Je me souviens des masques d’animaux que portaient en toutes circonstances les acteurs dirigés par les Dark Bros
Je me souviens du clou dissimulé dans la barre de nougat gagnante, à l’entracte du Vendôme
Je me souviens de la buée sur la vitre masquant les pleurs de Lulu, à l’aube de l’an 2000, au tout dernier plan d’Heimat 3
Je me souviens des chaussures suspendues de Big Fish , comme autant de renoncements cachés aux regards
Je me souviens des listes patiemment égrenées, violemment inutiles et infiniment troublantes de chacun des films de Peter Greenaway
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HYPERMNESIE (4)
Je me souviens chez Hawks d’un aveu d’adultère précipité devant les yeux écarquillés d’un soldat trompé, paraissant découvrir sa femme en train d’embrasser un autre homme, alors qu’aveugle depuis peu il n’avait en fait rien vu
Je me souviens des très petits seins de Louise Brooks s’échappant avec véhémence de son corsage
Je me souviens des grimages de Sean Penn, identiques du père outragé à l’avocat véreux et cependant bouleversantes
Je me souviens des passagers de l’Omnia, fuyant jusqu’aux regards-caméra de Brigitte Lahaie et d’Olinka
Je me souviens de Big Tuna, la ville de motels puant le vomi, tombeau de la civilisation occidentale et raccourci effarant du déclin américain, qui vit pour la première fois Sailor ne pas désirer posséder Lula
Je me souviens des émouvants échafaudages mal dissimulés d’Intolérance
Je me souviens de la chute de Carax, dérapant sur la neige juste avant d’atteindre sa caméra
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HYPERMNESIE (3)
Je me souviens de la brièveté du rire de Donna Reed
Je me souviens des vaches blessées de La Horse
Je me souviens des diagonales volontairement instables des travellings des années 70
Je me souviens des éclats de rire connivents lors de la fellation du Diable au corps de Bellochio, projeté au Wepler, et des silences troubles lors de ces mêmes actes incessamment répétés quelques mètres plus loin, dans une petite salle de cinéma permanent du Boulevard de Clichy
Je me souviens du short blanc de Lana Turner et de ce plan américain inversé, la cadrant des hanches aux pieds
Je me souviens des New Wave Hookers
Je me souviens de Mireille Darc en veuve ingénue, et de son bikini sous la voilette
Je me souviens des panoramiques légers, des travellings latéraux discrets, des plans fixes sur la point des pieds, détaillant successivement et avec douceur l’immobilité de chacun des personnages endormis près du Fleuve, jusqu’à celle de l’enfant tué par le serpent
Je me souviens des trois premiers rôles de Sandrine Bonnaire, puis plus rien