08.02.2010

SEPARATION

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Ce cinéma où la profondeur de champ se doit d'être investiguée sans temps mort, où ce n'est qu'à bout de souffle qu'elle peut être parcourue, cinéma de fuites en tous genres, de renseignements (et donc de surprises) démultipliés, où le danger va soudain surgir, où la piste va bientôt se perdre, où l'attente ne peut que tuer et l'angoisse se renforcer au moindre répit ; ce cinéma du vertige et du temps déjà perdu, du regard capté de force pour qu'il croit aux formes, ce cinéma encore attaché au surgissement plutôt qu'à la sidération, mais annonçant déjà les séquences raccourcies, le montage imprécis, le découpage sommaire de tant de films qui voient à présent dans le numérique de quoi satisfaire leur besoin de coercition : dépasser le cadre, extravertir le plan, brouiller les combats, accumuler les corps, magnifier les courses quelle qu'en soit la fin.
Et puis ce cinéma de l'exploration attentive, du juste passage du temps, du regard qui flâne et qui découvre, ce cinéma de moments partagés, de formes reliées, de rigueur contemplée. Ce cinéma de participation où l'accélération ne veut pas soumettre ni l'accalmie distraire, mais où le temps est enfin donné, où le regard a tout loisir d'évaluer et d'envisager les sentiments et les lieux, cette gifle, ce baiser, cette cambrure, ce cadre enfin rendu nôtre.
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