03.04.2008
SOCIETE ANONYME
Qu'il s'agisse du routier de Femme fatale ou du conducteur de bus de Crimes à Oxford, brefs héros malgré eux des dernières séquences de ces films, le plan fixe de leur visage concentré, plongeant leur regard dans le nôtre à travers le pare-brise, ne nous est octroyé que parce qu'il en dit long. Nous savons en effet, ou du moins croyons-nous le savoir, ce qui revient ici au même, grâce à toute une série de manipulations et de jeux de références préalables, ce qu'il en est. Nous savons ce qu'il y a "derrière" cette image banale, à la limite de l'ennuyeux, qui ose s'appesantir sur un anonyme.
Il y aurait certainement beaucoup de pensées à ordonner, d'émotions à parcourir, de perceptions à affiner, lors d'une telle rencontre avec un visage immobile sur lequel se reflètent la route et le passage du temps. Il y aurait même un risque à prolonger avec le spectateur cette confrontation, tant une telle neutralité de regard-caméra s'avère source de malaise. Or justement ici, nous n'avons pas le temps. Tout comme ces scènes de sexe qui ne nous sont jamais données que parce qu'elles sont le prélude à des "révélations", ces séquences sur des sujets annexes, effectuant des tâches anodines, ne peuvent qu'être nettoyées de toute scandale possible, dont le premier d'entre eux est la prolongation.
De la même manière qu'un personnage féminin ne montre aujourd'hui son cul que si, et seulement si, dans l'instant, la séquence aussi se retourne pour montrer son double-fond et se réjouir de sa fausseté, les gestes et les figures de personnages subalternes (scénaristiquement, économiquement, politiquement) ne sont permis qu'en tant que prémisses au point d'orgue attendu fébrilement, ne sont justifiés que parce qu'elles servent les postures efficaces, aisément reconnaissables, enfin confortables, de ceux qui mènent le jeu.
11:55 Publié dans Nitrate d'argent | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Brian de Palma, Alex de la Iglesia
02.08.2007
LA SOCIETE DES SOMMATIONS
Glissons !
Elle nous mène où il faut.
Pas d'atermoiements, sauf erreur,
Pas d'ennui.
C'est chaud, la Visa, mais ça tient.
Attention aux marches et attention au chambranle.
Eurydice en négatif, tu nous guides puisque tu ne te retournes pas !
On peut te filer.
Je m'consomme.
Je veux de la déco d'hôtel de passe décalée.
De la tentation.
Je veux de la découverte de peuplades,
Et beaucoup de contre-ut.
Pourquoi ces cris ?
On n'est pas bien là, dans le sillage des hanches, humant sans tituber ?
Rebrousser chemin ?
Trop tard pour singer autre chose !
Sous le linceul rayé comme un suaire de chez Dior,
Causes et peines perdues,
Les traits impeccablement tirés,
Enfin statufié.
Je m'empresse d'être attendu
Et je serais mort ?
Blow out, de Brian de Palma
13:10 Publié dans All that jazz | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Brian de Palma, Isidore Isou, Guy Debord, Orphée, terreur
19.06.2007
FAUX-SEMBLANTS
Travestie, dédoublée, aguicheuse en victime et séductrice en meurtrière, l'héroïne des années 70 est coupable de sa psychose. Celle des décennies suivantes hérite de ces soupçons mais s'avère innocente et n'est plus redevable que de ses péchés (Basic instinct). Tout aussi manipulatrice mais avec de nobles raisons, celle d'aujourd'hui est récompensée pour ses stratagèmes ou pardonnée de ses errements sans contrepartie (Téchiné, Morel). Le matriarcat est aussi cinématographique
L'oiseau au plumage de cristal, de Dario Argento (1970) : la victime est fausse, car le tueur est une femme.
Soeurs de sang, de Brian de Palma (1973) : la bonne jumelle est mauvaise , car il n'y en a qu'une.
12:25 Publié dans Nitrate d'argent | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : Brian de Palma, Dario Argento, femme fatale, mère courage, vamp






