-elle tournée ?), je retiens l'intense et brève séquence d'Emmanuelle 4 (Francis Leroi) qui met à l'honneur la délicieuse Marilyn Jess sous les trombes d'eau, îlot inattendu de sensualité dans cette morne et triste série. 

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 7- Y a-t-il une musique de film qui saurait accompagner vos ébats amoureux ?

Non.

 8- Avez-vous vu dans un film un vêtement que vous aimeriez porter ou offrir ?

J'aimerais bien offrir cette combinaison, portée successivement par Musidora, Francine Bergé, Gayle Hunnicutt, Maggie Cheung...

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 9- Existe-t-il une actrice de films pornographiques que vous aimeriez voir dans un film d'un autre genre ?

Entre pitreries auteurisantes et nanars, le résultat de ce transfert n'a jamais été bien probant, mais il demeure difficile de savoir à qui incombe la faute. J'aimerais néanmoins découvrir l'affolement de Michelle Wild dans un polar, elle qui a toujours accepté avec naturel et bienveillance des situations qui auraient dû la remplir d'effroi. Mais peut-être ne sait-elle pas jouer l'inquiétude.

 10- Quelle est la scène (ou le film) ayant le mieux stimulé votre odorat ?

Il me semble qu'il s'agit de la course-poursuite haletante de La Bête, suivie de ses interminables étreintes, dans un parc abandonné et pourrissant qui sent la mousse humide et les feuilles mortes écrasées.

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11- Si vous pouviez prolonger une séquence soudain interrompue, quelle porte fermée rouvririez-vous, quel rideau tiré écarteriez-vous ou quel panoramique s'esquivant vers le décor anodin, redresseriez-vous ?

Le hors-champ est sans doute ce qu'il reste de plus érotique au cinéma, surtout à une époque où tout peut être vu. C'est ce que ne peut montrer un film (que cela soit du domaine du choix, de l'incapacité ou de la censure) qui permet au spectateur de le reconstruire à sa façon. Le hors-champ tient le film, comme l'anti-matière tient ensemble les astres. Tournées puis supprimées ou bien imaginaires, ces scènes demeurent le seul territoire libre, le seul lieu véritablement habitable. Ainsi ai-je toujours prolongé les séquences, rouvert chaque porte fermée, corrigé chaque panoramique ou travelling trop empressés, ainsi suis-je longuement resté au sein de plans déjà remplacés par d'autres. Il n'y a ainsi pas un appartement de Fenêtre sur cour qui me soit inconnu, malgré les brèves visions de James Stewart.

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 12 et 13- Quelle actrice ou quel acteur a su vous montrer la plus belle poitrine ? Les plus belles dents ?

La plus belle poitrine non dénudée reste pour moi celle de Janet leigh, des Vikings à Psychose, tandis que les plus beaux seins nus sont sans conteste ceux de Laura Antonelli, tout particulièrement dans Malicia (Samperi). Quant aux dents, celles de Brigitte Bardot, de Michèle Mercier, de Julianne Moore sont de toute beauté, mais je reste subjugué par le sourire de Nicole Calfan...

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14- Vous êtes enfermé jusqu'au matin, avec le partenaire de jeu de votre choix, dans un musée berlinois qui a reconstitué des centaines de décors de films. Lequel choisissez-vous pour votre nuit ?

Celui d'un film de David Lynch serait assez tentant, par exemple celui-ci :

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 15- Quel est pour vous le mot, la phrase ou le dialogue le plus empreint de sensualité ?

"Je ne vous aime pas...Je ne vous aime pas..." (Danielle Darrieux dans Madame de..., de Max Ophüls)

 16- Quelle est votre scène de douche préférée ?

C'est sans doute un peu hors-sujet, mais ce plan de salle de bains est magnifique (pour la douche proprement dite, il me semble que la réponse 6 convient)

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 17- Existe-t-il une actrice que vous aimeriez-vous voir dans un film pornographique ?

Je crois que je redouterais, pour toute une série de raisons que je détaillerai peut-être une autre fois (ce questionnaire est assez long comme ça), découvrir une actrice que j'apprécie, respecte voire vénère, dans une scène, à fortiori un film, pornographique. Si bien que je ne peux le souhaiter que pour celles qui tout à la fois m'insupportent et m'attirent, m'exaspèrent tout en excitant mon imagination. Je propose Emmanuelle Béart dont Chabrol disait -pour lui faire plaisir et l'engager pour L'Enfer- qu'elle avait "un corps de pute et un visage de vierge". (Bien entendu, pour que cela ait lieu, sans doute faudrait-il que le jeu en vaille la chandelle, qu'il y ait derrière une caution morale, comme lutter contre le réchauffement climatique ou la fourrure animale)

 18- Quel film et/ou quel cinéaste vous paraît le moins érotique ?

Il me semble que Federico Fellini a développé de films en films, à quelques écarts près, une mise en images de l'érotisme qui s'oppose radicalement à mes goûts en la matière (des garçonnes clownesques aux matrones ogresses ; des ambiances bouffonnes aux atmosphères morbides). Ce qui n'empêche d'ailleurs pas que je le considère comme l'un des cinq plus grands cinéastes de tous les temps.

 19 et 20- Quelle actrice ou quel acteur a su vous montrer le plus beau ventre ? Les plus belles mains ?

Pour le plus beau ventre, Valérie Perrine dans la séquence d'ouverture du spendide Lenny (Fosse) ou Isabelle Pasco dans l'épouvantable Roselyne et les lions (Beineix) auraient tout à fait pu convenir, mais je sélectionnerais plutôt aujourd'hui Mia Kirshner pour l'ensemble de son oeuvre, en particulier ici dans Sex academy... Quant aux plus belles mains, je retiens tout particulièrement celles des actrices qui effleurent, caressent ou dissimulent leur visage, ou alors celles qui tiennent négligemment une cigarette ; lorsque les deux sont réunies, c'est bien sûr encore mieux.

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 21- Quelle est la scène (ou le film) ayant le mieux stimulé votre goût ?

Meurtre dans un jardin anglais (Greenaway) parsemé de métaphores salaces liées aux fruits, culminant dans un dialogue qui se déroulera derrière cette ombrelle renversée, si bien que l'on ne verra rien mais que l'on saura tout.

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 22- Quelle est votre comédie musicale préférée ?

La Belle de Moscou (Mamoulian)

 23- En inversant le principe de La Rose pourpre du Caire, si vous pouviez pénétrer dans un film, lequel choisiriez-vous ?

Le village de Brigadoon (Minnelli), d'autant qu'il me serait ensuite impossible d'en repartir.

 24- Quelle est votre scène muette entre deux amants préférée ?

L'amour avant la mort dans Yukoku de Mishima.

 25- Quel film vous a toujours semblé manquer d'une ou de plusieurs séquences érotiques ?

Un grand nombre de films pornographiques, pour ne pas dire la plupart, le plus souvent incapables de représenter la transition érotique, celle qui vient du désir pour aboutir à l'acte ; désirs simplifiés, actes faussés et entre les deux, aucun plan.

 26- Quel est pour vous le plus beau plan de femme ou d'homme endormi ?

Le très beau plan qui précède la délicate scène du réveil de Marilyn Monroe dans Bus stop (Logan)

 27 et 28- Quelle actrice ou quel acteur a su vous montrer la plus belle nuque ? Le plus beau sexe ?

La nuque de Louise Brooks dans Loulou (Pabst) ; le sexe de Lisbeth Hummel dans La Bête (Borowczyk)

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 29- Vous prenez miraculeusement, au sein d'un film, la place d'un potentiel partenaire sexuel : lequel ?

Je me verrais bien en Deborah Kerr, dans Le Narcisse noir (Powell), ses questionnements ayant été souvent les miens.

30- Quelle voix vous a le plus troublé au cinéma ?

Aucune. Je me rends compte après la question 7, que la sphère auditive est chez moi assez peu investie, ce qui doit probablement signifier une multitude de choses.

 31- Y a-t-il un film classé X, dont vous aimeriez découvrir le remake sans aucune scène pornographique ?

Comme certains films X sont des pseudo-remakes d'oeuvres célèbres, il serait amusant d'en effectuer à nouveau le remake, en tournant plan par plan (mais sans les scènes pornographiques, donc) à la manière du Psycho du Gus van Sant. Il y aurait là une sorte de dispositif entre la télé-réalité et une certaine abstraction qui serait pour le moins surprenante.

 32- Quelle est votre scène de danse préférée (hors comédies musicales)

La très belle Dominique Erlanger virevoltant dans L'Attentat (Davy)

 33 et 34- Quelle actrice ou quel acteur a su vous montrer les plus belles fesses ? Le plus beau sourire ?

Marilyn Monroe, sans l'ombre d'une hésitation.

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 35- Existe-t-il un plan, une séquence ou un film qui aient réussi à vous émoustiller sans avoir à priori été conçus à cet effet ?

Les longs moments auprès de Delphine Seyrig, seule dans son appartement avec ses gestes automatiques, rassurants, conventionnels entre deux passes, dans Jeanne Dielmann, de Chantal Akerman

36- Quelle actrice ou quel acteur aimeriez-vous voir grimé en l'autre sexe ?

Aucune.

37-Quel regard-caméra vous a le plus ému ?

La jeune fille qui parle à Mastroianni, dans la dernière séquence de La Dolce Vita, mais que celui-ci n'entend pas à cause du bruit des vagues (et de bien d'autres raisons plus profondes), finit par nous donner le plus émouvant regard-caméra que je connaisse, celui de l'innocence réitérée en dépit des désastres.

 38- Quel réalisateur est selon vous le mieux parvenu à  filmer l'acte sexuel (hors films pornographiques) ?

Walerian Borowczyk, surtout dans L'Art d'aimer, Histoire d'un péché, Contes immoraux, en raison de l'importance qu'il donne aux sons, aux odeurs, aux couleurs environnantes, et surtout au lent passage du temps lors du rapprochement des corps, transformant ainsi cet acte en une véritable cérémonie.

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 39- Est-ce le même que celui que vous considérez comme le plus grand maître en érotisme ?

Non, parce que la représentation de la sexualité n'est sans doute pas une condition nécessaire à l'expression cinématographique de l'érotisme. Le frémissement des sentiments, leurs méandres, leur emballement et leur fuite, leur confusion, est une matière bien plus délicate, et ainsi bien plus troublante. C'est celle que traita magistralement Ophüls.

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22.10.2009

D'UN ECUEIL L'AUTRE

Au sein du mouvement surréaliste, le débat sur les pois sauteurs, apparemment anodin, est essentiel. Devant ces graines agitées de soubresauts inattendus, alors que Roger Caillois plaidait pour qu'on les coupe en deux afin de résoudre l'énigme, André Breton s'écria "surtout pas !", préférant en conserver le mystère.

C'est là sans doute une illustration du conflit entre la mystique et la gnose, entre l'émerveillement de l'enfance et la rationalité de l'adulte, la magie et la technique, le romantisme et le positivisme : face au monde, à ses sortilèges et à ses stratagèmes, doit-on se laisser captiver, se laisser ravir, s'en remettre à l'extase ou au contraire se ressaisir, ne cultiver que l'enstase (selon le néologisme de Mircea Eliade). Faut-il laisser le Moi se fondre avec exaltation dans le Tout ou bien reconstruire le monde en soi ?

Dans le regard que nous portons sur l'autre sexe ou sur une oeuvre d'art, la fascination crée la fois la souffrance de la sujétion et l'engouement poétique : nous dépendons de la femme ou du film dont nous refusons d'analyser les pouvoirs, mais dans le même temps nous jouissons de leur aura. A l'inverse, la distanciation s'oppose à la dépossession de soi mais également à l'émotion : les films disséqués comme les femmes comprises ne nous contraignent plus mais dans le même temps nous quittent irrémédiablement, le bonheur de leur rencontre est à jamais perdu.

Il n'existe pas de juste milieu : dans le plaisir de l'emportement et le ravissement des sens, la contrainte est à son comble ; dans la joie de la maîtrise et la quête analytique, la solitude est définitive.

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19.10.2009

MONTEE

On peut considérer l'envol du jeune garçon à bicyclette, dans ces deux contes de pré-adolescence, comme l'apparition incontrôlée, inespérée, d'une érection enfin rendue possible par l'émotion, enfin activée par le psychisme et non plus les simples réflexes physiques.

Cette montée inattendue répond enfin au désir amoureux (la jolie sorcière), signe l'attrait définitif et fascinant des arrière-mondes, des secrets inavouables, des mystères organiques (l'extra-terrestre). Elle marque surtout la fin de l'enfance, le passage du rêve involontaire aux fantasmes conscients, des hypothèses mouvantes au fait brut, solide, indiscutable (une érection ne se discute pas, disait Cocteau).

"La fonction du pied humain, écrivait quant à lui Bataille dans Le gros orteil, consiste à donner une assise ferme à cette érection dont l'homme est si fier. Mais quel que soit le rôle joué dans l'érection par son pied, l'homme, qui a la tête légère, c'est-à-dire élevée vers le ciel et les choses du ciel, le regarde comme un crachat sous prétexte qu'il a ce pied dans la boue."

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01.10.2009

UTOPIE

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"Aveuglément : telle est la seule façon élégante d'aimer. Quel reproche peut atteindre celui qui se voue discrètement et totalement à quelqu'un, quel reproche peut atteindre celui qui en est l'objet ? Destination aveugle, tel est le sens des rêves, en idées, en amour."
*
"La fin des utopies serait celle des utopies masculines, laissant la place désormais aux utopies féminines. Mais y a-t-il des utopies féminines ? C'est l'homme, naïf, qui sécrète des utopies, l'une d'elles étant justement la femme. Celle-ci, étant une utopie vivante, n'a pas besoin d'en produire. De même, elle n'a que peu de raisons d'être fétichiste, étant elle-même le fétiche idéal."
(Jean Baudrillard, Cool memories II)
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16.09.2009

SEQUELLES

La post-modernité ne propose plus que deux types de cinéma.

Celui qui prétend innover alors qu'il recycle ; celui qui ignore qu'il détruit pensant qu'il restaure.

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14.09.2009

PROJECTIONS

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On peut continuer en faisant mine de ne s'apercevoir de rien.

On peut même se réjouir, se passionner. Avoir de la gratitude et de l'écoute pour la vraie vie des vrais gens. Se concerter. Faire preuve d'indulgence, se remettre en question, s'insurger, sortir de ses gonds, opiner placidement, nier farouchement, pousser une gueulante, applaudir poliment. Après tout, le marché crée du lien social.

On peut aussi passer la main.

Un demi-siècle à peine. Le cinéma comme enchantement, le cinéma comme déroute, nourricier puis assassin. L'abri, le refuge, la conscience de soi délestée en douceur ; la violence du souvenir, sa griffe, le vacillement de l'esprit dans l'effroi. Le cinéma comme ultime façon de faire, le cinéma comme dernier moyen de se défaire. La mémoire accueillante, le passé si cruel. La salle vibrante, les filiations inventives ; la salle puante, les sillages inversés puis dispersés aux quatre vents. L'existence morne mais le cinéma en couleurs ; l'emprise du film sur la vie faussée. Le regard interrogateur et confiant ; le regard ravi et jamais libéré.

Cecilia qui dans La Rose pourpre du Caire connaît le bonheur à travers l'écran magique, récompensée de son assiduîté. John Dillinger qui dans Public Enemies est assassiné à la sortie de la salle, piégé par le choix prévisible de son film. Le film comme vie alternative et la caméra en arme du crime. Le verre de lait et la flaque de sang. Salavatore qui dans Cinéma Paradiso, a tout appris dans une cabine de projection ; Shoshanna qui dans Inglorious Basterds y fomente un carnage. Le cinéma comme paradis perdu puis comme stratagème infernal.

Après plus d'un demi-siècle, la moderne boîte de Pandore d'En quatrième vitesse d'Aldrich peut servir une autre métaphore que celle de l'atome. Cette lumière violente, indécente, destructrice était peut-être celle de la projection cinématographique elle-même, ivre de ses futures emprises, riche de ses victimes prochaines, impatiente d'intimider puis d'organiser dans ses flux plusieurs générations d'automates. Qui secoueraient plus tard leur joug comme on acquiesce.

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01.09.2009

QUESTIONS

De la côte normande (Pauline à la plage) jusqu’au lac d’Annecy (Le genou de Claire), de Cergy-Pontoise (L’ami de mon amie) à Saint-Jean de Luz (Le rayon vert), le sujet est immuable et les questions sans cesse réitérées : qui aimer, et comment, de qui se faire aimer, et pourquoi, à quel moment commence t’on à aimer, et quand s’arrête-t-on, que faire du désir, jusqu’où le suivre et jusqu’où le brider etc… Les personnages de Rohmer (ces merveilleuses jeunes filles passées au cinéma comme dans un songe avant d’aller grandir ailleurs ; ces acteurs confirmés qui n’ont sans doute jamais été aussi bons, c’est-à-dire aussi dévoilés) en discourent en tous lieux, mettant minutieusement en pratique leurs principes, ou les bafouant, mais découvrant toujours, in fine, que la transparence est un leurre et l’assertion « il n’y a pas de mal à se faire du bien », la plus fausse qui soit. C’est en fait à un écheveau de conséquences que Rohmer nous convie, à la découverte de l’irrémédiable, au voyage dans le temps sans retour en arrière possible, quand par un baiser volé ou une promesse légère, chacun s’est engagé et tout s’enchaîne. C’est dire combien Eric Rohmer n’est pas ce que l’on peut appeler un moderne, comme l’implacable Les nuits de pleine lune le démontre à l’envi !

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Mais si l’on parle beaucoup chez lui, les uns avec les autres et dans toutes les positions, c’est bien de manière cinématographique que ce verbe nous est donné, le cinéaste ne se contentant jamais de placer sa caméra devant des acteurs en train de réciter un texte ou de l’improviser. Au contraire, Rohmer accompagne toujours ces diverses conversations en révélant par le cadre, le hors-champ, le passage de témoin du champ au contrechamp, ce qui se joue sous les mots, tout ce que ceux-ci tentent d’écourter, de prolonger, de différer, d’analyser. A quel moment filmer celui qui parle et à quel moment se tourner vers celui qui écoute ? A quel moment se focaliser sur les joyaux du verbe et combien de temps est-il permis de s’en éloigner pour contempler le monde, c’est-à-dire leur écrin ?

04.08.2009

QUESTIONNAIRE

C'est chez Vincent que j'ai trouvé cet astucieux questionnaire auquel je m'empresse de donner suite !

1)Quel est votre second film favori de Stanley Kubrick ?

Lolita (La perversité mélancolique de Shelley Winters, l’affolement progressif de James Mason, l’effrayant bien que prévisible final)

2)Quelle est l'innovation la plus significative / importante / intéressante dans le cinéma de la dernière décade (pour le meilleur ou pour le pire) ?

Les plan-séquences métaphysiques de Bela Tarr.

3)Bronco Billy (Clint Eastwood) ou Buffalo Bill Cody (Paul Newman)?

Une courte préférence pour Paul Newman, sans raison valable

4)Meilleur film de 1949.

Le sang des bêtes, de Georges Franju, pour sa modernité glaçante.

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5)Joseph Tura (Jack Benny) ou Oscar Jaffe (John Barrymore)?

Le premier d’entre eux, pour l’humour définitivement obsolète qu’il incarne.

6)Le style de mise en scène caméra au poing et cadre tremblé est-il devenu un cliché visuel ?

Uniquement lorsqu’il est utilisé pour mettre en scène des clichés narratifs.

7)Quel est le premier film en langue étrangère que vous ayez vu ?

Mad Max 2, en 1982, qui m’était interdit en raison d’une décapitation. Le devoir de désobéissance de l’adolescence entraîne un certain nombre de déconvenues esthétiques.

8)Charlie Chan (Warner Oland) ou Mr. Moto (Peter Lorre)?

Peter Lorre, par principe.

9)Citez votre film traitant de la seconde guerre mondiale préféré (période 1950-1970).

Les douze salopards, de Robert Aldrich (le film symboliste le plus trivial qui soit, et réciproquement)

10)Citez votre animal préféré dans un film.

Le Bull-Terrier Baxter m’avait bien plu à l’époque (1989), dans l’intelligent film de Jérôme Boivin qui semble avoir disparu. 

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11)Qui ou quelqu'en soit le fautif, citez un moment irresponsable dans le cinéma.

Le cinéma ne doit surtout pas être responsable.

12)Meilleur film de 1969.

La horde sauvage, de Sam Peckinpah, pour son antimodernité grinçante.

13)Dernier film vu en salles, et en DVD ou Blu-ray.

La saison 2 des Soprano (dvd)

14)Quel est votre second film favori de Robert Altman ?

Streamers (1984) (Le plus grand film américain sur le Vietnam ?)

15)Quelle est votre source indépendante et favorite pour lire sur le cinéma, imprimé ou en ligne ?

Les liens ci-contre, le dictionnaire de Jacques Lourcelles, la plume oubliée de critiques d’un autre âge (chez les bouquinistes)

16)Qui gagne ? Angela Mao ou Meiko Kaji ?

Absolument aucune idéé

17) Mona Lisa Vito (Marisa Tomei) ou Olive Neal (Jennifer Tilly)?

Le choix ne s’impose pas. Actrices très secondaires.

18)Citez votre film favori incluant une scène ou un décor de fête foraine.

Difficile d’oublier la séquence de Ministry of Fear de Lang, tournée en mémoire de M

19)Quel est à aujourd'hui la meilleure utilisation de la video haute-definition sur grand écran ?

L’Anglaise et le Duc, d’Eric Rohmer

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20)Citez votre film favori qui soit à la fois un film de genre et une déconstruction ou un hommage à ce même genre.

Blood simple (Joel et Ethan Coen, 1984).

21)Meilleur film de 1979.

All that jazz, de Bob Fosse (son plus grand film et la plus belle prévision de la débandade de toute la décennie suivante)

22)Quelle est la plus réaliste / Sincère description de la vie d'une petite ville dans un film ?

Raining stones, 1993 (C’est la banlieue de Manchester, mais c'est bien une petite ville devant la caméra communautaire du très grand Ken Loach).

23)Citez la meilleure créature dans un film d'horreur (à l'exception de monstres géants).

L’orang-outang sans trucage de Link (Richard Franklin, 1986)

24)Quel est votre second film favori de Francis Ford Coppola ?

Peggy Sue got married, 1987 (son immense nostalgie contenue)

25)Citez un film qui aurait pu engendrer une franchise dont vous auriez eu envie de voir les épisodes.

Judex, de Georges Franju.

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26)Votre séquence favorite d'un film de Brian De Palma.

Le plan-séquence inaugural de The Bonfire of vanities, résumé définitif de la vacuité esthétique et morale de la fin du XXème siècle.

27)Citez votre moment préféré en Technicolor.

Pratiquement tous les plans du Narcisse noir, de Michael Powell (1947)

28)Votre film signé Alan Smithee préféré.

Jamais vu aucun.

29)Crash Davis (Kevin Costner) ou Morris Buttermaker (Walter Matthau)?

Films non vus. Kevin Costner sans raison valable.

30)Quel film post-Crimes et délits de Woody Allen préférez vous ?

Le suivant, Alice (1990), tendre hommage à Mia Farrow.

31)Meilleur film de 1999.

Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick (sans doute le film le plus anti-américain qui soit)

32)Réplique préférée.

«J’ai vu arriver cet insecte et c’était une balle » (Denis Lavant dans Mauvais sang de Léos Carax)

33)Western de série B préféré.

L’homme de l’Arizona, de Budd Boetticher (un souvenir imprécis mais tenace, le silence et le vide et puis soudain les déflagrations)

34)Quel est selon vous l'auteur le mieux servi par l'adaptation de son oeuvre au cinéma?

Maurice G. Dantec (sa tendance à la fois prétentieuse, schématique et brouillonne, notamment, est admirablement rendue)

35)Susan Vance (Katharine Hepburn) ou Irene Bullock (Carole Lombard)?

« Irene Bullock », sans la moindre hésitation

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36)Quel est votre numéro musical préféré dans un film non musical ?

L’envol d’Anna Karina dans Vivre sa vie, de Jean-Luc Godard.

37)Bruno (Le personnage si vous n'avez pas vu le film, ou le film si vous l'avez vu) : une satire subversive ou un stéréotype ?

Pas de choix ici entre deux termes strictement équivalents. Toute subversion aujourd hui est un maniement roublard de stéréotypes.

38)Citez cinq personnes du cinéma, mortes ou vivantes, que vous auriez aimé rencontrer.

Léos Carax, Jean-Pierre Melville, Peter Greenaway, Jacques Tati, Juliette Binoche (pour parler poésie, politique, et puis ne plus parler)

28.07.2009

PROFONDEUR

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Il y a ce terrifiant "couloir de 15 mètres", dans le Garde à vue de Claude Miller, distance infranchissable entre la chambre du notaire Martineau et celle de son épouse qui se refuse à lui. Le travelling avant se dirige lentement, dans la semi-obscurité, vers la porte du fond, entrouverte puis refermée. Esseulé d'une autre manière, Simonin, chez Pierre Jean Jouve, "se heurtait aux parois noires du petit couloir carrelé, malodorant, chez la cousine. Aucune lumière. Petit tube noir qu'il sentait de chaque côté, au bout duquel une porte sans doute laissait passer par en haut un trait mince de clarté douloureuse."

Le mystère féminin s'éloigne (ou s'épuise ?) à mesure qu'on le cerne. Tout rapprochement (même le plus intime) en décuple secondairement l'inaccessibilité. Cette distance inspirant la crainte ou l'inquiétude, toujours contemporaine d'une femme qui se dérobe, c'est l'escalier filmé en plongée dans Vertigo d'Hitchcock, le souterrain semblant s'étirer dans Body double de de Palma, cette aristocrate qui le long de la perspective symétrique du jardin anglais, dans le Draughtsman's contract de Greenaway, perd peu à peu ses vêtements à chaque buisson contourné.

Le plan américain consacre les couples modèles (après ou avant bien des épreuves), les discussions en écho, le champ/contrechamp égalitaire ; le plan-séquence joue sur le flux, le temps qui fuit, l'asymétrie des parcours. Là où les différences s'abolissaient frontalement, dans un simulacre d'union, la distance maintenant se creuse. Dans Le bûcher des vanités, à deux reprises, le malheureux Sherman Mc Coy voit s'échapper une femme de dos, tentant durant un bref plan-séquence en caméra subjective de la rattraper : sa femme vers les monumentales cuisines de son appartement, sa maîtresse dans la cohue d'une réception.

L'effrayant corridor est bien là : malgré ces quelques mètres, jamais il ne pourra les rattraper, elles lui échapperont toutes deux, dans la profondeur de champ sans pitié qui rend, comme chez Lévinas, l'altérité inatteignable.

23.07.2009

VIOLENCE

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Il n'y a que violence dans l'univers; mais nous sommes gâtés par la philosophie moderne, qui nous dit que tout est bien, tandis que le mal a tout souillé, et que dans un sens très vrai, tout est mal, puisque rien n'est à sa place.
( Joseph de Maistre)

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