03.11.2009
ESCROCS

Ce qui comptait à l'époque d'Il Bidone, c'était de retranscrire ce qui se passait après la fête et le spectacle, ou juste avant celui-ci, la discussion entre un personnage alarmé et son épouse déçue, le départ au petit matin d'un autre, accompagné d'un musicien et d'une danseuse pour quelques brefs instants, l'achat d'un jouet d'enfant, la contemplation d'un paysage « digne d'un Corot ». Ces courtes scènes de transition, parfois minuscules, disaient la fragilité de ces escrocs, leur maladroite insertion dans une société où l'impunité des plus vils, déjà, ne faisait pas un pli, leurs difficultés relationnelles surtout, qui étaient à la fois l'angle par lequel toute une société dévoilait sa faillite, mais aussi le ferment d'une possible régénération.
(la suite ici)
19:14 Publié dans Raison et sentiments | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : il bidone, fellini, kinok
29.10.2009
REVEIL
"La chute des mythes n'est peut-être qu'un carnaval mais on sent que l'énergie pure passe au travers. On voit défiler les masques et les monstres ; il y en a qui se perdent, il y en a qui tombent ; ceux dont on ne sait plus rien. Les moralistes crient au scandale, mais il y a au moins cela d'acquis : un certain ordre a fait son temps."
(...)
"Le procès de la décomposition actuelle de la société me paraît tout à fait normale : pour moi ce n'est pas là un signe de mort mais un signe de vie. La vie est faite de transformations. Il faudrait même accélérer cette transformation, aller dans le sens de la nourriture. La révolte est toujours féconde. Seule la révolte porte en elle la nécessité organique de l'expression. Au contraire l'approbation amène l'indifférence. On s'endort."
(Federico Fellini)

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23.10.2009
CRISES
Le lien du vendredi, c'est le nouveau numéro du trimestriel Eléments, dans lequel il est question de Richard Millet et d'André Malraux, de Quentin Tarantino et de Robert Aldrich, de Fitzgerald et de Drieu, du rugby d'autrefois et de l'exploration spatiale de demain, avec en prime un texte enlevé sur le musée Magritte de Bruxelles et un autre, non moins ironique, sur les rebelles de "la scène rock".
09:19 Publié dans Les uns et les autres | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : eléments, tarantino, aldrich, fitzgerald, richard millet
22.10.2009
D'UN ECUEIL L'AUTRE
Au sein du mouvement surréaliste, le débat sur les pois sauteurs, apparemment anodin, est essentiel. Devant ces graines agitées de soubresauts inattendus, alors que Roger Caillois plaidait pour qu'on les coupe en deux afin de résoudre l'énigme, André Breton s'écria "surtout pas !", préférant en conserver le mystère.
C'est là sans doute une illustration du conflit entre la mystique et la gnose, entre l'émerveillement de l'enfance et la rationalité de l'adulte, la magie et la technique, le romantisme et le positivisme : face au monde, à ses sortilèges et à ses stratagèmes, doit-on se laisser captiver, se laisser ravir, s'en remettre à l'extase ou au contraire se ressaisir, ne cultiver que l'enstase (selon le néologisme de Mircea Eliade). Faut-il laisser le Moi se fondre avec exaltation dans le Tout ou bien reconstruire le monde en soi ?
Dans le regard que nous portons sur l'autre sexe ou sur une oeuvre d'art, la fascination crée la fois la souffrance de la sujétion et l'engouement poétique : nous dépendons de la femme ou du film dont nous refusons d'analyser les pouvoirs, mais dans le même temps nous jouissons de leur aura. A l'inverse, la distanciation s'oppose à la dépossession de soi mais également à l'émotion : les films disséqués comme les femmes comprises ne nous contraignent plus mais dans le même temps nous quittent irrémédiablement, le bonheur de leur rencontre est à jamais perdu.
Il n'existe pas de juste milieu : dans le plaisir de l'emportement et le ravissement des sens, la contrainte est à son comble ; dans la joie de la maîtrise et la quête analytique, la solitude est définitive.


10:04 Publié dans Nitrate d'argent | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : andré breton, roger caillois, michael powell, le voleur de bagdad, sam garbarski, irina palm
19.10.2009
MONTEE
On peut considérer l'envol du jeune garçon à bicyclette, dans ces deux contes de pré-adolescence, comme l'apparition incontrôlée, inespérée, d'une érection enfin rendue possible par l'émotion, enfin activée par le psychisme et non plus les simples réflexes physiques.
Cette montée inattendue répond enfin au désir amoureux (la jolie sorcière), signe l'attrait définitif et fascinant des arrière-mondes, des secrets inavouables, des mystères organiques (l'extra-terrestre). Elle marque surtout la fin de l'enfance, le passage du rêve involontaire aux fantasmes conscients, des hypothèses mouvantes au fait brut, solide, indiscutable (une érection ne se discute pas, disait Cocteau).
"La fonction du pied humain, écrivait quant à lui Bataille dans Le gros orteil, consiste à donner une assise ferme à cette érection dont l'homme est si fier. Mais quel que soit le rôle joué dans l'érection par son pied, l'homme, qui a la tête légère, c'est-à-dire élevée vers le ciel et les choses du ciel, le regarde comme un crachat sous prétexte qu'il a ce pied dans la boue."

17:05 Publié dans Nitrate d'argent | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : e.t, steven spielberg, kiki la sorcière, miyazaki, bataille, cocteau
15.10.2009
PRISONNIER (3)

Le monde souterrain du Village en représente la face cachée, avec ses salles circulaires où tout se décide et s'observe, ses longs couloirs qui relient entre eux des réseaux et des hiérarchies, permettant plans et projets. Sa population inattendue, sensiblement différente des villageois qui déambulent en surface, est faite de fous hilares ou en larmes, comme de soldats robotisés agissant sans réfléchir. Ces éléments pourraient alors ne former rien d'autre que la métaphore d'un cerveau, avec sa traditionnelle tripartition : cognitive (la pensée), psychique (les émotions de l'âme) et physique (les instincts du corps). Dans ces conditions, savoir qui est le N°1 reviendrait à tenter de connaître, aux confins de la neurophysiologie et de la métaphysique, qui gouverne et qui pense, c'est-à-dire qui dit « Je » en soi. Y a t-il un esprit distinct du cerveau qui aurait pouvoir sur lui (de surveillance, de contrôle, d'organisation) ou ne sommes-nous que des automates conscients, agissant machinalement, sans libre-arbitre réel mais avec l'illusion d'une volonté entretenue par la conscience de soi ? Les épisodes surenchérissent sans fin sur le principe hiérarchique, du Professeur au Général, du sous-Comité au Comité, du Roi au Juge, des N°2 au N° 1, et le Village nous fait passer habilement de l'allégorie de toute une société à la mise en images de la psychologie d'un individu, avant d'aboutir aux conflits d'hypothèses sur le fonctionnement du cerveau humain.
De la prodigieuse entreprise de Patrick McGoohan aux réflexions de Raymond Abellio, il n'y a, on l'aura compris, qu'un pas : pour se libérer des perceptions faussées de notre moi naïf (et ainsi du piège des sociétés faussement libératrices), il faut toujours qu'une partie de nous-mêmes s'extrait de la sphère sénaire (qualifiée de "structure absolue") qui règle tous nos actes et nos comportements, afin qu'émerge l'homme intérieur, le Je enfin délivré de l'ego, libre de toute immatriculation. "Je ne suis pas ce que j'ai l'impression d'être, énonce Arnaud Desjardins dans Dialogue à deux voies, je ne suis pas Pierre. Mais habituellement, je suis Pierre, je suis solide. La transparence de l'ego, c'est l'expérience que dans le " p ", dans le " i ", dans le " e ", dans les deux " r " et dans le " e " final, il n'y a pas quelqu'un. C'est l'expérience que ce à quoi je m'identifie - cette carte d'identité qui comprend un nom, une date de naissance, une certaine situation sociale, certaines adhésions intellectuelles - n'a qu'une réalité conventionnelle."

10:50 Publié dans Raison et sentiments | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : mc goohan, prisonnier, abellio, structure absolue, arnaud desjardins
13.10.2009
PRISONNIER (2)


15:12 Publié dans Raison et sentiments | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : patrick mc goohan, le prisonnier, 2001, kubrick




