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15/10/2009

PRISONNIER (3)

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Le monde souterrain du Village en représente la face cachée, avec ses salles circulaires où tout se décide et s'observe, ses longs couloirs qui relient entre eux des réseaux et des hiérarchies, permettant plans et projets. Sa population inattendue, sensiblement différente des villageois qui déambulent en surface, est faite de fous hilares ou en larmes, comme de soldats robotisés agissant sans réfléchir. Ces éléments pourraient alors ne former rien d'autre que la métaphore d'un cerveau, avec sa traditionnelle tripartition : cognitive (la pensée), psychique (les émotions de l'âme) et physique (les instincts du corps). Dans ces conditions, savoir qui est le N°1 reviendrait à tenter de connaître, aux confins de la neurophysiologie et de la métaphysique, qui gouverne et qui pense, c'est-à-dire qui dit « Je » en soi. Y a t-il un esprit distinct du cerveau qui aurait pouvoir sur lui (de surveillance, de contrôle, d'organisation) ou ne sommes-nous que des automates conscients, agissant machinalement, sans libre-arbitre réel mais avec l'illusion d'une volonté entretenue par la conscience de soi ? Les épisodes surenchérissent sans fin sur le principe hiérarchique, du Professeur au Général, du sous-Comité au Comité, du Roi au Juge, des N°2 au N° 1, et le Village nous fait passer habilement de l'allégorie de toute une société à la mise en images de la psychologie d'un individu, avant d'aboutir aux conflits d'hypothèses sur le fonctionnement du cerveau humain.

De la prodigieuse entreprise de Patrick McGoohan aux réflexions de Raymond Abellio, il n'y a, on l'aura compris, qu'un pas : pour se libérer des perceptions faussées de notre moi naïf (et ainsi du piège des sociétés faussement libératrices), il faut toujours qu'une partie de nous-mêmes s'extrait de la sphère sénaire (qualifiée de "structure absolue") qui règle tous nos actes et nos comportements, afin qu'émerge l'homme intérieur, le Je enfin délivré de l'ego, libre de toute immatriculation. "Je ne suis pas ce que j'ai l'impression d'être, énonce Arnaud Desjardins dans Dialogue à deux voies, je ne suis pas Pierre. Mais habituellement, je suis Pierre, je suis solide. La transparence de l'ego, c'est l'expérience que dans le " p ", dans le " i ", dans le " e ", dans les deux " r " et dans le " e " final, il n'y a pas quelqu'un. C'est l'expérience que ce à quoi je m'identifie - cette carte d'identité qui comprend un nom, une date de naissance, une certaine situation sociale, certaines adhésions intellectuelles - n'a qu'une réalité conventionnelle."

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