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alain delon

  • CORRESPONDANCES (4)

        Quand Belmondo porte le cadavre d’une femme follement aimée entre les bras (Cartouche de Philippe de Broca, 1962), cela ne lui brise pas les ailes mais au contraire contribue à sa gloire. Le bandit, à cause de ce décès, décuple sa capacité à combattre ses ennemis, anoblissant son comportement et légitimant ses actes. Quand Delon fait de même (Les Félins de René Clément, 1964), cela s’ajoute à tout ce qui est venu jusque-là mettre en échec sa puissance, différer son succès, couronnant en somme les écueils que la fatalité n’a cessé de lui infliger.

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        Preuve parmi d’autres que ce dernier est un héros tragique, qui malgré les dons reçus, se voit sans cesse confronté aux déceptions irrémédiables et à la mort des siens. Même sorti indemne de tous les traquenards et ayant démasqué les coupables, vainqueur à la fin de Mort d’un pourri (Lautner, 1977), sa tristesse n'en est pas moins infinie car il a perdu toute illusion. Le premier en revanche, est bien ce surhomme moderne, toujours sûr de son bon droit, suivant sans fléchir son parcours ascendant. Même s’il avance vers sa propre mort annoncée à la fin du Professionnel (Lautner, 1981), il demeure satisfait du devoir accompli et sourire flegmatique aux lèvres, sait qu’elle ne fait que justifier sa victoire morale.

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  • FATAL

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    Ce plan des Aventuriers (1967), montrant Manu (Alain Delon) se dirigeant vers sa destinée (le Fort Boyard sera son tombeau), est récurrent chez Robert Enrico. Dans plusieurs de ses films en effet, un personnage fait face au spectateur, avec dans un recoin du cadre ou en arrière-plan, un objet, un décor ou un autre personnage qui plus tard signeront sa perte. Ce n'est que rétrospectivement d'ailleurs que ce plan apparaît pour ce qu'il est, à savoir la mise en scène d'une rencontre fatale.

    Mais ce plan est aussi la revanche du personnage sur l'acteur, la prise de possession, et donc le renversement, de l'image médiatique par la fiction cinématographique. A cette époque, Delon est sur toutes les couvertures des magazines, s'affichant sans cesse avec de nouvelles starlettes, se présentant pour le plus grand plaisir des photographes, allongé rêveusement sur un yacht, courant torse nu sur une plage, riant une cigarette aux lèvres avec la mer en toile de fond. Ce photogramme pourrait ainsi n'être qu'une mise en scène de plus de Delon, mais il n'en est rien, et la présence incongrue de ces fortifications monumentales (à l'époque laissées à l'abandon), est plus qu'un mauvais présage : c'est bien la mise à mort de Manu qui est ici annoncée.

    Des décennies plus tard, le Fort est repris à son tour par l'imagerie publicitaire, qui l'a tant édulcoré et banalisé en en faisant le théâtre de jeux grotesques, que ce plan pourrait à nouveau être pris pour ce qu'il n'est pas : une simple vue touristique d'une escapade de Delon en Charente-Maritime. A l'ère du tourisme de masse, un lieu n'a plus aucune chance d'apparaître comme une menace ou une promesse, simplement réduit à un vague signe de reconnaissance.

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  • CELLES QU'ON N'A PAS EUES (7/8)

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    Elle le regardait comme Nicole Calfan regarde Delon dans le Gang de Deray, avec une reconnaissance confinant à la soumission. Dans cette oeuvre ennuyeuse, Robert le Dingue a beau avoir d'improbables cheveux bouclés, un regard oblique et beaucoup de sang sur les mains, la belle Marinette passe le film à tout lui passer, avec un merveilleux sourire indulgent.

    Et N. avait le même en suivant du regard ce petit homme banal, au verbe haut, qui se disait par ailleurs mon ami comme il l'était de tous ceux qui l'écoutaient en silence depuis des années, social-démocrate assez commun, lecteur encanaillé de Dan Franck et de Cavanna, abonné au Nouvel Observateur pour le regard sans concession de Jean-Claude Guillebaud.

    C'est cette incompréhensible passion qui décuplait le désir que j'avais d'elle. Comment une femme aussi exigeante et aussi réfléchie pouvait-elle baisser les armes face à un prétendant aussi falot, comment pouvait-elle lui accorder autant ? Je pouvais facilement ridiculiser l'écriture de Dan Franck, pointer les incohérences de Guillebaud ou l'hypocrisie de Cavanna, mais ce sourire je ne pouvais l'effacer.

    Après quelques mois, il la quitta pour une romaine d'extrême-gauche et c'est vers moi que N. se tourna. Non par affection mais par intérêt : j'avais désormais pour mission d'être le mémorialiste de son amour défunt, devant rivaliser d'anecdotes et de choses vues pour qu'à travers moi, il vive encore un peu. Et je me pliai au jeu, à la seule fin de voir de temps à autre, certes de moins en moins souvent, réapparaître son merveilleux sourire indulgent. Ainsi l'humiliation fut-elle complète.

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  • 12

    Je ne suis pas certain d'aimer autant qu'il le faudrait ceux qui affirment m'aimer autant qu'il est possible ; tant de films amicaux et confortables qu'ainsi je délaisse.

    Même dans le pire des navets (Un mari de trop sur TF1 hier avec la chanteuse Lorie), même au sein du pire ersatz de cabotinage (à cet âge, on ne cabotine plus, on fait comme si), Delon parvient encore, par un geste retenu de la main, un sourire léger qui s'attarde, un regard fixé qui pourtant s'absente, à manifester sa force ; et c'est bouleversant.

    Je n'arrive pas encore à lire le dernier Houellebecq  : en bas de page et même entre les lignes, des analyses poussées, des remarques judicieuses et des entretiens savants empiètent sur le texte, au point que je me demande si celui-ci n'est pas devenu la mise en bouche de leur grande bouffe.

     

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