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30/03/2010

L'HOMME QUI ARRETA D'ECRIRE (2/5)

Précipité d'un lieu à l'autre dans le sillage d'un blogueur et de quelques jolies femmes, le narrateur virevolte en vitesse, une semaine durant, une décennie durant, ne cessant de perdre ses repères devant chaque nouvelle installation post-moderne et de retrouver ses maîtres en littérature dans la moindre ruelle parisienne, créant ainsi une sorte de surplace exténuant et grandiose, sous le joug de ce temps qui change tout, qui n'est plus celui de personne, puisque désormais « ce n'est même pas que rien ne soit comme avant, c'est que rien n'est plus comme tout de suite ». Tout est là devant nos yeux. Toutes les niches et les recoins où le moderne se dissimule pour noyer son chagrin (et son prochain) sont passées en revue. Spectaculaires, absurdes, inouïes, attachantes, odieuses. Tout paraît vrai dans ce voyage d'Alain au pays des Modernes, et pourtant rien ne nous est donné avec la morgue de l'auto-fiction, car ce périple dans de vrais lieux et avec de vrais gens (comme disent tous les faux culs) est d'abord un poème somnambulique, parnassien, métonymique en diable. A partir de situations tout à fait vraisemblables et qui semblent constituer un nouveau tome de son Journal, Nabe bifurque soudain vers le burlesque, prolonge dans l'insolite, dérape sur la digression, enveloppe d'onirisme. Ainsi donne-t-il la preuve qu'un grand roman est oxymorique ou n'est pas : c'est un journal intime qui ne se prend plus au sérieux, une enquête journalistique avec de l'audace et du style (et la première audace est d'avoir du style), une chronique mondaine métaphysique, un portrait de groupe égocentrique.

Comme dans les pérégrinations d'Alice, le narrateur désemparé et velléitaire s'empresse puis ralentit, discourt sans pause ou dort profondément, guette et s'affale, éprouve dans sa chair les désastres du monde en même temps qu'il nourrit son esprit de leur beauté. C'est beau un désastre, mais à condition d'avoir assez de cœur pour l'identifier. Par l'entremise de quelques objets transitionnels (sac à main, poussette avec bébé, portable) qu'il s'agit de rendre à leur propriétaire, le principe de découverte s'avère comparable à celui employé par Lewis Carroll, d'une folie logique poussée à son comble, puisque ce qui permet au narrateur de passer le miroir, de se retrouver en plein dans le monde, est le choix d'arrêter d'écrire, ce qui ne sera pas sans conséquence loufoque, car c'est bien toute écriture que le narrateur a souhaité stopper, et pas uniquement celle de l'écrivain.

(A suivre)

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