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21/12/2011

CELLES QU'ON N'A PAS EUES (1/8)

Plutôt que de claironner nos conquêtes (avec un peu de cynisme pour dissimuler la vanité) ou pleurer sur nos amours mortes (la rouerie pointant déjà son nez sous la peine), il faut sans doute un peu d'inconscience pour évoquer, comme dans l'émouvant film de Pascal Thomas, "celles qu'on n'a pas eues".

Inconscience car parler de l'échec sans en tirer "une leçon de vie pour aller de l'avant", ou au contraire -car les attelages les plus contradictoires tiennent désormais lieu de morale publique- sans se lamenter bruyamment, paraît difficilement audible : battants et victimes, ces Janus face caméra, viennent sans cesse nous donner des conseils ou mauvaise conscience, et nous rappeler d'une même voix qu'une certaine distance n'est tout simplement plus tenable. Evoquer celles-ci cependant, sans crânerie déplacée ni plainte intempestive, peut servir à fixer une dernière fois avant l'oubli ce qui aurait pu avoir lieu, mais qui a fui.

Voici en quelque sorte notre devoir de mémoire.

celles qu'on n'a pas eues, pascal thomas, mother of tears, dario argento

J. avait cette faculté qu'ont les enfants de se croire cachés lorsqu'ils regardent ailleurs. Elle s'absentait ainsi lorsqu'une discussion l'ennuyait ou la mettait mal à l'aise, comme Sarah Mandy qui dans Mother of tears, ce très beau film d'horreur sur l'enfance inconsolable et le pouvoir qui en découle, parvient à disparaître littéralement aux yeux de ses poursuivants lorsqu'elle s'efforce de ne plus penser à rien. J., bien souvent, ne pensait à rien. Elle avait alors ce regard profond qui laissait croire qu'elle avait tout compris de vous. Il était difficile de ne pas chercher en retour à la connaître mieux, mais il n'y avait rien à chercher : J., tout comme Sarah Mandy, se laissait porter par d'indistinctes bribes de drames et de joies inouïs, dont elle ne savait plus démêler la part du rêve, du conte et du souvenir. Il n'était pas question pour elle d'en parler, tout juste de les évoquer mystérieusement, en versant de temps à autre une larme les yeux rieurs. Elle se mit à fréquenter, quelques mois après notre maladroite rencontre, un poète adepte de longues marches qui citait Blanchot dans le texte (il lui avait offert un podomètre) ; j'ignore si leurs randonnées demeuraient silencieuses. Ensuite elle partit pour Vienne et peut-être y vit-elle encore.

11/06/2010

MORTS AUX IDIOTS

Il existe une guerre transversale à la plupart des conflits contemporains, celle qui oppose les intelligents aux sensibles. A l'appui des seconds, si facilement écrasés par les rationnels, les raisonneurs, les experts, tous ceux qui calculent méthodiquement et programment sans scrupules, résistent une certaine littérature et certains films. La Dilettante, de Pascal Thomas, par exemple, revu il y a quelques jours, qui exalte si bien les fidélités anachroniques ; les poèmes de Kenneth White, également, insistant sur des riens, louant de beaux et brefs instants.

Et puis ce texte de Bruno Deniel-Laurent, intitulé Morts aux idiots, dans le numéro de juin de Causeur, qui n'est malheureusement actuellement accessible en ligne que sur Facebook, mais qui le sera prochainement sur le site de l'auteur, et qui constitue une belle gifle aux intelligents de toute obédience. 

29/09/2008

PAYSAGE (S)

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Il est des films, des livres, des paysages et des individus, que l’on rencontre sans qu’ils aient sur nous la moindre influence consciente : ils glissent, nous parfument ou nous distraient un instant et puis s’en vont. Peut-être à leur manière nous construisent-ils, mais dans ce cas, sans que nous en ayons la moindre intuition. A l’inverse certaines œuvres, certains êtres et certains lieux nous fondent, en toute connaissance de cause, ils sont pour nous, dans une âme et un corps, ce qui marque et constitue. Durant ces vingt dernières années, les dix films français suivants ont réellement modifié (du moins en suis-je intimement persuadé, ce qui ne prouve rien, tant nous sommes aveugles à nous-mêmes) ma façon de comprendre mon passé, d’aborder l’autre et d’envisager l’après ; accessoirement, ils ont aussi transformé ma vision du cinéma, bousculant certaines hiérarchies et en confortant d’autres, me permettant de découvrir des films négligés ou rejetés, mais également de rendre négligeables des films jusque là respectés.

Quelques jours avec moi, de Claude Sautet (88)

Les maris les femmes les amants, de Pascal Thomas (89)

Les patriotes d’Éric Rochant (94)

Pola X de Léos Carax (99)

Ainsi soit-il de Gérard Blain (00)

L'Anglaise et le Duc d’Eric Rohmer (01)

Éloge de l'amour de Jean-Luc Godard (01)

Choses secrètes, de Jean-Claude Brisseau (02)

Le Fils de Jean-Pierre Dardenne et Luc Dardenne (02)

Flandres de Bruno Dumont (06)

Je remercie tous ceux qui se sont pris au jeu et m’ont livré ainsi un pan de leur paysage cinématographique. Les voici, sans ordre particulier, inutile de préciser que cela change des consensus habituels ! (D’ores et déjà, je prie Richard G de me faire à nouveau parvenir sa liste : un souci informatique m’a fait disparaître ces données. Qu’il veuille bien m’excuser).


Anaximandrake :

De bruit et de fureur, Jean-Claude Brisseau (1988)
Van Gogh, Maurice Pialat (1992)
La Sentinelle, Arnaud Desplechin (1992)
Les derniers jours d'Emmanuel Kant, Philippe Collin (1994)
Conte d'été, Eric Rohmer (1996)
Généalogie d'un crime, Raoul Ruiz (1997)
Sicilia!, Jean-Marie Straub et Danièle Huillet (1999)
Les Amants réguliers, Philippe Garrel (2005)
Cœurs, Alain Resnais (2006)
Ces rencontres avec eux, Jean-Marie Straub et Danièle Huillet (2006)

Tlön :

1) De Bruit et de fureur - Brisseau - 1988
2) Nouvelle vague - Godard - 1990 (je sais c'est suisse !)
3) Van Gogh - Pialat - 1991
4) La Belle Noiseuse - Rivette -1991
5) La Cérémonie - Chabrol - 1995
6) La Servante aimante - Douchet - 1997
7) On connait la chanson - Resnais - 1998
8) Esther Khan - Desplechin - 2000
9) La série des contes (hiver, printemps, été, automne) - Rohmer (je sais il y en a 4 !)
10) De battre mon coeur s'est arrêté - Audiard - 2005

Les outsiders :

Les Patriotes - Rochant - 1994
A ma soeur - Breillat - 1998
St Cyr - Mazuy - 2000
Ressources humaines - Cantet - 2000
L'Anglaise et le Duc - Rohmer - 2001
10 éme chambre - Depardon - 2004
OSS 117. Le Caire nid d'espion - Hazanavicius – 2006


Sébastien Carpentier :

1 - Claude Sautet - Un cœur en hiver (1991)
2 - Peter Watkins - La Commune (1999-2007)
3 - Abdellatif Kechiche - La graine et le mulet (2007)
4 - Jean-Claude Rappeneau - Cyrano de Bergerac (1990)
5 - Michael Haneke - Caché (2005)
6 - Laurent Cantet - Ressources humaines (1999)
7 - Michel Deville - La maladie de Sachs (1999)
8 - Krzysztof Kieslowski - La double vie de Véronique (1991)
9 - Jacques Rivette - Ne touchez pas la hache (2007)
10 - Jose Luis Guerin - Dans la ville de Sylvia (2008)

On objectera peut-être que ni Watkins, ni Haneke, ni Kieslowski, ni Guerin ne sont français… Aussi rajoutè-je les films suivants en queue de liste :

11 - Tony Gatlif - Gadjo dilo (1998)
12 - André Téchiné - Loin (2001)
13 - Robert Guédiguian - Le promeneur du Champ-de-Mars (2005)
14 - Emmanuel Mouret - Un baiser s'il vous plaît (2007)

Et comme je suis frustré de n'avoir pu faire figurer en bonne place la Promesse des Dardenne du fait de leur belgitude, je me console en rajoutant (hors compétition) un documentaire :

HC - Raymond Depardon - 10ème Chambre, instants d'audience (2004)


Damien:

Histoire(s) du cinéma" (Jean-Luc Godard)
(chef d'oeuvre incontestable, mais comme JLG est suisse et qu'il ne s'agit pas exactement d'un film, est-ce que c'est valable ?)

"Y aura-t-il de la neige à noël ?" (Sandrine Veysset)
(la plus belle réussite, à ma connaissance, d'un cinéma réaliste tout entier dévoué à capter l'humain dans sa vérité)

"L'anglaise et le duc" (Eric Rohmer)
(très grand film historique, et jamais les nouvelles techniques de l'image n'ont été aussi bien utilisées pour reconstituer une époque)

"Esther Kahn" (Arnaud Desplechin)
(l'un des plus beaux films sur le théâtre et l'art de l'acteur)

"Van Gogh" (Maurice Pialat)
(simple et bouleversant, contre tous les clichés attendus et tous les pièges biographiques)

"Ridicule" (Patrice Leconte)
(oui oui, les cinéphiles peuvent aboyer, oui Leconte est un tâcheron, mais ce film restera pour la grâce des acteurs et l'excellence des dialogues de Remi Waterhouse, dans la lignée d'un cinéma très verbal : Duvivier, Carné-Prévert, etc.)

"OSS 117 : Le Caire, nid d'espion "(Michel Hazanavicius)
(tout simplement la meilleure comédie française de ces 20 dernières années)

"Urgences" (Raymond Depardon)
(Il faut au moins un documentaire dans cette liste. C'est celui-ci qui m'a le plus marqué)

"Huit femmes" (François Ozon)
(subtil, ironique, décalé, un grand film sur le mirage des apparences et les rapports de pouvoir, entre autres)

Trouble every day (Claire Denis)
(un des films les plus flippants que j'aie vus, ce qui est très rare dans le cinéma français)


Skoteinos :

Van Gogh, de Maurice Pialat
Le garçu de Maurice Pialat
L'Enfer de Claude Chabrol
La Cérémonie de Claude Chabrol
Betty de Claude Chabrol

Dans les commentaires de la note précédente (Paysage), figurent les listes de Préau, d'Arnaud, de Jérôme, du Dr Orlof..
Dans les commentaires de celle-ci, figure celle d'Isabelle, de Polyphème, d'Hyppogriffe, de Jacques Sicard, et de Montalte.

Sur leur blog figurent ce matin, celles de Joachim, d'Edisdead, de Talmont et de Vincent.

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Après avoir longuement parcouru ces divers palmarès, je me garderais bien d'en établir une quelconque synthèse, leur diversité prouvant justement, loin des consensus et des compromis, que l'hétérogénéité du cinéma français en est sa principale force. Je peux sans doute me tromper, mais je persiste à penser qu'une telle liste pour le cinéma américain ou asiatique, comme cela été soulevé dans les commentaires, comporterait beaucoup plus de films communs entre les participants ; tant qu'un tel questionnaire toutefois n'aura pas été soumis, ceci peut ressembler à une assertion gratuite.

On pourra noter que le cinéaste le plus cité, et pour des films divers selon les intervenants, est Eric Rohmer, mais qu'Arnaud Desplechin n'est pas loin derrière, que Chabrol/Rivette/Resnais demeurent des valeurs sûres. Je suis heureux de voir la fortune de malaimés comme Léos Carax ou Bruno Dumont, plusieurs fois cités, et la très faible représentation de la mouvance tant acclamée, Assayas/Ozon/Honoré/Klapisch, cinéastes que je réunis peut-être arbitrairement ici, mais qui me semblent développer une démarche commune de "vouloir dire " et d'"à la manière de". L'impressionnante cohérence des univers de Brisseau ou de Guédiguian a ses admirateurs, mais il me semble être le seul à citer Gérard Blain et nous ne sommes que deux à penser à Pascal Thomas. Quant à Blier ou Corneau, ils sont aux abonnés absents, de même que la quasi-totalité des cinéastes féminins si l'on excepte Catherine Breillat. Enfin, les documentaires de Depardon sont plusieurs fois mentionnés.

La richesse d'une telle confrontation de points de vue m'a en revanche rasséréné, ne serait-ce que parce que dans chacune de ces listes, un film m'est à chaque fois inconnu, et qu'il est à présent temps de les voir.

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