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01/03/2011

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Le regret est la ruse habituelle qu'emploie l'erreur pour se renouveler.

Elle prend une voix de tête afin de convaincre et quelques accents rauques pour s'en excuser, accumule les signaux corporels qui réhaussent son phrasé, s'immobilise pour donner l'impression que seuls ses mots en imposent : elle parle sans garde-fous puis se tait aux aguets.

Si l'on compare le monde fictif de Gilliam et celui de Nolan, l'un découvert en traversant le miroir d'une attaction foraine (l'Imaginarium du Docteur Parnassus), l'autre en pénétrant des rêves fabriqués (Inception), on est frappé de leur diversité formelle et pourtant d'une certaine parenté (le repliement du décor sur lui-même, le changement d'échelle à vue, les spirales de la caméra). Bien sûr l'un fait dans la démesure kitsch, le gigantisme-bout de ficelle et l'autre dans le sérieux de l'hyperréalisme coûteux, l'un esquisse une réflexion sur l'évolution de l'imaginaire, ses échappées et ses limites, quand l'autre se borne à empiler des récits fictifs sur un réel bien peu crédible, mais l'un comme l'autre restent soumis aux mouvements qu'impose l'imagerie numérique ; leurs signes diffèrent mais suivent la même pente. C'est cela au fond, le sens de ses films d'allure si opposée, qui n'ont su faire de leur singularité qu'une façade couvrant l'identité commune de leur animation (au sens de ce qui les anime) : n'être que des variations techniques, des variables d'ajustement industriel.

01/04/2010

L'HOMME QUi ARRETA D'ECRIRE (4/5)

Et c'est ainsi que Nabe, littérairement, poétiquement, politiquement, se veut un idéaliste dessillé face aux naïfs qui raisonnent, un mystique incompréhensible aux positivistes toujours renaissants, un kamikaze narguant les divers agents de sécurité, un poète parmi les p(r)oseurs. C'en est tout à la fois réjouissant et agaçant, car il y a tant de trublions officiels, d'affreux jojos homologués, de chenapans conformes, que tout individu faisant à tue-tête un pas de côté mérite d'abord d'être pris pour un imposteur. Etranger aux délires réglés des complotistes, « qui sont contre la discontinuité de la vie même », comme au désordre terminal des artistes qui la singent, Marc-Edouard Nabe n'est cependant récupérable ni par les soldats de l'Empire (et ça fait vingt-cinq ans que ça dure) ni par les insurgés qui en jouent d'abord le jeu (et qui prennent ses libertés pour des contradictions). Il est bien ce Quichotte inversé qu'un personnage du roman remercie de la sorte : « on te fait croire que tu t'attaques à des moulins à vent, mais tout le monde sait que ce sont vraiment des géants ». Sous les postures, la page. On n'a rien compris à Nabe si on le réduit à son avatar médiatique, contraint de parer toujours au plus pressé, car ce qui fait mouche c'est sa verve écrite et rien d'autre. Lire L'homme qui arrêta d'écrire, c'est enfin accepter de ne plus s'en laisser conter.

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