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01/09/2015

DÉGRINGOLADE

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On reprend les mêmes accords mais un ton trop haut,

les mêmes rimes, mais en les surlignant.

Copies, collages, décalques, recyclages : tout vient nourrir le revival.

Plus on reconnait, plus on se félicite.

On relance les mêmes idées qu'à force de psalmodier, on gauchit,

qu'à force d'asséner on altère.

Imitateurs et marionnettes dans le même esquif, vaguement saouls.

Le paysage n'a pas changé mais il n'émeut plus puisqu'il se vante.

L'appariement subtil annoncé à cent lieues, la relation secrète claironnée sous projecteurs.

Il y a toujours des livres mais les mots sont tordus. Et chaque scène rejoue plus vilement le texte d'hier.

 Quant au cinéma, il se fait fort de répondre à tout ce qui s'est tu, de faire de l'érudition comme d'autres de la prose, et ainsi se condamne à l'oubli.

 

 

 

17/09/2012

MEMOIRE

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Citizen Kane d'Orson Welles, Eureka de Nicolas Roeg. On se souvient de détails infimes et on oublie cependant pourquoi on a haï, et pourquoi on a tellement aimé. Il y a cette luge, ce terrain vague, cet anniversaire où pour la première fois on emprunte seul la rue Pergolèse, puis l'ascenseur. Il y a ce piolet, cette roche ruisselante, cette femme qui encadre son visage mouillé entre des mains trop fines pour ne pas trembler. Il y a l'enfance, non pas inconsolable comme le disent les vaniteux, mais si désespérément facile à oublier, en dehors de quelques jeux et quelques drames, le seconds nourrissant toujours les premiers. Il y a la solitude, ces années d'avant les rencontres, ces moments où seul l'or compte pour supporter le monde, et cet or même, une fois le monde conquis, une fois les autres traversés de part en part, continue de hanter, par l'absurdité même de son emprise, par l'effarement d'y avoir été soumis.  On se souvient des franges de la robe mais non de ce qui avait conduit à la retirer.

10:56 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : citizen kane, orson welles, eureka, nicolas roeg | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

10/03/2009

MODERNITE

A la vision de Dossier secret, on est pris d’une sorte de malaise : toutes les prouesses techniques de Welles sont présentes (changements incessants de focales, d’angles, de point de vue ; variété insolente des mouvements de caméra ; superposition d’étonnants jeux d’acteurs, de décors sur-signifiants et d’une mise en scène qui les passe inlassablement en revue en en épousant les détails et les contours), avec toujours comme but affiché, non de sidérer à peu de frais, mais bien d’éveiller sans cesse l’attention, du moins pour celui qui résiste à la frénésie des formes, frénésie qui agit ici comme un révélateur, soit en engloutissant définitivement le spectateur qui n’a alors plus qu’à se rendre, soit en le forçant à orienter son regard. Oui, mais l’orienter vers quoi ? Il manque en effet à ce film hybride, maintes fois remanié dans le dos de son auteur, un contrepoint à ces carrousels d’images et de sons, un discours sur le monde, celui qui fait tout l’intérêt du Procès, des Amberson ou de Kane, voire de ses adaptations de Shakespeare, car si l’on sent dans ce scénario l’envie manifeste de traiter les thèmes entrelacés de la vanité, de la vérité et du temps qui les juge, cela sonne toujours un peu faux et un peu creux. A l’instar de la plupart de ses œuvres, cette longue quête européenne autour du passé du mystérieux Grégory Arkadin, de Naples à Munich, est magistralement filmé ; jamais cette maestria toutefois, n’aura paru aussi vaine.

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Avec Le procès en revanche, seul film avec Citizen Kane dont Welles put assurer le montage dans sa totalité, et donc revendiquer la paternité, nous sommes enfin au-delà de la simple virtuosité. Sous ses allures d’essai surréaliste, c’est là l’œuvre au noir d’un siècle coupable, dont les nuisances sont toujours actives, l’un des réquisitoires les plus audacieux et terrifiants qui soient contre la modernité ; et ceux-là se comptent sur les doigts de la main. L’inquiétude née de la profondeur de champ toujours habitée par quelqu’un d’autre, les emballements soudains de la caméra autour des courses-poursuites de K. avec ses juges et ses bourreaux, les chorégraphies imprévisibles de plans-séquences tourmentés où Anthony Perkins, in fine, se retrouve toujours face à lui-même, font en effet ressortir sans appel ni équivoque l’angoisse qu’engendre la société moderne, avec ses solitudes logorrhéiques se côtoyant sans se rencontrer, sa suspicion permanente ne cessant de rôder dans le vide des beaux discours, ses fantasmes réalisés de claustration et son besoin d’absurdité pour mieux vendre la libération prochaine.

17:53 | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags : orson welles | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |