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05/05/2010

ART DE DROITE ?

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"Si l'une des caractéristiques intrinsèques du cinéma consiste à louer, concrétiser des abstractions, sanctifier, rendre héroïque, alors cela signifie que les films ne sont pas capables de critique rationnelle. Ils sont par nature incapables de faire preuve d'objectivité, d'analyser une situation sociale, d'aller à la racine du problème sans trouver immanquablement le héros de la situation.
(...)
Scorsese filme de Niro, Coppola filme Martin Sheen et Brando, Morrissey et Wharol filment Delassandro de la même façon que Riefenstahl filme ses athlètes. Sa tendance à la glorification, sa façon de transcender, sa prédilection pour l'émotion plutôt que pour la raison, sa proximité avec l'esprit d'Heidegger (mort l'année de la réalisation de Taxi Driver) laissent penser que le cinéma est un art de droite"
(Mark Cousins, "Les acteurs sont de gauche mais le cinéma est de droite", in Courrier International, Mai 2001)
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Commentaires

Passionnant, merci. Mais alors, quelle forme a pris/prend/pendra un cinéma de gauche? Il faudra y revenir.

Écrit par : Griffe | 05/05/2010

Curieux cette volonté de tout mettre dans deux cases alors que tout est multiple changeant comme le ciel qui en fait ne nous tombe jamais sur la tête quoiqu'on puisse en dire...

Écrit par : laurence | 05/05/2010

S'il existe un art dont l'idéologie est de gauche, c'est bien le cinéma. Avec des exceptions, bien sûr, comme Gladiator ou Fight Club, pour ne prendre que deux exemples. Mais globalement, le curseur est à gauche, surtout en France. Je me rappelle les débats à propos de La Passion du Christ de Mel Gibson : fallait-il distribuer ce film ? Seul un distributeur indépendant a eu le courage de le faire, grâce à lui les Français ont pu voir ce film. Quant à Katyn d'Andrej Wajda, il n'y a même pas eu de débat et le film n'a pas été visible, sauf dans quelques salles. Apparemment cette oeuvre dérange.

Écrit par : Sébastien | 06/05/2010

En effet, Griffe, et dans ce cas, à quel moment un film délaisse-t-il la fascination pour l'analyse ? Du moins si l'on retient la dichotomie (contestable à mon avis) que fait Cousins entre l'art de gauche et celui de droite.

Je ne crois pas, laurence, que la multiplicité annule les pôles, mais il est vrai que la tendance binaire est parfois pénible.

L'article de Cousins, Sébastien, parle moins du contenu des films que de leur forme, cette façon d'héroïser les récits, de sanctifier certains personnages (comme peut le faire un cinéaste "de gauche" comme Ken Loach) lui semble représenter une esthétique de droite.

Écrit par : Ludovic | 06/05/2010

« Sa tendance à la glorification, sa façon de transcender, sa prédilection pour l'émotion plutôt que pour la raison… » Mais l’émotion et la glorification ne sont pas synonymes, ni ne vont de pair. Pour preuve Brecht, dans les pièces duquel l’émotion vient de la confrontation de multiples existences et consciences, de leur enchevêtrement dramatique, et non de l’identification à un héros. Mais alors, que serait un cinéma brechtien ? On en a des exemples : les tragédies sociales de Griffith et Ford (qui donc est le héros de « Qu’elle était verte, ma vallée » ?), les documentaires de Dziga Vertov, les films de Mizoguchi (le plus grand cinéaste marxiste d’après Jean Douchet), ceux de Lang, de Satyajit Ray, de Godard, de Straub & Huillet, de Peter Nestler, de Chabrol (« La Cérémonie », le dernier film marxiste selon son auteur), « L’Argent » de Bresson, et beaucoup d’autres (par ex. un très beau film documentaire qui sortira en octobre et qui s’appelle « Entre nos mains »), tous ceux qui, selon le vœu de Brecht, rappellent qu’il y a une « sensualité de l’Histoire ».
A Laurence : oui, il y a des camps. Pas ceux, fictifs, de la politique politicienne (exemple risible en Angleterre avec l’actuelle bataille entre libéraux de droite, libéraux du centre et libéraux de gauche), mais deux camps, que sépare une frontière bien nette. Il y a d’un côté ceux qui veulent (r)établir l’ordre, parce que l’égoïsme des hommes est indépassable et qu’il faut une force extérieure pour le régler, c’est la droite, et de l’autre ceux qui jugent qu’il est dans le pouvoir des hommes de dépasser leur égoïsme autrement qu’en se choisissant des chefs ou des dieux ou des dogmes, c’est la gauche. Or, y a-t-il aujourd’hui autre chose qu’une droite triomphante et une gauche théorique ? C’est la grande question.

Écrit par : Griffe | 06/05/2010

La gauche aussi a ses icônes. Il y a un lyrisme progressiste et Ken Loach en est la parfaite illustration. Héroïser n'est pas le propre de la droite. Si le progressisme est une religion, comme je le pense, alors elle a besoin de saints pour incarner ses idées. Je ne suis pas d'accord avec Mark Cousins. Voyez Eisenstein, qui glorifie le peuple dans Octobre, et qui célèbre par ailleurs Alexandre Nevski ou Ivan le Terrible, sans qu'il y ait de contradiction. Vous n'allez pas nous faire croire que le cinéma d'Eisenstein est de droite.

Écrit par : Sébastien | 06/05/2010

Il s'agissait là d'une courte citation de son article, mais le propos de Cousins est bien celui-là : l'esthétique cinématographique est "de droite", selon ses critères, et ce depuis au moins Eisenstein ! Le problème vient à mon avis de ses idées reçues quant à ce qu'est la gauche (réfléchie et pondérée, cherchant à expliquer, puis à contester les hiérarchies) et ce qu'est la droite (emportée et mystique, imposant au contraire, et défendant, des hiérarchies). Je tiens aussi à préciser que passant mon temps à écrire contre "l'esthétique de fascination" et ses capacités manipulatoires, je suis clairement, selon Cousins, un critique "de gauche".

Écrit par : Ludovic | 06/05/2010

En tout cas, il me semble que c'est plus à droite que la niaise dichotomie de la raison et de l'émotion (se réservant celle-là) est partagée.

Écrit par : Préau | 13/05/2010

Oui, c'est juste, et cette dichotomie est relativement absurde, ne serait-ce que sur le plan neurologique !

Écrit par : Ludovic | 13/05/2010

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