Il y a en tout homme cet âne qui se lamente et ce singe qui grimace, l'un pleurant bruyamment sur son sort et l'autre n'ayant de cesse de s'agiter en tous sens, agressif ou hilare. A leurs exigences de deuil, de fête ou de rixe, il faut savoir résister : les tenir à distance dans leur cage sans toutefois les renier, et puis les visiter de temps à autre, comme de vieux parents connus par coeur dont on sait toutes les ruses.
Cette femme qui trébuche dans la rue piétonne me lance un regard si vif que j'hésite à lui porter secours ; sans doute m'en veut-elle de se montrer en si fâcheuse posture, à moins qu'elle ne me reproche ainsi de ne pas intervenir plus vite. J'opte pour la seconde hypothèse mais s'accrochant à mon bras, elle m'apparaît en pleine lumière, les yeux vides, pratiquement aveugle. Ce regard si pénétrant, l'a-t-elle vraiment eu ou l'ai-je construit de toutes pièces ?
Le cinéphile a quelques combats à mener avant d'oser se souvenir sans regretter et découvrir sans reconnaître, mais une fois qu'il y est parvenu, les films enfin sont à lui.