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13/07/2010

PAUSE

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A qui n'a pas subi sur lui
Cette caresse,
A qui n'a pas touché du doigt
Cette herbe épaisse
Qui frissonne et se courbe
Comme avant
Mais ces trous sont ses yeux
Par où passe le vent

Et tout ceci finit par m'être indifférent.
Peut-être disparaître
Dans le pli du néant,
D'avoir été ensemble,
De n'être plus
Que ce qui dans les larmes
Et dans l'eau se dilue

(Gérard Manset, A qui n'a pas aimé)

27/11/2008

GAGNANT GAGNANT

Une parade chasse l’autre. Le festival de Cannes est toujours pour bientôt. Je me souviens des trois palmes d’or de Barton Fink, quatrième opus des frères Coen, décernées par Roman Polanski, il y a quinze ans de cela. Avec son hôtel kubrickien, ses silhouettes faulknériennes, ses sous-entendus minelliens, ses plans anodins délivrant soudain leur sens caché, ce film sonnait comme un écho lugubre aux fantaisies pourtant déjà mélancoliques d’un Billy Wilder contemplant Hollywood. Les Coen distribuaient alors avec élégance de copieuses gifles à l’engeance du Show et de ses plus ardents producteurs. Attentifs à suivre littéralement le trajet d’un moustique, brûlant sans hésitation leur décor, additionnant les entorses aux logiques scénaristiques les plus éprouvées, ils osaient mettre en abyme la définitive vacuité de leur incontestable savoir-faire technique.

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Le formalisme enfin devenait inquiet. Bien sûr, grâce à Aldrich, Renoir, de Palma ou Greenaway, nous connaissions déjà le poids de l’artifice et les dangers conséquents de la fascination. Se joignant à ces maîtres en désillusion, les frères Coen parlaient à leur tour, sans avoir l’air d’y toucher, de création et de dévastation, de simulacres auto-engendrés et de systèmes viciés, nous présentant un cauchemar en bonne et due forme.

Derrière le papier-peint qui anormalement se décollait par endroits, on pouvait toujours, pour se rassurer, chercher les cafards de la fable politique de Romero (Creepshow) ou les maléfices des Mères d’Argento (l’iris peint sur la cloison de Suspiria, le décorum morbide de la maison d’Inferno), tandis que sous l’apparence maniériste de métaphores tendant vers l’abstraction, n’apparaissait in fine à l’écran que l’univers mental d’un tout petit monsieur, Barton Fink, intermittent piteux d’un Spectacle en pleine démesure, à tout jamais gagnant.

09:24 | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : barton fink, joel et ethan coen | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |