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10/06/2009

COMMUNICATION

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La frustration de l'homme moderne quant au silence préalable de corps pourtant si proches, quant à leur outrageant mutisme différant sans cesse la reconnaissance, le conduit vers l'élucidation, du moins sa tentative, perpétuelle, puis vers la recréation confortable du monde, cette fois immédiatement accessible et qui plus est réactif à la seconde.

Le cinéma, parmi d'autres techniques, est ainsi devenu une manière de parler à la place des autres, de faire enfin parler les corps, de leur faire rendre gorge, le corps de ces Autres qui ne disent jamais leur vérité sans modifier la nôtre, et qui de ce fait doivent être peu à peu remplacés par les télé-images de Baudrillard, enfin distantes et obéissantes dans le même mouvement, visibles sans péril et manipulables sans limites.

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"Nous vivions dans l'imaginaire du miroir, celui du dédoublement et de la scène, celui de l'altérité et de l'aliénation. Nous vivons aujourd'hui dans celui de la contiguité et du réseau. Toutes nos machines sont des écrans, nous-mêmes sommes devenus écrans, et l'interactivité des hommes est devenue celle des écrans. Rien de ce qui s'inscrit sur les écrans n'est fait pour être déchiffré en profondeur, mais bien pour être exploré instantanément, dans une abréaction immédiate au sens, dans une circonvolution immédiate de pôles de la représentation.

La lecture d'un écran est tout à fait différente de celle du regard. C'est une exploration digitale, où l'oeil circule selon une ligne brisée incessante. Le rapport à l'interlocuteur dans la communication, au savoir dans l'information est du même ordre : tactile et exploratoire. La voix dans la nouvelle informatique, ou même au téléphone, est une voix tactile, une voix nulle et fonctionnelle. Ce n'est plus exactement une voix, de même que pour l'écran, il ne s'agit plus exactement d'un regard. Tout le paradigme de la sensibilité a changé. Cette tactilité n'est pas le sens organique du toucher. Elle signifie simplement la contiguité épidermique de l'oeil et de l'image, la fin de la distance esthétique du regard. nous nous rapprochons infiniment de la surface de l'écran, nos yeux sont comme disséminés dans l'image. Nous n'avons plus la distance du spectateur par rapport à la scène, il n'y a plus de convention scénique. Et si nous tombons si facilement dans cette espèce de coma imaginaire de l'écran, c'est qu'il dessine un vide perpétuel que nous sommes sollicités de combler. Proxémie des images, promiscuité des images, pornographie tactile des images. Pourtant, paradoxalement, l'image est toujours à des années lumières. C'est toujours une télé-image. Elle est située à une distance très spéciale qu'on ne peut définir que comme infranchissable par le corps. La distance du langage, de la scène, du miroir est franchissable par le corps - c'est en celà qu'elle reste humaine et qu'elle prête à l'échange. L'écran lui est virtuel donc infranchissable. C'est pourquoi il ne se prête qu'à cette forme abstraite, définitivement abstraite, qu'est la communication
."

(Jean Baudrillard, La Transparence du Mal)

Commentaires

- Le miroir est le symbole ancestral de la musique et du syllogisme, de la réthorique. Il vaut donc aussi bien pour le cinéma, ultime mirage. Quand je dis que le cinéma n'est pas de l'art, c'est au sens grec où la rhétorique n'est pas de l'ordre de l'art mais de la démonstration.
Pour tenir le cinéma pour un art, il faut au préalable tenir la rhétorique pour un art. Platon lui-même, aussi décadent soit-il et prédestiné à plaire aux barbares romains, ne peut dissimuler le lien entre la rhétorique et la polémique.

La seconde partie est encore plus mensongère puisque la cinématique consacre au contraire une conception de l'oeil comme une "camera obscura" et non pas, surtout pas comme un organe ! L'optique de Newton dont dérive la cinématique est très puritaine. Et la fée électricité, fille du magnétisme, est une attraction "à distance". De "proche en proche" dans la théorie de Robert Maxwell veut dire successivement, non pas qu'il y a vrai (ou faux) contact. Le paradoxe de l'électricité, qui fait furieusement penser à Hegel et à Heidegger en tant que "statique mouvante", ce paradoxe se cache dans le flux (le quidam ne verra pas forcément que l'officier SS est un officier de marine). On ne peut pas séparer le cinéma des (ingénieux) frères Lumière, pas plus que de la "camera obscura" puritaine.
D'ailleurs la doctrine animiste des Milésiens eux-mêmes (afin de faire le lien entre vos "éléments" et le "néant" cinématographique) constitue déjà si on la compare à l'animisme le plus primitif, une mutation puritaine du goût et du toucher vers l'ouïe.

S'il y a un truc qui est transparent, c'est bien le truc de Baudrillard. Lisez plutôt Shakespeare, mille fois plus moderne.

Écrit par : Lapinos | 10/06/2009

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