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serge reggiani

  • Alex Porker et l'Hyper-enfance (2)

     

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    « L’Enfance se fait lointaine, comme un pays d’où l’on s’en va », chantait Reggiani dans Et puis, chanson bouleversante écrite par Dabadie. Après quelques années, quelques déboires et quelques drames, nous en sommes tous à peu près là, à nous remémorer le trajet, à passer en revue les stations, à tenter d’identifier le moment où tout a basculé, où l’enfance pour de bon s’en est allée. C’est sans doute parce qu’il ne parvient pas à se défaire de cette lancinante mélancolie, qu’il échoue à transmuter le plomb des souvenirs en récapitulation précieuse -cette seconde mémoire qui sans rien renier se détache enfin des faits – que le monde moderne rêve secrètement d’abolir toute distinction entre les âges et les générations, transformant en permanence l’adulte en gamin jouisseur et l’enfant en citoyen digne de consommer et de régenter.
     

    Alex Porker, avec Les Demoiselles, continue après MakeUp Artist l’exploration littéraire de ce troublant fait de société, ou plutôt de civilisation, en choisissant d’en pousser la logique à son terme, jusqu’à l’horreur et jusqu’à la beauté même de cette horreur, ce qui est à vrai dire l’objectif de tout romancier digne de ce nom : faire de la réalité non pas le prétexte d’un récit idéologique qui la nie, mais la chair d’une fiction qui en détruit les garde-fous rassurants et ainsi l’exhausse. Que deviendra notre monde aux mains de ce qu’il nomme les « Hyper-enfants », sans émotion ni pardon, mais avec du désir et de la violence à revendre ? Les Demoiselles dresse le portrait de ce qu’il pourrait demain rester de l’enfance : une enfance noyée dans un verre d’eau de piscine, une enfance insouciante jusqu’à l’os, belle jusqu’à la nausée, pénible progéniture dissolue et décadente issue d’un monde d’adultes qui ne se souciait désormais plus que d’une seule chose : leur ressembler. Egrénant avec une minutie glaçante les affres de quatre enfants et d’un adulte enfermés dans un appartement, passant sans prévenir du raisonnement logique de l’enquête policière effectuée après coup, aux dérèglements pulsionnels des prisonniers en leur lente agonie, Porker dans son huis-clos d’épouvante, n’omet aucun état d’âme et ne nous épargne aucune dégradation physique, comme pour mieux nous persuader que son Orange mécanique dont presque tous les protagonistes -victimes comme bourreaux-, ont moins de dix ans, aura un jour bien lieu. 
     

    « Elle était là pour toujours, le menton haut, saluant fièrement le matin vide. Il y avait quelque chose de grave et de digne en elle (…),  quelque chose de secret et d’effrayant. Une peur que les adultes ne saisiront jamais. Peut-être la peur de grandir… ». Avec « sa morphologie filiforme, lisse, angélique, quasi volatile » et les extraits de son journal intime qui émaillent le récit en alternant lyrisme incandescent et ultimatums mégalomaniaques, l’effrayant personnage de Cyl fait alors tout le prix de ce roman. Fillette de cauchemar se voulant la porte-parole de ceux qui « n’ayant pas encore l’âge d’aimer ont décidé maintenant de haïr », elle synthétise parfaitement les inquiétudes de l’auteur sur ce qui se trame aujourd’hui, cette logique mortifère qui détruit toute maturation et toute sédimentation au profit de l’exultation immédiate, cette jouissance consumériste qui ne s’assouvit vraiment que dans les décombres.

     Les Demoiselles, Alex Porker, Alexipharmaque, 2012

     

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  • HUGO

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    Que reste-t-il encore à dire sur Victor Hugo ? Considéré par les Français, qui pourtant lisent de moins en moins, comme leur plus grand écrivain, porte-parole fiévreux de tant de causes humanistes dont la défense ne souffre plus aujourd’hui la moindre discussion, l’auteur des Contemplations et de L’Homme qui rit est sans aucun doute le champion des hommages, des révérences et des commémorations.

    Le livre que Michel Marmin lui consacre aux Editions Chronique fait cependant le pari de le révéler autrement, en plaçant les péripéties de l’intime dans la chambre d’échos de l’Histoire, en détaillant scrupuleusement les contextes artistique, sentimental et politique des poèmes, pièces et romans de celui qui voulait être “Chateaubriand ou rien”. Il a pour cela recours à une remarquable profusion de témoignages d’époque (correspondances et critiques, croquis et gravures, photographies et caricatures, affiches circonstancielles et tableaux de maîtres) qui se révèlent non seulement informatifs et éclairants, mais également d’une grande beauté formelle, avec une mention particulière aux médaillons de David d’Angers, aux portraits d’Auguste de Châtillon, à un fusain d’Emile Bayard et surtout aux dessins superbes et bouleversants de Hugo lui-même.

    Voici certainement une manière hugolienne d’appréhender la vie et l’oeuvre de ce géant littéraire, lui qui n’a cessé justement, dans ses romans monumentaux, de mêler à ses intrigues quantité de parenthèses sociologiques et d’apartés métaphysiques, sans négliger jamais de nous les conter avec ce même style empreint de sensibilité solennelle et de fougue qu’il accordait à la fiction, parvenant ainsi à relier le particulier à l’universel et non comme il est aujourd’hui d’usage, le singulier à la norme. En explorant de la sorte ce qui a pu nourrir ces textes à la fois profonds et extravagants, mélodramatiques et cependant incisifs, jamais manichéens mais toujours violemment idéalistes, Michel Marmin dresse alors le portrait d’une figure tutélaire : au travers d’une existence qui en épousa les soubresauts contradictoires, il rend en effet justice à ce XIXème siècle qui ne fut autre que la matrice de nos velléités et de nos aspirations, de nos errements aussi, nous les modernes qui cherchons partout, dans le paradoxe et le désordre, à ne pas succomber à la tentation du nihilisme.

    De la naissance du Romantisme à l’agonie de la Restauration, de Ruy Blas à L’Art d’être grand-père, de l’espoir des Trois Glorieuses aux crimes de la Commune, d’Adèle Hugo l’épouse infidèle et attentionnée à Juliette Drouet, la maîtresse éperdue cinquante années durant, de l’exil à Guernesey aux grandioses funérailles parisiennes, il faut lire ce très bel hommage à l’un de nos bons géants nationaux, lequel demeure certainement, comme l’affirme Michel Marmin dans sa préface, “le meilleur antidote au doute, au désespoir et à l’ennui”.

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  • LE PAYS D'OU L'ON S'EN VA

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    Et puis...
    Et j'allais dire déjà
    L'enfance se fait lointaine
    Comme un pays d'où l'on s'en va
    Je ne vois plus qu'à peine
    Le rivage

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