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01/07/2014

PAIEN

 

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Le dernier voyage de Tanya du cinéaste russe Alexei Fedorchenko retrace de manière bouleversante un rite funéraire venant du fond des âges, celui des Mérias, peuple d’origine finno-ougrienne assimilé par les Slaves depuis plusieurs siècles, et dont les traces s’effacent avec le temps, quelques noms de villages ou de fleuves exceptés. Federchenko dit chercher à « montrer une autre Russie, celle où les traditions païennes et la conception des rapports humains, antérieures à la domination orthodoxe, s'affranchiraient de la trivialité moderne ». A l’opposé du dualisme chrétien, un profond sentiment d’union avec la Nature parcourt en effet la plupart des séquences. Le film relie les corps aux éléments naturels avec évidence, s’attardant longuement sur les rives gris-beige de la Volga de Novembre, la brume des forêts dénudées, les secrets érotiques d’un amour resté brûlant. Rien ici n'est plaqué, rien ne fait slogan. Des ponts longuement traversés et des oiseaux psychopompes, l’inconcevable présence charnelle d’une épouse défunte, les puissances de l’eau et du feu : nous sommes bien au coeur d’un voyage chamanique, lequel fait vibrer l’âme d’un peuple sous le visage immobile de ses derniers représentants.

 

C’est ainsi par l’attention porté à ses coutumes funéraires, qu’un peuple parvient à ne pas mourir. Et si nous découvrons finalement que le monologue en voix-off revient d’outre tombe, cela n’apparaît plus comme une simple pirouette scénaristique, mais prend une tout autre résonnance. Depuis le début, le narrateur ne cherchait finalement qu’à répondre à la seule question qui vaille, la seule qui puisse courir de génération en génération sans jamais cesser d'être reformulée, celle que l'on se transmet de cérémonies en poèmes, de rêves en souvenirs, malgré les intimidations, l'acculturation, l'oubli : « pourquoi sommes-nous ainsi et pas autrement ? » ; soit les fondements de toute identité.