11/12/2012

Alex Porker et l'Hyper-enfance (2)

 

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« L’Enfance se fait lointaine, comme un pays d’où l’on s’en va », chantait Reggiani dans Et puis, chanson bouleversante écrite par Dabadie. Après quelques années, quelques déboires et quelques drames, nous en sommes tous à peu près là, à nous remémorer le trajet, à passer en revue les stations, à tenter d’identifier le moment où tout a basculé, où l’enfance pour de bon s’en est allée. C’est sans doute parce qu’il ne parvient pas à se défaire de cette lancinante mélancolie, qu’il échoue à transmuter le plomb des souvenirs en récapitulation précieuse -cette seconde mémoire qui sans rien renier se détache enfin des faits – que le monde moderne rêve secrètement d’abolir toute distinction entre les âges et les générations, transformant en permanence l’adulte en gamin jouisseur et l’enfant en citoyen digne de consommer et de régenter.
 

Alex Porker, avec Les Demoiselles, continue après MakeUp Artist l’exploration littéraire de ce troublant fait de société, ou plutôt de civilisation, en choisissant d’en pousser la logique à son terme, jusqu’à l’horreur et jusqu’à la beauté même de cette horreur, ce qui est à vrai dire l’objectif de tout romancier digne de ce nom : faire de la réalité non pas le prétexte d’un récit idéologique qui la nie, mais la chair d’une fiction qui en détruit les garde-fous rassurants et ainsi l’exhausse. Que deviendra notre monde aux mains de ce qu’il nomme les « Hyper-enfants », sans émotion ni pardon, mais avec du désir et de la violence à revendre ? Les Demoiselles dresse le portrait de ce qu’il pourrait demain rester de l’enfance : une enfance noyée dans un verre d’eau de piscine, une enfance insouciante jusqu’à l’os, belle jusqu’à la nausée, pénible progéniture dissolue et décadente issue d’un monde d’adultes qui ne se souciait désormais plus que d’une seule chose : leur ressembler. Egrénant avec une minutie glaçante les affres de quatre enfants et d’un adulte enfermés dans un appartement, passant sans prévenir du raisonnement logique de l’enquête policière effectuée après coup, aux dérèglements pulsionnels des prisonniers en leur lente agonie, Porker dans son huis-clos d’épouvante, n’omet aucun état d’âme et ne nous épargne aucune dégradation physique, comme pour mieux nous persuader que son Orange mécanique dont presque tous les protagonistes -victimes comme bourreaux-, ont moins de dix ans, aura un jour bien lieu. 
 

« Elle était là pour toujours, le menton haut, saluant fièrement le matin vide. Il y avait quelque chose de grave et de digne en elle (…),  quelque chose de secret et d’effrayant. Une peur que les adultes ne saisiront jamais. Peut-être la peur de grandir… ». Avec « sa morphologie filiforme, lisse, angélique, quasi volatile » et les extraits de son journal intime qui émaillent le récit en alternant lyrisme incandescent et ultimatums mégalomaniaques, l’effrayant personnage de Cyl fait alors tout le prix de ce roman. Fillette de cauchemar se voulant la porte-parole de ceux qui « n’ayant pas encore l’âge d’aimer ont décidé maintenant de haïr », elle synthétise parfaitement les inquiétudes de l’auteur sur ce qui se trame aujourd’hui, cette logique mortifère qui détruit toute maturation et toute sédimentation au profit de l’exultation immédiate, cette jouissance consumériste qui ne s’assouvit vraiment que dans les décombres.

 Les Demoiselles, Alex Porker, Alexipharmaque, 2012

 

Alex Porker et L'Hyper-enfance (1)

 

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La matrone essoufflée qui pare sa fillette de huit ans d’un caraco en dentelles et de bottines en skaï rose, en vue de remporter le prix d’une mini-Miss Texas, c’est bien l’image à peine déformée de notre société toute entière, affairée et vulgaire, qui ne cesse de faire de ses enfants des candidats, des vainqueurs, des tyrans, en leur enseignant dès le plus jeune âge la gagne, la frime et l’envie. Il faut au moins cela en prévision de leur entrée en lice, quelques années plus tard, au milieu des loups et des chiennes (à moins que ce ne soit l’inverse) qui auront alors bien intégré le principal code capitaliste : écraser ou disparaître. Cette obscénité allant de soi n’est cependant pas uniquement le fruit d’une logique libérale bien comprise, elle s’abreuve également à cette sorte de nostalgie post-moderne, c’est-à-dire dévoyée, fétichiste et perverse, pour ce qui n’est plus, ce qui ne sera jamais plus, et qu’il convient donc de recréer par la parodie et la substitution.

C’est de ces deux falsifications au moins que naît et prolifère le phénomène de l’hyper-sexualisation enfantine, et c’est alors le coup de génie d’Alex Porker de traiter ce sujet en situant son intrigue dans un Hollywood à la fois mythique et futuriste, où le personnage principal serait un maquilleur professionnel chargé de transformer des gamines de huit ans en femme fatales, au moment même où une maladie change sournoisement les enfants en vieillards ! Qu’est-ce qu’Hollywood en effet sinon le royaume paradoxal du même et du faux, du pillage et du vampirisme, qui n’en couve pas moins en son sein d’incomparables images d’innocence et de pureté ? Marilyn Monroe avait un corps de femme et un sourire d’enfant, mais ce temps est révolu : c’est aujourd’hui très exactement l’inverse qui doit plaire et la nouvelle Marilyn, la nouvelle Jean Harlow, la vamp des temps présents sera bien cette créature hybride et terrifiante « tiseuse de nuit, de chansons et de légendes », qui face aux spectateurs toujours plus sidérés que nous sommes appelés à être, sera celle qui passera « par la  cheminée, les sols, les plafonds, les placards, la plomberie, la climatisation des dinners, les hot-dogs de chez Pink, les frites des Heartbreaker Burgers », qui fera avec « les angelots bien nourris du ciel des claquettes sur les nuages peints du décor de leurs existences », qui « aspirera vers les profondeurs surannées de la terre la sarabande carnivore de leur solitude… »

MakeUp Artist est ce drôle de roman lyrique et morbide, au rythme échevelé qui soudain se casse, où des personnages en pleine déconfiture physique et morale ne cessent de se crier leur amour et de s’éponger le front, avant de se soûler jusqu’à faire se côtoyer de près les visions du cauchemar et du désir. Il est en quelque sorte la transposition littéraire d’un slapstick gore et désespéré, qui se changerait soudain en variation horrifique du Vertigo d’Hitchcock. C’est en tous cas un livre très intelligemment scandaleux, qui saisit le lecteur sans ménagement, ce qui est plutôt rare à l’époque des écritures de complaisance.

Makeup Artist, Alex Porker, Alexipharmaque, 2010.

 

04/12/2012

HUGO

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Que reste-t-il encore à dire sur Victor Hugo ? Considéré par les Français, qui pourtant lisent de moins en moins, comme leur plus grand écrivain, porte-parole fiévreux de tant de causes humanistes dont la défense ne souffre plus aujourd’hui la moindre discussion, l’auteur des Contemplations et de L’Homme qui rit est sans aucun doute le champion des hommages, des révérences et des commémorations.

Le livre que Michel Marmin lui consacre aux Editions Chronique fait cependant le pari de le révéler autrement, en plaçant les péripéties de l’intime dans la chambre d’échos de l’Histoire, en détaillant scrupuleusement les contextes artistique, sentimental et politique des poèmes, pièces et romans de celui qui voulait être “Chateaubriand ou rien”. Il a pour cela recours à une remarquable profusion de témoignages d’époque (correspondances et critiques, croquis et gravures, photographies et caricatures, affiches circonstancielles et tableaux de maîtres) qui se révèlent non seulement informatifs et éclairants, mais également d’une grande beauté formelle, avec une mention particulière aux médaillons de David d’Angers, aux portraits d’Auguste de Châtillon, à un fusain d’Emile Bayard et surtout aux dessins superbes et bouleversants de Hugo lui-même.

Voici certainement une manière hugolienne d’appréhender la vie et l’oeuvre de ce géant littéraire, lui qui n’a cessé justement, dans ses romans monumentaux, de mêler à ses intrigues quantité de parenthèses sociologiques et d’apartés métaphysiques, sans négliger jamais de nous les conter avec ce même style empreint de sensibilité solennelle et de fougue qu’il accordait à la fiction, parvenant ainsi à relier le particulier à l’universel et non comme il est aujourd’hui d’usage, le singulier à la norme. En explorant de la sorte ce qui a pu nourrir ces textes à la fois profonds et extravagants, mélodramatiques et cependant incisifs, jamais manichéens mais toujours violemment idéalistes, Michel Marmin dresse alors le portrait d’une figure tutélaire : au travers d’une existence qui en épousa les soubresauts contradictoires, il rend en effet justice à ce XIXème siècle qui ne fut autre que la matrice de nos velléités et de nos aspirations, de nos errements aussi, nous les modernes qui cherchons partout, dans le paradoxe et le désordre, à ne pas succomber à la tentation du nihilisme.

De la naissance du Romantisme à l’agonie de la Restauration, de Ruy Blas à L’Art d’être grand-père, de l’espoir des Trois Glorieuses aux crimes de la Commune, d’Adèle Hugo l’épouse infidèle et attentionnée à Juliette Drouet, la maîtresse éperdue cinquante années durant, de l’exil à Guernesey aux grandioses funérailles parisiennes, il faut lire ce très bel hommage à l’un de nos bons géants nationaux, lequel demeure certainement, comme l’affirme Michel Marmin dans sa préface, “le meilleur antidote au doute, au désespoir et à l’ennui”.

01/12/2012

CINEPHILIE

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En dépit de nos impressions naïves, on ne cherche à détruire que ce qui nous hante, ce qui nous est si proche qu'il faut l'assimiler ou l'éradiquer sans tarder. Le reste, ce qui séduit ou attriste, ce qui étonne ou indispose, n'entraîne jamais de tels carnages. Le décliniste voit son monde s'effondrer sous les coups de boutoir de sauvages lui ressemblant trait pour trait ; le progressiste fait avec vigueur table rase de valeurs qu'il enrage de savoir siennes. Ainsi le cinéma moderne n'a-t-il de cesse d'embaumer les codes classiques sous le prétexte de les pervertir.

Dans leur course sidérante et captivante, les signes qui font des spectateurs des dévôts ou des blasphémateurs (lesquels alternent sans compter les huées et les louanges), ont la nostalgie du sens qu'ils n'approchent que par la marge, la bande ou l'écume. Leur triomphe est dans l'émiettement, la multiplicité, l'analogie équivoque. Ils voient dans toute mise en ordre un affront, et dans toute hiérarchie ou sélection une entrave à leur miroitement. Sans doute, faut-il apprendre à les observer sans frémir pour les faire enfin parler, se défier des images comme s'y laisser prendre procédant du même leurre. C'est en osant juger les formes sans distance ni pathos, qu'on se jauge.

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12/11/2012

BLASPHEME ?

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En 1930, lorsqu’un film dépassait les bornes, on pouvait commencer par le lâcher de bombes sur l’écran, poursuivre par l’interdiction pure et simple, conclure par l’excommunication papale. C’était L’Age d’or. Luis Bunuel se permettait d’y défenestrer un évêque. Aujourd’hui, c’est dans l’indifférence générale que les hommes d’église sont filmés comme des simples d’esprit ou des pervers endimanchés.

Avec sa représentation profane de la Cène de Léonard de Vinci, Viridiana (1961) fut interdit en Espagne, en Suisse et en Italie. Si le propos de Bunuel était de montrer la difficulté à pratiquer la charité chrétienne ici-bas, les nombreux détournements publicitaires ou cinématographiques de ces vingt dernières années, prétendent tout au plus à un vague racolage connoté. Il est cependant bien rare qu’ils créent le moindre émoi.

 

Lorsque Rivette en 1966 vit se lier contre lui parents d’élèves pétitionnaires, nonnes en colère et politiciens outrés, c’est parce qu’il avait l’audace d’adapter La Religieuse de Diderot, qui traitait essentiellement des dévoiements de la vie monastique. Quand il réalise Ne touchez pas à la hache, quarante ans plus tard, personne ne grince des dents alors même que c’est cette fois la vocation religieuse qui est mise en question, puisque la Duchesse de Langeais ne prend le voile qu’afin de supporter le dépit d’une passion amoureuse.

 

En 1985, Je vous salue Marie de Godard abordait les rapports entre le corps et l’âme, transposant de nos jours le mystère de l’Immaculée Conception. Il provoquait l’ire de religieux n’en ayant vu que l’affiche, tandis que les innombrables représentations gadgétisées de vierges-mères dans l’heroic-fantasy, la science-fiction ou la comédie avaient toujours laissé ceux-ci de marbre.

 

La dernière tentation du Christ (1988) de Scorsese, adapté de Nikos Kazantzakis, montrait Jésus fondant une famille et abandonnant sa mission divine, avant de se ressaisir car il s’agissait là d’une ultime tentation sur la croix. Face à  cette interrogation éminemment chrétienne sur la double nature du Christ, la réaction ne se fit pas attendre : exactions dans de nombreuses salles de cinéma, réactions indignées de dignitaires, menaces en tous genres. Personne cependant ne s’était offusqué de la très irrespectueuse satire des Monty Python, La vie de Brian, quelques années plus tôt. Et lorsque sort Da Vinci code deux décennies plus tard, qui spécule sur la descendance de Jésus et Marie-Madeleine, c’est surtout l’occasion de débats policés entre érudits bon teint.

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C’est peu dire que le blasphème, au terme de ce florilège, apparaît comme une notion assez floue. En bonne pratique spectaculaire, le contexte de survenue, le climat politico-médiatique, les intentions supposés et la notoriété de ceux qui s’y adonnent, semblent davantage pris en compte que l’objet même du scandale. L’illogisme de ces réactions successives pourrait alors s’expliquer par un furieux désir de reconnaissance couplé à l’incertitude doctrinale. Dans les démocraties post-modernes en effet, les religions ne structurent pas les normes collectives. Elles ne représentent qu’une identité parmi d’autres, une opinion respectable parce que relative. Ne pouvant rien régenter, elles tiennent avant tout à demeurer visibles, à éprouver la fierté de voir leurs pratiques privées accueillies dans l’espace public. Parallèlement, l’hyper-individualisme a fini de faire vaciller le socle immuable des valeurs, des dogmes et des credo, construisant de bric et de broc des univers spirituels sur mesure, libertaires ou coercitifs, hédonistes ou mortifères, soit autant de tribus. Cela tombe bien car ces mêmes démocraties adorent les identités ainsi présentées, communicantes et syncrétistes, mouvantes et singulières, pittoresques et non exclusives.

 

De fait, le blasphème ne peut que se radicaliser, répondant ainsi à plusieurs attentes : celle d’une société libérale qui ne fait passer ses désastres économiques et sociaux qu’à grands coups de discordes sociétales passagères ; celle des tribus elles-mêmes qui acquièrent ainsi davantage de visibilité, mais qui surtout devant l’outrance sans équivoque, n’ont pas à longtemps hésiter pour comprendre qu’elles sont indignées. Ainsi, pour choquer efficacement, n’est-il plus recommandé de se poser d’ennuyeuses questions sur la nature du Christ, quand le couvrir d’excréments suffit. De même, la simple représentation de Mahomet risquant d’être prétexte à d’interminables discussions théologiques, autant le grimer d’emblée en chef de guerre stupide et lubrique pour obtenir d’excellents effets.

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Mais cette société qui est la tolérance même, qui se fait gloire de respecter la liberté de ceux qui pensent comme elle, qui assure qu’elle a droit au blasphème comme au dernier Iphone et qu’il ferait beau voir qu’on l’en prive, qui incite perpétuellement à briser des tabous et subvertir des codes qui ne sont pas les siens, qui saura en dresser le portrait blasphématoire ? Qui saura mettre à jour le caractère faisandé de son prétendu humanisme (quand la marchandisation des corps et la fétichisation des objets en sont les principales caractéristiques), l’hypocrisie de son antiracisme (quand elle ne cesse de porter, les armes à la main, la bonne parole universaliste aux sauvages), le chiqué de son antifascisme (quand elle est elle-même le véritable fascisme d’aujourd’hui comme l’a crié Pasolini dans ses Ecrits corsaires *). Quel film saura donc révéler que la société de consommation, arrogante et prédatrice, est totalitaire ? Inutile de l’attendre, il a déjà eu lieu. Réalisé justement par Pasolini en 1975, Salo n’est supportable qu’en assurant qu’il ne traite que de la Seconde Guerre mondiale. Le scandale arrive lorsqu’on a enfin compris qu’il traite bel et bien de notre temps.

 

* Je crois que le véritable fascisme, c’est ce que les sociologues ont appelé, de façon trop débonnaire, « la société de consommation ». Une définition à l’air inoffensif, purement indicative. Et bien non ! Si on observe la réalité avec attention, mais surtout si on est capable de lire à l’intérieur des objets, des paysages, dans l’urbanisme, et, surtout, à l’intérieur de l’homme, on voit que les résultats de cette société de consommation sans soucis, sont les résultats d’une dictature, d’un véritable fascisme.

 

 (Une version de ce texte est parue dans le numéro 52 de Causeur)

06/11/2012

SKYFALL DE SAM MENDES

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 Il y a dans Skyfall, le dernier James Bond, cet agaçant style culturo-crypté qui plaît tant à une critique complexée, ayant du mal à avouer qu'elle n'aime ce genre de films que pour l'esbouffe visuelle et qui tient à assurer qu'en filigrane, en secret, en contrebande, d'autres pièces se jouent pour érudits avertis. Cet aveu d'impuissance et de chiqué rejoint d'ailleurs celui du réalisateur Sam Mendes, qui s'acharne à donner un suppplément d'âme à ce qu'il considère certainement comme du divertissement peu honorable, et retombe de ce fait dans ses habituels travers freudo-shakespeariens, comme à la pire époque d'American Beauty, avec son lot de métaphores animalières, la plus élégante toutefois étant sans doute celle qui relie le héros au cerf. 

Le film dévide ainsi toute la pelote conceptuelle de ce sous-genre hollywoodien qui aujourd'hui prend la pose - le mélodrame à explosions- en agitant autour de lui, avec un déconcertant esprit de sérieux, toute une série de colifichets culturels en guise de plus-value. Pourtant, tout roule ici sur les mêmes rails, confortables et acclimatés, donnant à l'incessante intrication des poursuites échevelées et des références artistiques, des échanges de coups de poing et des conflits moraux, cette rassurante pâtine du déjà vu et du déjà mâché, qui remplace tout espoir d'incarnation par le maquillage et le mime, qui donne cette fausse impression de gagner du temps sur le nihilisme triomphant, lequel ne désire pourtant rien d'autre que sacraliser les décors et les surfaces.

Qu'espérer de plus d'un James Bond que la synthèse provisoire et racoleuse de l'air du temps, autant éthique qu'esthétique : nous sommes bien à l'époque de la glorification des fulgurances visuelles et des lieux communs relationnels, sans ambition autre que la reconnaissance symbolique.

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23/10/2012

PAR SURPRISE

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C'est au moment où tout semble perdu qu'un détail vous sauve, à l'instant même où l'on reprend pied que la vague déferle. Le Sauveur comme l'Ange exterminateur attendent toujours le dernier moment pour faire de celui-ci un prélude. Au cinéma comme au coin de la rue, la sidération survient toujours en traître, laissant la victime consentante s'imaginer enfin repartir de zéro, ou tout perdre d'un coup, quand il ne s'agit que d'un piège de plus. Lorsque le personnage se retourne, lorsque le spectateur se reconnaît fasciné, il est déjà trop tard : seule la contemplation qui résulte du face à face peut contrer la sujétion.

15/10/2012

DANS LA MAISON DE FRANCOIS OZON

françois ozon,dans la maison

Bon, c'est entendu, Dans la maison parle de répétition et de dédoublement, de couples d'opposition, de mise en abyme et en reflets, aussi bien pour l'entrecroisement de ses récits, la gemmelité de ses personnages, les rappels et les correspondances de ses décors. Mais il le fait à la manière de François Ozon : en appuyant l'effet comme si cela seul pouvait le garder d'un débordement de mièvrerie, en retenant sa pente satirique par la confusion sentimentale, en vidant ses dispositifs de toute fonction rituelle pour mieux laisser exulter leur machinerie.

Quand son apprenti-écrivain espionne une famille, celui-ci énumère ce qu'il voit au moment même où la caméra d'Ozon nous le montre (et où la musique nous l'assène), sans doute ni distance ni hiatus. Sans espace entre ce que chacun sait. La véracité de ce qui s'y déroule étant d'ailleurs davantage de l'ordre du réel de sitcom que de l'observation flaubertienne (l'ambition pourtant mal dissimulée de l'auteur), en dessous même d'une chanson de Renaud sur les us et coutumes de classe, tandis que la supposée cruauté des scènes entre Luchini et son épouse sur l'école ou l'art contemporain se situent clairement, à la manière d'un Muray light, du côté du Boulevard. La fiction, simple chambre d'échos, y est ainsi à l'abri du moindre courant d'air.

Le personnage propret et lisse du premier plan, qui semble s'ennuyer dans un décor déshumanisé tout en transparences et en lignes de fuite, est remplacé au dernier plan par le même personnage cette fois décoiffé et hagard, assis devant les multiples fenêtres d'une façade, comme devant autant de récits possibles. C'est le cheminement contraire qui aurait pourtant été signifiant : comment au cinéma comme dans la société, la prolifération bariolée des fictions inter-individuelles ne conduit jamais qu'à l'oubli de soi et à la standardisation du vécu. 

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09/10/2012

COUPLES

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Il n'y a pratiquement aucun contact dans Notre-Dame de Paris entre Esmeralda et Frollo, ni physique entre les personnages, ni cinématographique puisque leurs séquences communes les montrent toujours séparés par le champ/contrechamp ou le montage alterné, leur seul plan "à deux" étant alors ce faux split-screen qui résume idéalement les rapports homme/femme vus par Delannoy : la non congruence des désirs et donc la prison pour chacun jusqu'à la libération par le partenaire adapté ; le couple comme résolution des divergences.

Dans Cet Obscur objet du désir en revanche, l'impossibilité pour Mathieu Faber de posséder Conchita passe par l'énumération paradoxale de toutes les scènes de couple possibles, par la totale disparition du montage parallèle (on ne sait jamais ce qu'elle devient lorsque pour quelques heures ou quelques années, il la perd de vue), par leur systématique présence conjointe dans le même plan, surtout lorsqu'une grille les sépare, ce qui illustre bien la relation entre les sexes vue par Bunuel : la même prison pour deux. Le désir masculin qui souffre autant de son perpétuel inassouvissement que son pendant féminin pâtit de son inconstance ; le couple comme insoluble somme de deux errances.

06/10/2012

MEMOIRE VIVE

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A comme Acrostiche. Façon d'appréhender la personnalité et le parcours intellectuel d’Alain de Benoist -penseur hors-norme et pour certains hors-la-loi-, tels que Mémoire vive, le recueil d'entretiens avec François Bousquet (1), nous permet de les approcher, entre synthèse inédite et démultiplication des chemins de traverse.  

L comme Livres. Depuis la boulimie de lecture de l’enfance -en mangeant ou en marchant dans la rue- jusqu’à la constitution d’une des plus grandes bibliothèques privées de France. Livres accumulés, dévorés, ressassés, annotés, comparés, réévalués, et bien sûr livres écrits (près de 90), formant les cloisons, les culs-de sac, les voies royales et les raccourcis d’un labyrinthe intellectuel, symbole préféré entre tous, symbole essentiel pour une pensée qui sait bifurquer sans oublier son parcours. 

A comme Alternative. Le défi ultime lancé au système qui passe justement son temps à épuiser toutes les alternatives en les récupérant ou en les diabolisant, c’est à dire en les dénaturant. Contre sa domination, l’hypothèse oubliée, l’idée négligée, l’Alter-monde inventé, depuis la tri-fonctionnalité de Dumézil jusqu’au tiers-inclus de Lupasco.

I comme Insatisfaction. Celle qui pousse à retravailler ses analyses, à les élaguer pour mieux les approfondir, à toujours "penser plus loin", à appliquer en somme au domaine des idées le principe énoncé par Karl Popper concernant les théories scientifiques, qui ne sont justement dignes de ce nom que si elles sont réfutables.

N comme Nouvelle Ecole. Revue créée à la charnière 1967-1968, ayant failli s'appeler "Plein soleil" et dont la création marque la césure entre la brève période de l'activisme, celle des positions radicales et parfois rigides, et le temps de la métapolitique, celui de l'incessant questionnement allant de pair avec l'engagement puisque "l'esprit engagé est le contraire de l'esprit partisan".

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D comme Droite. Pour les valeurs que celle-ci avait, jusqu’à ces dernières décennies, toujours défendu avec éclat : « le sens de l'honneur, le courage, le goût du beau geste, la tenue, le désintéressement, la fidélité à la parole donnée, le sens du don ». Pour la « Nouvelle Droite », laboratoire d’idées si mal nommé au moment où « la droite ne se définit plus que comme force de conservation des avantages acquis par les classes dominantes », courant métapolitique qui fait partie des rares contre-feux qui ne soient pas vainement réactifs, ou faussement subversifs, face à l’oppression.

E comme Europe. Toujours défendue avec passion, arpentée de fond en comble, de ses paysages à ses librairies, de ses lieux mythiques à ses salles de conférence, bien séparée de l'Occident qui aujourd'hui « perd tout contenu spatial pour se confondre avec la notion de modernité ».

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B come Boycott. La meilleure façon de faire taire celui qui ne pense pas comme il faut, c'est-dire qui n'a pas suivi tous les empêcheurs de penser en rond, les rebelles appointés, les intempestifs clonés, les indignés reçus comme des rois, qui depuis au moins quarante ans affirment qu'ils s'insurgent quand ils régentent.

E comme Ennemi principal. « L'ennemi principal parmi tous ceux qui nous menacent est celui qui nous menace le plus parce qu'il est le plus puissant ». Soit la « bourgeoisie libérale », dont les fondements philosophiques, les racines historiques, les actions politiques et sociétales, imposent de livrer combat à la fois contre la théorie de l'Unique, l'idéologie du Même, la Morale universaliste et au final leur aboutissement logique : l'indistinction.

N comme Nuances. Celles d’une pensée en mouvement plutôt que d’un Mouvement de pensée, qui entraînent bien sûr incompréhension, suspicion, oppositions, plus ou moins profondes, plus ou moins farouches, mais qui  s'avèrent le nécessaire corollaire d’un désir de tout jauger, tout étreindre et tout éprouver, à distance du dogmatisme et de ses chapelles au credo inopérant, comme du relativisme qui ne permet plus aucun refus.

O comme Obsession. Celle des livres, des traités, des généalogies, des recensements, des collections, des typologies, des éphémérides, depuis le décompte minutieux de tous les objets du logis familial jusqu'à la scrupuleuse bibliographie internationale de Carl Schmitt.

I comme Introversion. Celle d'un enfant hypersensible, aux réactions différées, répugnant  à montrer ses sentiments, ce qui était sans doute, dès le départ, le trait le plus marquant de son inadéquation à notre époque spectaculaire et veule, qui fait au contraire de l’immédiateté, de l’auto-apitoiement victimaire, de l'hystérisation du Moi couplée à la froideur intérieure, un sésame.

S comme Sécession. « Se mettre soi-même en état de sécession mentale par rapport à la société que l'on combat ». Eviter à tout prix la reconnaissance de ceux que l'on méprise ou que l’on rejette, reconnaissance qui n'est jamais que leur coup de grâce, et qui a métamorphosé en notables ou en rentiers tant d’opposants circonstanciels.

T comme Tuteur. Au sens où depuis une vingtaine d'années, la pensée d’Alain de Benoist m'oriente sans m'obliger, m'accompagne sans m'attacher, m'incite à ne pas désespérer des idéaux et des pratiques d’une époque avec laquelle je me sens si peu en phase, ce qui est encore, si j'en crois ce propos de Dernière année (2), la meilleure façon d'être révolutionnaire, « état d’esprit dont la condition première est de se sentir étranger, radicalement étranger à tout ce qui nous entoure, mais sans lui être le moins du monde indifférent ». Pour toutes ces raisons, à défaut d’être un disciple (attitude et terme qu’avec raison il récuse), je n’en fais pas moins partie, et ce pour longtemps, de ses débiteurs.

 

1) Mémoire vive, Editions de Fallois, 2012

2) Dernière année, L'Age d'Homme, 2001 

(texte paru dans Eléments n°144)

01/10/2012

DOUBLES

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Chez Friedkin, il ne s'agit pas uniquement de tuer son double maléfique -filigrane hollywoodien par excellence- que de prendre conscience de son émergence physique, de réaliser ce que son corps engendre à force de répétitions : le rite devient machinalité, l'observation obsession, le discours incantation. On commence d'une manière ou d'une autre une filature pour finir contaminé ; on n'est plus témoin mais bourreau. Qu'il s'agisse de Jade ou de Traqué, films apparemment mineurs qui comme la Nurse cependant, creusent cette involution avec une minutie presque effrayante, et recèlent ainsi ses personnages les plus troubles, on se trouve toujours chez Friedkin devant une passation non de pouvoirs mais de faiblesses.

Dans Jade, la femme frigide sous le corps de son époux comme l'enquêteur bloqué dans sa voiture finissent par grimacer d'un dépit semblable, leur échec naissant justement de leur volontarisme. Dans Traqué, le fugitif comme le poursuivant soumettent leur corps à rude épreuve, le forçant à disparaître dans le paysage, faisant de leurs actions une preuve de leur liberté. L'erreur de tout héros friedkinien, comme de tout occidental cartésien, est bien celui-ci : le corps comme machine autonome et non comme interface, produit dérivé de nos intentions plutôt qu'intégrateur du monde en soi. L'autre comme reflet ou cible, rejeton ou initiateur monstrueux, jamais comme juste part d'identité.

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17/09/2012

MEMOIRE

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Citizen Kane d'Orson Welles, Eureka de Nicolas Roeg. On se souvient de détails infimes et on oublie cependant pourquoi on a haï, et pourquoi on a tellement aimé. Il y a cette luge, ce terrain vague, cet anniversaire où pour la première fois on emprunte seul la rue Pergolèse, puis l'ascenseur. Il y a ce piolet, cette roche ruisselante, cette femme qui encadre son visage mouillé entre des mains trop fines pour ne pas trembler. Il y a l'enfance, non pas inconsolable comme le disent les vaniteux, mais si désespérément facile à oublier, en dehors de quelques jeux et quelques drames, le seconds nourrissant toujours les premiers. Il y a la solitude, ces années d'avant les rencontres, ces moments où seul l'or compte pour supporter le monde, et cet or même, une fois le monde conquis, une fois les autres traversés de part en part, continue de hanter, par l'absurdité même de son emprise, par l'effarement d'y avoir été soumis.  On se souvient des franges de la robe mais non de ce qui avait conduit à la retirer.

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11/09/2012

PANTHEON

Il en est de l’apprentissage cinéphilique comme de l’éducation sentimentale : on croit longtemps défendre ses propres opinions alors qu’il ne s’agit que d’idées reçues, et ce n’est qu’à l’occasion de rencontres inattendues qu’on parvient enfin à délivrer son regard. En guise de panthéon, voici dix films atypiques qui s’opposent de manière radicale à l’idée que l’on se fait ordinairement du cinéma français. Oubliés ou méprisés, ils démontrent qu’il existe en France, en dehors de la comédie poussive, du mauvais décalque hollywoodien et de l’auto-parodie parisianiste, un cinéma irrévérencieux et poétique. Comme l’affirme Michel Marmin, « il n’existe pas de genre mineur, de petits ou de grands maîtres mais des maîtres tout court » (1) : le cinéma français n’est pas celui que vous croyez.

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La nuit la plus longue, de José Bénazéraf (1964). Alliant de manière unique violence et sensualité, ce film conte les mésaventures d’une jeune femme séquestrée par une bande de malfrats. Les inventions cinématographiques les plus singulières s’y succèdent, témoignant du fait que Bénazéraf, auteur de quantité de bandes pornographiques dans les années 60 à 80, n’en était pas moins un cinéaste audacieux. Totalement méprisé par la critique de son temps, il œuvrait à une époque où le corps féminin n’était pas encore une marchandise comme les autres, où de ce fait sa représentation demeurait un sujet d’émerveillement et de trouble, donc de cinéma. 

La prisonnière, d’Henri-Georges Clouzot (1968). Dernier film du cinéaste, il fut très mal reçu mais apparaît aujourd’hui comme une œuvre majeure, qui comme le dit Nabe « plantait un grand couteau en gros plan dans le ventre déjà bedonnant de l’avant-garde » (2). Entre érotomanie et transports amoureux dans le milieu frelaté du pop-art, ce film à la fois géométrique et fiévreux traite de la place du regard, celui qu’on accepte sur soi comme celui qu’on ose sur autrui. Avec la très belle Elizabeth Wiener.  

Solo, de Jean-Pierre Mocky (1969). Né de l‘amère déception du cinéaste quant aux conséquences de Mai 68, cette course-poursuite entre des terroristes et la police, qui annonce d’une certaine façon Action Directe et les Brigades Rouges, est sans doute l’un de ses plus aboutis, polar poignant auquel un découpage exceptionnel confère un rythme haletant.  

La rose de fer, de Jean Rollin (1973). Joyau surréaliste d’un cinéaste encore aujourd’hui considéré comme une sorte d’Ed Wood vaguement lubrique, dont les films tournés avec des bout de chandelle recèlent de précieux moments de grâce, tout particulièrement dans ce huis-clos onirique se déroulant entre tombes et caveaux, où l’on se permet de déclamer du Tristan Corbière.  

Un enfant dans la foule, de Gérard Blain (1976). Dans ce bouleversant film d’apprentissage qui narre le quotidien d’un jeune adolescent durant l’Occupation, le cinéaste fait preuve autant dans la conduite de son récit que dans sa mise en scène, d’une rigueur qu’on peut sans crainte qualifier de bressonnienne, fuyant le pathos sans pourtant rien édulcorer des souffrances de cet enfant que sans doute il fut.  

Marie-Poupée, de Joël Séria (1976). Peu de films français grand-public peuvent se flatter d’avoir autant dérangé que les truculentes Galettes de Pont-Aven mais Séria fut aussi ce cinéaste mélancolique ayant beaucoup à dire sur les rapports de domination, sexuelle et sociale, comme dans ce film étrange où une jeune femme rencontre un vendeur de poupées qui souhaite de manière littérale faire d’elle son jouet. Toujours aussi subversif près de quarante ans plus tard.  

Paradis pour tous, d’Alain Jessua (1982). Il a bien existé un cinéma politique en France : les fables d’Alain Jessua, « maître du fantastique social », selon la juste appellation de Jérôme Leroy. Des Chiens à Traitement de choc, celui-ci a toujours réussi à rendre confondants d’effrayant réalisme ses récits d’anticipation, traitant de la déshumanisation comme corollaire à l’efficacité des sociétés capitalistes. Dédié à Patrick Dewaere qui se suicidera peu avant la sortie du film, ce film qui relate la transformation d’un homme en citoyen modèle suite à l’administration d’un traitement, est l’un de ses plus noirs, illustrant comme peu avant lui la fabrique des monstres modernes.  

Pola X, de Léos Carax (1999). Subtile adaptation du Pierre Ou Les Ambiguïtés de Hermann Melville, qui s’avère également un autoportrait sans concession du  cinéaste, confirmant qu’on ne réussit vraiment à transposer qu’en s’exposant. Carax est bien l’un des tous derniers poètes d’un cinéma devenu la proie des sociologues et des publicitaires.  

Le deuxième souffle, d’Alain Corneau (2007). Considéré par beaucoup comme un sacrilège, cette nouvelle version du Deuxième souffle de Melville, avec la beauté de ses cadres, l’artificialité revendiquée de ses décors et de ses éclairages, l’intelligence de ses glissements de sens par rapport à l’original, est en fait l’un des plus beaux films maniéristes français. 

A l’aventure, de Jean-Claude Brisseau (2009). Dernier opus de la trilogie érotique comptant également Choses secrètes et Les Anges exterminateurs, ce film ne ressemble à rien de connu en ce qui concerne la représentation du sexe à l’écran. Ni morbide ni voyeur, c’est-à-dire jamais puritain, il s’approche des mystères du plaisir féminin à la fois en philosophe et en mystique, mais également en cinéaste puisque l’érotisme comme le cinéma supposent mise en scène et naïveté…  

 

1) Entretien dans La revue du Cinéma n°2, 2006

2) Clouzot est un génie, in L’imbécile de Paris n°3, 1992

(Texte paru initialement dans Causeur n°50)

08/09/2012

LIENS

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Connaître le passé n'est pas forcément la meilleure solution pour aimer le présent, mais cela permet au moins de ne pas idéaliser l'avenir. Ce qui évite bien des désagréments. Rien de tel qu'un zoom arrière pour remettre les idées à l'endroit et les fausses gloires à leur place. La belle équipe officie, le tout orchestré par Edouard de Nightswimming.

Un très joli texte sur un très joli film, Adieu Berthe de Bruno Podalydès, ainsi qu'un autre sur Laura de Preminger, entre lesquels on pourra déceler, et savourer, quelque liens.

Enfin quelques très aimables recensions des Images secondent sur Insifree, le Journal cinéma du Dr Orlof et Parutions.com.