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    Allez, une autre : "Il y avait bien longtemps qu'un film ne nous avait autant scotchés à l'écran. Pourtant derrière ses oripeaux modernistes et ses effets spéciaux réellement impressionnants, "Motor-Man" n'est pas le simple blockbuster de l'été qu'il se plaît à singer. Huis-clos malaisant en plein cagnard, il met surtout le spectateur en demeure de choisir entre son goût pour la castagne et l'introspection radicale. Petit génie de 22 ans qui ne joue jamais au petit malin, Fred Potinski aligne sans faiblir les séquences de pure mise en scène (l'attaque du fourgon) et des instants supendus où le climax déraille (le sourire inattendu  et ô combien révélateur de Motor-Man). Une claque !"

    On peut aussi imaginer que le générateur s'emballe et produise non plus de la critique consensuelle et consommable mais du surréalisme intermittent, emphatique avec les parias, négligent avec les vedettes, mêlant les thèmes et les adjectifs jusqu'à ce que le lecteur demande grâce. On peut toujours rêver.

    Certains idéalistes ont vu dans Minority Report de Spielberg une critique de l'invasion publicitaire... On notera quand même que dans ce film d'anticipation, les marques représentées sont bien réelles, agressant autant les personnages que le spectateur, et comment ne le seraient-elles pas d'ailleurs puisqu'elles sont d'abord les sponsors du film ? 

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  • 4

    Dans la descente vers le lac, la feuille rousse soudain collée sur le pare-brise se déroule comme une main de femme pressée (les doigts nerveux sur la paume malgré tout ouverte) puis elle se détache.

    Si j'étais doué en informatique, je fabriquerais volontiers un générateur automatique de critiques cinématographiques pour les rédacteurs fatigués. Cela ne devrait choquer personne puisque la plupart d'entre elles semblent toutes signées de la même plume.

    Avec quelques mots-clef, on aurait par exemple : "Jeune trublion du cinéma transalpin, Arturo Vinni (l'auteur du corrosif "Vos papiers !") n'en a pas fini avec nos petites lâchetés quotidiennes. Au gré de saynètes douces-amères, il n'a de cesse de nous rappeler nos démissions successives à travers les mésaventures de Sandra (Augustine Pialat, magnifique), gamine intrépide dont l'énergie à se sortir des mauvais pas fait plaisir à voir. Un film humaniste, tout simplement. A voir d'urgence."

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  • 3

    Il y a ceux qui sont d'accord avec vous mais qui tiennent à vous persuader que vous êtes avant tout d'accord avec eux.

    Nabe à Ce soir ou jamais entre Aillagon, Fabius et Bourriaud, c'est un peu la Crevette cernée par les Afrikaners de District 9 : son incontrôlable différence étonne d'abord, amuse ensuite et finalement exaspère. Voilà ce qui arrive quand on se prend à parler d'Art à des gens de culture, dont le musée portatif soigneusement épousseté supporte mal les griffures et les éclats.

    Le parallèle avec le film de science-fiction de Neil Blomkamp peut d'ailleurs se prolonger, car sous la trame des positions existentielles inconciliables, il n'y a ici rien d'autre que du jeu.

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  • 2

    Raphaël (4 ans) commence la plupart de ses phrases explicatives par "en fait" et ce si précoce besoin de synthèse m'émeut à chaque fois, tant il annonce de prochaines déconvenues et de futurs ressaisissements.

    Oliver Stone à Télématin : celui-ci félicite Michael Douglas de toujours faire preuve d'un "bon esprit" (en français dans le texte) et rattache son talent de cinéaste à son insatiable curiosité qui lui a toujours fait garder..."bon esprit". Cela me rappelle cet amusant animateur des années 80 qui annonçait systématiquement les chanteurs les plus improbables par cette flatteuse expression. Sur ce qu'elle signifie exactement, on n'en saura pas plus, peut-être simplement qu'il faudrait avoir très mauvais esprit pour considérer Michael Douglas comme un comédien médiocre et Stone comme un piètre metteur en scène.

    Viens de terminer MakeUp Artist d'Alex Porker, roman publié par Alexipharmaque, maison d'édition qui a le bon esprit de me publier. Il m'a été envoyé car susceptible de me plaire au vu de ses nombreuses références cinématographiques, mais c'est surtout sa construction singulière et son thème principal plus qu'audacieux qui m'ont séduit. Qu'un roman aussi intelligemment scandaleux soit à peu près complètement ignoré ne scandalisera que ceux qui croient encore à l'autonomie de la critique.

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  • 1

    Entre les textes morts-nés et ceux dont je dois faire le deuil, léger changement de cinématique : retour au journal sur le vif.

    Ce matin, le cri rauque d'un geai outré qui s'envole devant le chat. Ce dernier reste longuement en position d'attaque, comme si sa victime allait daigner s'offrir à nouveau.

    Revu la semaine passée, Les Incorruptibles. Un spectateur, deux personnages et toutes les combinaisons de regards déclinées, de la vision collective à l'aveuglement mutuel en passant par l'image d'avance et l'image en trop. Au panoptisme générateur d'inquiétude répond le leurre mortifère. Chez de Palma, tout voir ne rassure jamais mais se laisser distraire est fatal. A tout prendre il vaut mieux souffrir de voir que détourner les yeux. Ainsi le spectacle, à la fois anxiogène et addictif, dont on ne peut en effet subir que les affronts à force d'en espérer l'emprise.

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