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12/04/2011

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Elle a de belles dispositions mais ne tient pas ses promesses : ses mensonges ne parviennent jamais à l'embellir durablement.

On ne peut mieux comprendre l'usage proprement diabolique des mots et des concepts aujourd'hui à l'honneur (le sens inverti, le signe glorifié, l'oxymore éducatif et la valeur renversée) qu'en découvrant que l'auto-biographie de Luc Ferry s'intitule L'Anticonformiste.

Dans Shutter Island, il y a cette séquence qui peut tout aussi bien se lire comme un défaut de script, que comme un indice sur la distorsion du réel qu'expérimente le personnage joué par Leonardo di Caprio : il s'agit d'une conversation entre ce dernier et un individu retenu derrière les barreaux d'une cellule. Le champ/contrechamp, plusieurs fois répété, contient une erreur flagrante, puisque le prisonnier se frotte le crâne lorsque le plan est sur lui, tandis qu'il ne le fait pas lorsque Di Caprio est cadré de face. Finalement, ce doute entre une "erreur" de mise en scène et une symbolique ostensible sur la diversité des points de vue, court sur la totalité du film de Scorsese, dont la forme parfois à la limite du kitsch et du bon goût, au découpage incohérent et aux ruptures de rythme, nous fait sans cesse hésiter entre deux explications : la crise esthétique d'un cinéaste et celle existentielle de ses personnages.

Commentaires

Pourtant Luc Ferry est un dur, un tatoué, un rebelle, vous savez...
Il est anticonformiste entre les lignes, dans le blanc de la page.

Écrit par : pradoc | 12/04/2011

Oui, je sais bien, un type capable si on le contrarie de ne plus répondre de rien, de laisser libre cours à son moi primal, de devenir... Comte-Sponville !

Écrit par : Ludovic | 12/04/2011

on 104.1: Je parie que c'est une voiture dont il s'agit ;)

on 104.3: Tiens je me posais une question de ce genre l'autre jour, en voyant "Je n'ai rien oublié" de Bruno Chiche. A l'hôpital, Depardiou vient d'être amputé de deux orteils gelés, pourtant il est chaussé de mignonnes charentaises et ne claudique guère plus qu'avant l'opération. Pas sûre qu'il y ait là un message du réalisateur, mais c'est pas grave !

ps - film avec défauts, mais Gégé est sensationnel : la façon dont il "joue" (exprime) avec ses doigts, ses grosses mimines, moi je craque !

Écrit par : tilly | 12/04/2011

Très juste, le propos sur Shutter ISland, mais moi je parierais davantage sur la crise esthétique d'un cinéaste techniquement balourd : ceux qui défendent le "kitsch" des visions qu'a le personnage, comme étant consubstantiel à sa propre distorsion de la réalité, se trompent : elles existaient déjà dans A tombeau ouvert, tou comme les erreurs de champs/contrechamp sont évidentes dans la Valse des pantins !

Écrit par : Venère | 12/04/2011

En effet, tilly, message ou pas c'est la question, avec Scorsese, la faute de grammaire (ou de goût) devient au pire un lapsus révélateur, au mieux une fine intention, c'est un peu la limite de son cinéma, enfin surtout sa dernière période. (j'ai l'impression que depuis Mammuth, Depardieu joue moins en roue libre, avec plus d'amour pour ses rôles, non ?)

Cela ne m'avait pas frappé pour la Valse des pantins, Venère, mais en effet le champ/contrechamp, surtout au début du film, y est incessant ; j'y retournerai voir.

Écrit par : Ludovic | 12/04/2011

Les commentaires sont fermés.