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06/09/2007

DEVOLUTION

Autrefois, Sardou chantait sourdement sur du Dabadie, qu'il est bien difficile de vivre quand ce sont "les mamans qui s'en vont". Lorsque les femmes ont appris à quitter, l'une puis l'autre, sporadiquement puis en masse il y a quelques décennies, toujours mieux désorientées, happées, sollicitées par le fantasme de l'autonomie, le mirage de l'indépendance, le simulacre du choix, le silence a commencé. Celui précisément qui s'étend dans le tumulte.
Sous le harnais, la nature aussi marque le pas, et devant nos regards d'orpailleurs, ne survivent plus que quelques pièces de musée qui font leur numéro muet, sous la mitraille de japonais aux mèches teintes, sous la férule de quelques conservateurs trop soucieux pour être honnêtes, pépiements entrecoupés de sonneries de portables wagnériens, brises marines apportant en sus l'annonce d'alléchantes promotions, lacs irisés reflétant les incitations au meurtre de quelques cartouches de tabac, maëlstrom de merde.
Le réel, c'est ce qu'il nous reste quand nos désirs ce sont retirés, lorsque seule la fenêtre grillagée des oppressions médiatiques nous convainc encore, et que sous nos applaudissements, le clown assure qu'il rit vraiment de bon coeur, quand à chaque instant, le front en sueur, il calcule. Le monde moderne ne nous a laissé, sous les diarrhées de gloses, sous la tyrannie du franc-parler et de la langue décomplexée, que le silence en partage, réprobateur ou complice, ou plutôt les deux ensemble.
Notre enfer est celui-là, être toujours davantage sceptique et spectateur.

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Barton Fink, de Joel et Ethan Coen
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Le samouraï, de Jean-Pierre Melville
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Being there, de Hal Ashby

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Commentaires

And then, it was over.

Écrit par : Kate | 06/09/2007

Ah, Ludovic, il y a au moins deux choses que j'aime chez vous : votre plume (ou votre clavier, comme vous l'entendez - quoi que je préfère de loin le bruissement d'une plume sur une feuille rebelle -) et votre lucidité.
Ceci étant, si vous me permettez : l'enfer est bien ce monde sans silence. Chaque être de notre étrange espèce ne partage plus rien avec son semblable... Donc, oui, Kate, "And then, it was over"

Écrit par : Thierry | 07/09/2007

Merci Thierry. Nous sommes bien d'accord : silence des relations dans le brouhaha des communications.

Écrit par : Ludovic | 07/09/2007

Cette Coupable complicité est le monde moderne même. (proposition réversible)

Écrit par : Anonyme | 07/09/2007

Très beau texte dont la justesse d'écriture m'enchante, mais qui me semble trop pessimiste, car tout revient toujours, et la joie aussi.

Écrit par : Frédéric | 07/09/2007

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