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13/11/2008

PARCOURS

27920.jpgLe parcours commence par la délectation : pister les indices, regrouper les preuves, rassembler les signes ; le sens importe peu. Il y a dans les intrigues, puis dans l'architecture des films, de quoi s'émerveiller de jeux de pistes, d'interférences et de reflets. Dans les méandres de ce qui se dissimule sur l'écran peut naître une jouissance toujours brève mais inlassablement reprogrammée. L'écran est un cache qu'il faut savoir déplacer.

ph050297.jpgEnsuite seulement l'amour vient s'en mêler. Amour des formes qui nous ont fascinés, amour des êtres qui nous y ont amenés. Les histoires amoureuses favorisées, brisées, relancées par les films qui les ont accompagnées se mêlent aux récits et aux choix esthétiques de ces oeuvres pour ne plus faire qu'un. Il y a ainsi les années Godard où l'on aime avec paradoxes, les années Carax où l'on aime jusqu'au bout, les années Guédiguian où l'on aime sans illusion etc... Derrière l'écran, les sentiments bousculés s'enchevêtrent. Le cinéma est un art d'aimer et la cinéphilie une répétition générale.

tenebrae2.jpgMais à force de redites et d'impasses, les rencontres ne ravissent plus. Il nous faut pénétrer, littéralement, dans le psychisme des êtres qui nous aiment et que l'on assure aimer, connaître leurs raisons, s'appesantir sur leurs motifs, et plus aucun film n'est innocent. Derrière les formes envoûtantes se tapissaient en fait de tristes manigances. Le cinéphile est en échec permanent, car la peur est entrée dans sa chambre et l'enfance est bien loin. L'écran ne laisse plus passer que son regard inquiet, à jamais dessillé.

le_prisonnier_8.jpgAlors tout s'enchaîne. On couche toujours avec les mêmes morts et l'accumulation ne guérit plus. Les théories s'affrontent et s'excluent. Les niveaux de réalité se brouillent tandis que les rêves finissent tous en fondu au noir. Les films comme autant de stigmates, les ruptures et les trahisons comme autant de plaies à chérir avec complaisance. Tenus à la gorge, recouverts d'images, le passé, pour nous, ne passera jamais plus. L'écran semble nous avoir englués pour toujours et les films sont nos volets de fer.

trou2.gifLa brèche est là, définitivement. Si le coeur se brise ou se bronze, parfois simplement il s'absente. Tout est relatif et plus rien ne s'ordonne, sauf quelques instants, quelques plans, précieusement collectés. Une vision inattentive mais panoptique, la seule qui vaille encore, nous permet de recueillir quelques lambeaux de poésie. Un corps, un film, tout peut arriver si l'on ne s'approche pas de trop près, ni trop longtemps, si l'on sait contourner les refrains morbides.

trou.gifEt puis un jour tout s'éteint et tout flambe, dans un grand rire ni cynique ni gai, juste libre. Le cinéma percé de part en part ne repassera plus les plats. Le cinéphile a tout oublié, même ce qu'il avait détruit, même ce qu'il avait adoré. Il n'y a plus aucun écran entre lui et le monde. Il était temps.





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1) La ronde de nuit, Peter Greenaway
2) Une journée particulière, Etorre Scola
3) Ténèbres, Dario Argento
4) Le Prisonnier, série TV de Patrick Mac Goohan
5) et 6) Little Odessa, James Gray

11:43 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : greenaway, scola, gray, le prisonnier | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

Commentaires

De bien beaux draps !

Écrit par : Clarisse | 13/11/2008

Il s'agit de faire son trou à bon escient n'est-ce pas ? La cinéphilie menant à tout à condition d'en sortir. Très beau parcours.

Écrit par : Jacques Radiz | 13/11/2008

L'esthétique de cette note me ravit, même si elle suppose, je crois, d'avoir vu ces différents films pour en apprécier chacun des moments (dans l'existence d'un cinéphile et d'un homme), qui vont du jeu au détachement en passant par l'effroi. Si je ne me trompe, par le trou du drap du film de James Gray, on découvre l'inattendu cadavre du personnage principal et chez Greenaway, les draps qui sèchent sont le lieu de la révélation du complot etc...

En tous cas, bravo !

Écrit par : Eléonore | 15/11/2008

Moi, j'en suis au stade 2, je m'y reconnais totalement !

Écrit par : Pépy | 17/11/2008

Merci à vous !

Écrit par : Ludovic | 17/11/2008

Pour compléter et actualiser votre corde à linges, je vous suggère d'y ajouter les draps du mystérieux et intrigant Quatre nuits avec Anna de Jerzy Skolimowski.
Draps d'un amour qui ne peut s'avouer qu'au cœur de la nuit quand la Belle est au bois dormant d'un sommeil forcé...
Ce film est assez déroutant dans sa première partie par son instabilité de genre. Puis il vire au Chunking Express tragi-comique. Les références à WKW sont assez flagrantes mais discrètes.
Si vous ne l'avez vu, je vous le conseille vivement, c'est une belle découverte.

Écrit par : Phil | 29/11/2008

J'aime beaucoup Skolimowski, Phil, et j'espère voir bientôt, surtout au vu de ce que vous en dites, cet opus...qu'on n'attendait plus !

Écrit par : Ludovic | 30/11/2008

Les commentaires sont fermés.