Autrefois, Sardou chantait sourdement sur du Dabadie, qu'il est bien difficile de vivre quand ce sont "les mamans qui s'en vont". Lorsque les femmes ont appris à quitter, l'une puis l'autre, sporadiquement puis en masse il y a quelques décennies, toujours mieux désorientées, happées, sollicitées par le fantasme de l'autonomie, le mirage de l'indépendance, le simulacre du choix, le silence a commencé. Celui précisément qui s'étend dans le tumulte.
Sous le harnais, la nature aussi marque le pas, et devant nos regards d'orpailleurs, ne survivent plus que quelques pièces de musée qui font leur numéro muet, sous la mitraille de japonais aux mèches teintes, sous la férule de quelques conservateurs trop soucieux pour être honnêtes, pépiements entrecoupés de sonneries de portables wagnériens, brises marines apportant en sus l'annonce d'alléchantes promotions, lacs irisés reflétant les incitations au meurtre de quelques cartouches de tabac, maëlstrom de merde.
Le réel, c'est ce qu'il nous reste quand nos désirs ce sont retirés, lorsque seule la fenêtre grillagée des oppressions médiatiques nous convainc encore, et que sous nos applaudissements, le clown assure qu'il rit vraiment de bon coeur, quand à chaque instant, le front en sueur, il calcule. Le monde moderne ne nous a laissé, sous les diarrhées de gloses, sous la tyrannie du franc-parler et de la langue décomplexée, que le silence en partage, réprobateur ou complice, ou plutôt les deux ensemble.
Notre enfer est celui-là, être toujours davantage sceptique et spectateur.
Le samouraï, de Jean-Pierre MelvilleBeing there, de Hal Ashby


