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19/03/2009

KAMASUTRA

Le problème avec l'actuelle représentation du sexe à l'écran, c'est la lourdeur symbolique qui l'accompagne presque invariablement et qui permet de juger les intentions des protagonistes et leur position (si l'on peut dire) dans l'échelle des valeurs du film, qui permet surtout de les caractériser sans échappatoire possible, autrement dit de les classer, loin d'une quelconque perspective érotique, en bonne concordance avec la conception utilitariste du sexe qui aujourd'hui prévaut, et les tentations matriarcales qui en découlent.

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Ainsi par exemple dans Les liens du sang de Jacques Maillot, retraçant quelques faits de la vie de deux frères, l'un truand instable, l'autre policier intègre, peut-on trouver trois scènes sexuelles qui résument ce qui leur tient lieu d'habillage psychologique :

La position de la Levrette, la plus représentée dans le cinéma pornographique, est également devenue depuis la fin des années 80 un passage obligé des coïts du cinéma traditionnel lorsqu'il s'agit de dépeindre un homme hâbleur, misogyne ou méprisant (A vendre ; Podium ; Le bonheur est dans le pré). Très logiquement, elle réunit ici le bandit avec son ex-femme, qu’il a par le passé mise sur le trottoir, et qu’il retrouve lors de la création d’un nouveau réseau de prostituées, dont elle serait cette fois l’unes des proxénètes. Elle le hait pour tout ce qu’il lui a fait mais accepte cette nouvelle dépendance. On ne peut mieux suggérer que c'est par la maîtrise des codes et sa suprématie financière que l'homme garde le pouvoir. Leur brève union, forcément animale et humiliante, ne saurait être que celle-ci.

La position du Missionnaire demeure quant à elle la plus couramment utilisée dans les scènes naturalistes d’un certain cinéma français (de Blier à Dumont), où il s’agit de montrer le caractère machinal de la libido masculine, qui fait disparaître au propre comme au figuré le corps de la femme, mais ne peut empêcher le visage figé de celle-ci, en gros plan durant l’assaut. L'homme est clairement décrit comme n'étant mû que par son désir et c'est bien cela son drame, désir sans grande complexité à l'inverse de la mystérieuse attente féminine. Elle réunit ici le bandit avec une jeune serveuse qu’il a séduite mais qu’il semble aimer sincèrement, puisqu’il ne lui proposera jamais de "travailler" pour lui. Il se mariera même avec elle un peu plus tard, mais lui cachera toujours son passé et ses activités illégales. Sa sincérité ne va malheureusement pas jusqu'à la transparence, et ce n'est qu'ainsi qu'il devra aimer sa partenaire.

La position du Lotus a fait les beaux jours des films érotiques des années 70 mais également des couvertures des manuels d'entente amoureuse et autres B.A BA d'harmonie sexuelle. Elle est malgré tout rarement employée aujourd'hui où la suprématie féminine est plus clairement décrite par l'Andromaque, passage obligé de pratiquement tous les films hollywoodiens qui comportent un personnage féminin manipulateur, une déesse ex machina. Dans le Lotus en revanche, si la femme garde en principe l'avantage, les deux corps se font face dans une certaine identité physique, dans la symétrie et finalement l'indifférenciation. Logiquement, elle réunit ici le couple modèle, celui du policier noblement épris, jamais insistant, et la femme qui l'avait autorisé à l'aimer.

11:38 | Lien permanent | Commentaires (35) | Tags : les liens du sang, jacques maillot, kamasutra | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |