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10/03/2009

MODERNITE

A la vision de Dossier secret, on est pris d’une sorte de malaise : toutes les prouesses techniques de Welles sont présentes (changements incessants de focales, d’angles, de point de vue ; variété insolente des mouvements de caméra ; superposition d’étonnants jeux d’acteurs, de décors sur-signifiants et d’une mise en scène qui les passe inlassablement en revue en en épousant les détails et les contours), avec toujours comme but affiché, non de sidérer à peu de frais, mais bien d’éveiller sans cesse l’attention, du moins pour celui qui résiste à la frénésie des formes, frénésie qui agit ici comme un révélateur, soit en engloutissant définitivement le spectateur qui n’a alors plus qu’à se rendre, soit en le forçant à orienter son regard. Oui, mais l’orienter vers quoi ? Il manque en effet à ce film hybride, maintes fois remanié dans le dos de son auteur, un contrepoint à ces carrousels d’images et de sons, un discours sur le monde, celui qui fait tout l’intérêt du Procès, des Amberson ou de Kane, voire de ses adaptations de Shakespeare, car si l’on sent dans ce scénario l’envie manifeste de traiter les thèmes entrelacés de la vanité, de la vérité et du temps qui les juge, cela sonne toujours un peu faux et un peu creux. A l’instar de la plupart de ses œuvres, cette longue quête européenne autour du passé du mystérieux Grégory Arkadin, de Naples à Munich, est magistralement filmé ; jamais cette maestria toutefois, n’aura paru aussi vaine.

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Avec Le procès en revanche, seul film avec Citizen Kane dont Welles put assurer le montage dans sa totalité, et donc revendiquer la paternité, nous sommes enfin au-delà de la simple virtuosité. Sous ses allures d’essai surréaliste, c’est là l’œuvre au noir d’un siècle coupable, dont les nuisances sont toujours actives, l’un des réquisitoires les plus audacieux et terrifiants qui soient contre la modernité ; et ceux-là se comptent sur les doigts de la main. L’inquiétude née de la profondeur de champ toujours habitée par quelqu’un d’autre, les emballements soudains de la caméra autour des courses-poursuites de K. avec ses juges et ses bourreaux, les chorégraphies imprévisibles de plans-séquences tourmentés où Anthony Perkins, in fine, se retrouve toujours face à lui-même, font en effet ressortir sans appel ni équivoque l’angoisse qu’engendre la société moderne, avec ses solitudes logorrhéiques se côtoyant sans se rencontrer, sa suspicion permanente ne cessant de rôder dans le vide des beaux discours, ses fantasmes réalisés de claustration et son besoin d’absurdité pour mieux vendre la libération prochaine.

17:53 | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags : orson welles | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

Commentaires

Oui, "Le procès" tourné dans la gare d'Orsay désaffectée avant que cette horrible décoratrice italienne Gae Aulenti la déguise en Luna Park pour touristes imbécilisés !

Écrit par : iPidiblue l'homme en pardessus gris | 11/03/2009

Je suis bien content de lire enfin une critique non élogieuse de Mr Arkadin qui semble, on ne sait pas trop pourquoi, "intouchable"...

Écrit par : Marc Krave | 11/03/2009

Oui, ces plans-séquences qui reviennent toujours au Même, c'est sans doute l'aspect le plus effrayant du Procès.

Sinon, Welles, j'aime pas trop, c'est comme Cocteau, c'estt rop beau pour être vrai.

Écrit par : Jeanne | 11/03/2009

Jouer le "Procès" contre "Arkadin," c'est jouer la rigueur et le systématisme contre le baroque et la liberté !

Pas étonnant ici on n'aime pas ce qui dépasse...

Écrit par : Donkey King | 12/03/2009

Bien d'accord avec le Luna Park, ipidiblue (mais j'ai un faible pour les Toulouse-Lautrec).

Marc, jeme demande ce qu'aurait donné ce film avec Welles les mains libres, peut-être justement un Procès avant la lettre.

On peut en effet Jeanne, dans le domaine de la beauté irréaliste, préferer Franju à Cocteau.

Mais si puisque j'accepte vos oreilles, Donkey King (le baroque n'est synonyme de liberté que pour ceux qui n'ont jamais expérimenté ou compris la joie de l'ordre classique)

Écrit par : Ludovic | 12/03/2009

Tiens Jérôme Leroy en lien !

Écrit par : Anonyme | 12/03/2009

Et ma majuscule monsieur Ludovic ? Vous aussi vous voulez m'anéantir dans les dédales de votre blog ? Ai-je droit à mon avocat au moins ?

Écrit par : iPidiblue l'homme minuscule | 12/03/2009

Tiens plus de Juan Asensio en lien ! (enfin...)

Écrit par : Véloce | 12/03/2009

Vélociraptor a bouffé du Stalker ...

Écrit par : iPidiblue à Juan Asensio Park | 12/03/2009

Oui, Anonyme, voilà un écrivain que j'ai toujours apprécié (à l'inverse de tous les néo-hussards arrivés en masse à la même époque et dans la cohue desquels on l'avait trop vite rangé), et qui a un blog assez méchant.

Je vous trouve d'ailleurs moins méchant qu'avant sur le votre, iPidiblue, et je le regrette presque !

Regardez mieux, Véloce.

Écrit par : Ludovic | 12/03/2009

J'ai plus les moyens, Ludovic, avant j'étais subventionné par "La Caisse des dépôts et consignations" mais j'ai été balayé par la crise ! Vous sauriez comment on obtient une subvention de la caisse des gens de lettres ou bien du centre d'aide à l'édition de blogs savants et méchants ?
Vous allez voir pour me maintenir à flots je vais être obligé d'être d'une écoeurante gentillesse consensuelle, vous l'aurez cherché !

Écrit par : iPidiblue ni édité, ni crédité | 12/03/2009

Tant que vous ne dites pas du bien d'Arielle Dombasle...

Écrit par : Ludovic | 12/03/2009

Si j'étais hétéronormé ce serait fait depuis longtemps !

Écrit par : iPidiblue évaporé et mousseux à la fois | 12/03/2009

Je croyais qu'A.D était l'une des nombreuses égéries des homonormés ?

Écrit par : Ludovic | 12/03/2009

Zut, alors ! Mais tu sais j'habite en province (Rueil dans le 9-2) et je ne suis pas fréquenté par Pierre Bergé, alors ...

Écrit par : iPidiblue ex-fan de Mylène Farmer | 12/03/2009

Monsieur iPidi qui racole chez les jeunes-gens, voilà qui me remplit d'une liesse attendrie et perverse.
J'espère que le petit Ludo est majeur ... sinon, la brigade des demi-mondaines risque fort de tomber su'l'paletot de l'encanailleur mollasson des bulbes.


oui, Welles est à gerber avec ses mouvements incontrôlés et ineptes de caméra et ses surexpositions infantiles.

Faites n'importe quoi et surtout n'importe comment et on vous concédera du génie puisqu'on ne comprendra rien à vos pantalonnades (sauf si vous n'êtes pas client de Madoff).

L'ordre, il n'y a que ça de vrai, de difficile et de génial.

Notre pauvre planète, toute en désordres, en est la meilleure preuve, notre président rastacouère tire dans tous les sens comme un Welles ordinaire, mais l'impact n'est pas le même, la focale ne permet pas la distanciation et nous sommes tous dans l'objectif, qu'on le veuille ou non.

Si ça c'est pas du cinéma, je veux bien qu'on coupe les couilles d'iPidi le vilain méchant ramollo !

Écrit par : L'ami de Pierre ...... Bergé | 14/03/2009

Orwell, Aldous Huxley... pourquoi a t'il fallu qu'ils aient tant raison ?

Écrit par : Resto Bordeaux | 13/05/2009

Orwell, Aldous Huxley... pourquoi a t'il fallu qu'ils aient tant raison ?

Écrit par : Resto Bordeaux | 13/05/2009

La question méritait d'être posée.

Écrit par : Ludovic | 14/05/2009

Étranges comme film mais la photo me donne envie de les découvrir.
Je vais faire des recherches pour me les procurer.

Écrit par : Marie | 21/08/2009

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Autovermietungen auf Mallorca

Écrit par : Mietwagen Mallorca | 29/07/2010

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