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  • IN MEMORIAM

    pierre shoendoerffer, objectif 500 millions

    En séquence d’ouverture, un certain Reichau (Bruno Cremer) se rend en haut d’un immeuble avec la manifeste intention de tuer à la carabine un individu marchant dans la rue. Un néon instable, qui s’éteint puis se rallume, entraîne plusieurs fondus au noir desquels son pâle visage ressort à chaque fois différent : attentif, hésitant, inquiet et enfin renonçant. Ce qui causera, une heure et demi plus tard, sa perte.

    En ce milieu des années 60, l’incertitude quant à la culpabilité ou l’innocence de tout individu est entrée peu à peu au cœur des fictions, jusqu’à être expressément incarnée par le personnage principal. Dans Objectif 500 millions, le heurt du montage assure d’emblée la collaboration séduite du spectateur à un dilemme moral dont il ne sait pourtant encore rien. Dans ce polar méconnu témoignant des défis syncopés de la Nouvelle Vague, c’est tout naturellement le décor et ses accessoires, le milieu naturel enfin rendu à sa supposée vérité, qui proposent les formes aptes à suivre voire engendrer l’évolution des personnages. L’intolérable ambiguïté quant à l’emplacement intime de la frontière du mal se nourrit tout naturellement d’extérieur(s).

    Pour Schoendoerffer, et pour les films de ce «nouveau cinéma», la topographie des lieux, paradoxalement rendue par la fétichisation du montage, compte autant que les passions qui s’y déchaînent et les conflits qui s’y inscrivent. Sans ce néon au fonctionnement intermittent, Reichau tue sa victime et le film n’a pas lieu.

    pierre shoendoerffer, objectif 500 millions

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  • ARIANE MENT

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    Maigrichonne Ariane, que l’on ne saurait par où saisir pour avoir quelque chose sous la main, Ariane a un crâne qui affleure sous la peau – mais une peau dont le grain est de beauté – la beauté même – celle qui ment – et Ariane ment – elle ment, comme la beauté qui ne dure pas – elle ment d’aimer – mentir, c’est le moyen sans lendemain d’accorder les désirs de même nom mais de sens différent – Ariane s’invente un personnage de fiction pour séduire un homme qui ne goûte que la chair fraîche – folie ? – peut-être pas – il en va de certains mensonges comme de la beauté : savoir le néant qu’ils cachent, loin de les flétrir, les fait préférer à tout – les détours de la vieille vie auront beau éventer le romanesque d’Ariane, mettre bas ses masques, et montrer nu son crâne, rien ne pourra faire, à la fin, que le jouisseur, homo erectus moyen, celui qui porte un gland en guise de tête, ne choisisse de se blottir, cœur brisé, comme dans une cachette, au fond de ses yeux d’amande amère.

    (Jacques Sicard)

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