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02/08/2014

AU SEUL NOM D'UNE DEESSE PHENICIENNE

 

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Un livre de Luc-Olivier d’Algange combine toujours avec bonheur d’indispensables contrefeux poétiques à la laideur du monde moderne. A l’abri des projecteurs qui effacent les nuances comme des cavernes où se forge le ressentiment, il se situe très exactement « entre la lumière d’Homère et l’ombre de Dante », pour reprendre un vers du Luas Vita de D’Annunzio, servant d’ailleurs de titre à l’un des chapitres. Le génie du paganisme, la littérature initiatique de Novalis et de Pessoa, de Dominique de Roux et de Raymond Abellio, la confrontation entre Jünger et Evola, forment les six autres parties de ce brillant essai qui nous enseigne l’art et la manière d’être présent au monde, tout en sachant « se désencombrer de soi-même ».

 

Si « l’insignifiance est l’horizon que se donne le Moderne », il va de soi que celui-ci passera à côté de la leçon. A quoi bon lire Abellio, contrepoison ultime aux esthètes pointilleux comme aux écrivants de passage, quand on ne jure plus que par le « romancier du singulier qui ratiocine en exacerbant son recours à l’analyse psychologique ou en se perdant en volutes formalistes ». Comment percevoir l’apport essentiel du romantisme allemand, quand l’époque dans laquelle malgré ses dires on exulte, est justement celle qui « débute avec l’occultation de l’Encyclopédie de Novalis et le triomphe de la volonté rationnelle  hégélienne » ? Comment apprécier la hauteur de vues d’un De Roux ou d’un Pessoa, quand on ne sait plus, entre manifs festives et ultimatums ludiques, que « se plaindre de tout, revendiquer contre tout sans jamais se rebeller contre rien » ?

 

L’essai de Luc-Olivier d’Algange s’oppose radicalement au totalitarisme libéral, à l’avilissement qu’il engendre comme à l’indistinction qu’il programme. A la suite de l’Anarque jüngerien et de l’homme de la Tradition évolien, il identifie celui-ci à une « idéologie de haine », l’uniformité qu’il ne cesse de promouvoir étant bien « la parodie et l’ennemie de l’unité ». Face à la barbarie des fondamentalismes, l'auteur défend le recours à la Tradition. Contre les ravages de la Transparence infligés par des individus toujours plus massifiés, il ne cesse de chanter « l’âme odysséenne » éprise d’inconnu.

 

C’est un livre pour promeneurs solitaires et rêveurs indociles, un livre pour ‘happy few’, en ce sens qu'il nous insuffle, et ainsi nous réapprend, la joie de résister.

 

(Luc-Olivier d’Algange, Au seul nom d’une déesse phénicienne, Alexipharmaque, 2014, 113p, 19 euros)

07/05/2012

PRESENTATION

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C’est bien sous l’assaut des images les plus disparates, sous leur collision flamboyante comme leur énumération hypnotique, que le nihilisme contemporain est le plus à son aise, acceptant dans son relativisme absolu de faire allégeance à tout ce qui bat en brèche hiérarchies et structures, jouissant de la prolifération des signes irreliés. En réaction, les nouveaux discours idéologiques reposent sur la méfiance envers le culte des images sans lien, culte qui ne sert au bout du compte que la consommation de masse, et s’interdisent de penser le cinéma autrement qu’en se servant des films selon leur premier degré de lecture - à savoir leur scénario -, se passant donc aisément, pour appuyer leurs démonstrations, de leur vision réelle.

Il s’agit là des conséquences apparemment opposées d’une même «esthétique de fascination», pour reprendre l’expression de Raymond Abellio, qui engendre autant l’envoûtement enthousiaste que l’iconoclasme puritain, puisqu’elle sert une conception de l’art cinématographique dualiste, basée sur l’illusion d’un sujet extérieur à l’objet filmique (et donc autant amené à s’y soumettre qu’à le juger) quand il nous paraît au contraire important d’envisager la perception d’un film (à l’instar de celle du monde), comme le lieu d’une interdépendance où les images nous secondent dans leur progressif dépassement. À l'image du caméléopard inventé par Poe, que Charles Hirsch dans le Cahier de l'Herne consacré à Abellio identifie comme «un être dont les mouvances de formes et de couleurs s'enlèvent toujours, en dépit de leur apparente incohérence, sur la même et unique trame: la diversité du caméléon se fondant dans l'unité du léopard », sachant que celui-ci est doté d'une tête d'homme, ce qui suppose «une conscience propre à saisir l'unité de structure sous la multiplicité des formes».

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Identifier la trame sous les motifs sans pour autant négliger ces derniers, voilà l’ambition de ce deuxième volet du Bréviaire de cinéphilie dissidente, qui s'emploie à célébrer l'antimodernité de Léos Carax ou la quête identitaire de Robert Guédiguian, dénoncer le conformisme de Klotz ou celui de Des Pallières, relier un plan du Plaisir d'Ophuls à son écho chez Antonioni, le Diable rencontré chez John Carpenter au Magicien du pays d'Oz, Calme Blanc à Titanic, c'est-à-dire refuser les films du vertige et du regard capté de force, au profit d'un cinéma de participation où le temps est enfin rendu, cinéma qui nous comprend puisque nous l'habitons.

23/02/2011

87

Un léger érythème dessine des spirales sur ses joues, quelle que soit la nature de l'émotion qui l'assaille, émotion qu'elle admet alors sans effort, vulnérable et lucide, qu'elle revendique même. Mais lorsque son visage s'empourpre tout à fait, aucun aveu ne lui est plus possible, elle demeure farouche, sa joie comme sa colère niées en bloc.

Le cinéma provoque des rencontres inédites, par exemple celle de Freud et d'Abellio. Black Mamba (Una Thurman) : la névrose de la femme virile ; Black Swan (Nathalie Portman) : la psychose de la femme originelle. Reste la femme ultime, sans désordre et donc sans représentation.

Après les deux volets de Kill Bill, je n'ai nulle envie de revoir un film de sabre alors que je suis impatient de me plonger à nouveau dans l'univers du western italien. C'est que Tarantino filme ses références différemment : de manière classique ses combats asiatiques alors que les originaux sont plutôt baroques, ce qui donne de la rigueur et du panache à des rixes habituellement brouillonnes et mal cadrées ; avec maniérisme ses allusions à Sollima, Corbucci et Leone, alors que les originaux sont contrairement aux idées reçues de facture classique, ce qui apparaît redondant et presque moqueur. Un genre admiré et annobli, l'autre incompris et de ce fait caricaturé, l'ogre hollywoodien ne digère pas toujours à l'identique.

03/02/2011

77

"L'indignation est un péché plus grave que le mensonge", disait Abellio. C'est d'ailleurs sans doute pour cela qu'elle le recouvre si bien.

Elle ressemble soudain à Audrey Hepburn, le temps d'une pause inattendue, et puis sa hâte la reprend et voilà déjà l'illusion défaite.

Grey's Anatomy. Une série baudrillardienne qui ne tourne qu'autour du polymorphisme de la séduction, avec de ce fait des discussions à deux ou trois intervenants toujours extrêmement découpées, variant les sentiments à l'infini, et des scènes de sexe monotones à l'excès (plan fixe de six secondes où le couple en gros plan se heurte à un mur, parfois une grille).

15:33 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : audrey hepburn, raymond abellio, grey's anatomy | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

05/01/2011

59

Elle le trompe. Il aimerait faire le beau, tenter la commisération, lui expliquer doctement qu'elle se trompe, mais il sait bien que c'est ainsi qu'il la tromperait.

Il faut imaginer le Grand Réac et le Grand Progressiste comme deux manitous, deux figures avec beaucoup de plumes et de fidèles, une partie d'entre eux applaudissant à la moindre maxime lancée par les chefs, mais une autre partie, plus royaliste que le Roi, ne cessant de tancer le Grand Réac d'être dans le camp du Progrès et le Grand Progressiste de vivre dans le Passé.

La critique s'est empressée de saluer l'inventivité formelle d'Enter the void pour mieux déplorer la faiblesse ou la puérilité de son propos. Or il faut oser dire que l'un ne va pas sans l'autre : c'est justement l'immaturité du cinéaste qui lui donne accès (et nous à sa suite) à de tels manèges ; c'est bien le fait d'être retenu psychologiquement dans un monde de sensations irreliées et de formes captivantes qui engendre une telle efflorescence esthétique, où les signes s'empilent, s'additionnent, se mélangent, sans jamais fonder quoi que ce soit. Gaspar Noé est le prisonnier fasciné d'une déesse-Mère abusive à laquelle il rend brillamment hommage ; il cherche à bâtir avec ses différents films une Forme semblable à la Tour de Babel décrite par Raymond Abellio, où triompheraient "la partie sur le tout, le local sur le le gobal, le mot sur le concept, le successif sur le simultané, le nom sur le verbe". (la suite sur Kinok)

 

02/06/2010

PRISONS

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"On peut imaginer qu'aux plus hautes époques les hommes éveillés et initiés à la toute-présence du sacré vivaient dans une autoconnaissance beaucoup plus intense et vivante qu'aujourd'hui. Mais on ne fera pas du nouveau avec de l'ancien. Selon Jean de la Croix, nos cinq sens sont les prisons de l'âme. Nous dirions aujourd'hui les prisons de la conscience. La modernité est une perversion de l'âme dans la mesure où la conscience se perd dans la fascination de l'univers sensible et des illusions des sens"
(Michel Camus, entretien avec Michel Random)

05/07/2007

CAHIERS DE VACANCES

M'absentant pour trois semaines en Touraine du sud, je laisse à l'intention des arpenteurs réguliers de "Cinématique", ainsi qu'à ses lecteurs de passage, la cartographie de quelques sentiers dignes d'intérêt :

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Pour les cinéphiles de toute obédience, via Zohillof relayé par Hyppogriffe (deux blogs en lien ci-contre qui font du bien sous le règne épuisant de l'Elite du Goût, celle qui s'ébroue de Murat à Frodon en passant par Bégaudeau), l'indispensable texte d'Emilie Bickerton, qui retrace sans empathie le parcours des "Cahiers du cinéma".

Les fordiens, s'il en reste au temps des frères Wachovski et des frères Larrieu, se régaleront des beaux textes de Vincent, et des liens qu'il propose, dans le cadre du "Ford blog-a-thon" auquel je m'étais promis de participer, avant que le temps ne me manque.

Sinon, de votre serviteur, dans le prochain numéro d'Elements, dont le dossier principal porte sur le sport, et qu'il est désormais aisé de trouver près de chez soi grâce à ce lien magique, un texte sur les non-dits des films en caméra subjective.

Concernant la littérature et ce qu'il en reste, l'article du Café du commerce est absolument à lire (et pas uniquement parce qu'il m'est dédié), car s'il y avait une logique en ce monde, Monsieur Dantec ne s'en releverait pas, mais hélàs, il n'y a ni logique ni justice, et un prochain roman du Réprouvé (que je n'imagine pas à moins de 500 pages, engorgé de monologues eschatologiques sur fond de rock minéral et de gratte-ciels bleu azur) est déjà sur les rails.

Sinon Chesterton ou Nietzsche ? S'il faut choisir, je botterais bien en touche : Abellio...

Enfin, chez Marie, outre une intéressante typologie shakespearienne de la blogosphère, on lira avec profit des textes d'une richesse et d'une profondeur rarement égalées sur la Toile.

14:37 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : Raymond Abellio, cinéma, cahiers du cinéma, Dantec | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |