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  • CORRESPONDANCES (7)

        Nous vivons dans notre société d'écoute et de partage, une sorte de fraternité post ou néo-chrétienne (on ne sait plus très bien), qui fait de chacun un prochain en puissance, fier d'une singularité qui ne remet jamais en cause le fonctionnement tribal, qui ne perturbe jamais en profondeur l'hybridation et le métissage, ces méthodes de choix pour profiter au mieux de tout et de tous.

         Mais alors pourquoi, le cinéma nous montre-t-il avec autant de constance la victoire sans appel (même si elle ne survient qu'après une somme d'écueils et de périls) de toute une série d'individualistes extrêmes, paranoïaques jusqu'au bout des ongles ? Quel est ce paradoxe qui veut qu'une société de transparence et de clonage consenti aboutisse à glorifier, ou du moins à laisser le dernier mot, à ce qui apparemment nie ses principes fondateurs ?

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        C'est tout simplement qu'il n'y a là aucune contradiction, car c'est bien le fait du persécuté que de traquer partout les zones d'ombre qui le menacent, et de rechercher en tous lieux et en toutes occasions, de la part de tous ceux qui le cernent, l'adhésion. Les puissants réseaux du Bien n'aboutissent qu'à la paranoïa instituée, qui sans cesse aux écoutes, évente tout ce qui pourrait s'apparenter à un secret et tue dans l'oeuf tout ce qui pourrait favoriser la négation.
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  • MODERNITE (7)

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    La critique cinématographique tombe souvent dans le travers qui consiste à déplorer l'évanescence de formes "oubliées en quelques minutes", ou à vanter les images qui à l'inverse, "hantent longtemps après leur vision".

    Il est pourtant des films qui ne vous ont justement marqué que par la brièveté fulgurante de leur pouvoir, et dont vous seriez incapable de faire le moindre résumé ou décrire le moindre plan sans que ce pouvoir même ne s'effondre ; d'autres qui vous insupportent tant ils s'accrochent à votre mémoire, comme la pire des ritournelles, sans rien activer d'autres que quelques vagues circuits de reconnaissance.

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  • BECASSINE !

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        Le délicieux cinéma de Bruno Podalydès, à la fois burlesque et mélancolique, est source d’enchantement depuis ses toutes premières œuvres, tel Versailles-Rive Gauche (1992), qui relatait avec une méticulosité augurant bien des catastrophes, les angoisses d’un petit-bourgeois amoureux,  en prise avec toute une série d’imprévus. Il y eut ensuite Dieu seul me voit (1998), conjuguant sous les auspices de Tati, poésie fragile de l’instant et bouffées d’inquiétude existentielle, puis Bancs publics (2009), clôturant cette trilogie sur les affres de la modernité, sorte de baroud d’honneur de l’ingénuité et du hasard, devenus contrefeux au temps des ruses et des programmes. Son dernier en date, le sensible Comme un avion (2014), mettait une fois encore en exergue, tout ce qui résiste au compresseur libéral et au cinéma conventionnel, tout ce qui s’épanouit à leurs lisières.

        « Bécassine » était ainsi pour lui un sujet en or, puisque fidèle à son habitude de renverser le premier degré, de regarder sous l’évidence, ce cinéaste qui avait déjà vivifié Gaston Leroux (avec ces deux petites merveilles d’horlogerie désordonnée que sont Le mystère de la chambre jaune (2003) et Le parfum de la dame en noir (2004)), avait toutes les raisons de ne pas relayer la bête illustration d’une provinciale inculte (le collectif breton Dispac’h, se déclarant à la fois indépendantiste, féministe, anticapitaliste et internationaliste, n’aura fait que jouer les opportunistes, en se scandalisant avant même que d’avoir vu le film), mais au contraire d’exalter à travers ce personnage, tous ceux qui font, le plus naturellement du monde, un décisif pas de côté. Ainsi chez cette nourrice d’un autre temps, décèle-t-il un courage et une capacité d’émerveillement hors du commun, ce qui est bien un acte de résistance quand les pleutres et les cyniques se confondent devant le même prompteur et derrière la même bonne conscience.

        Pour les amoureux des théâtres d’ombres, des lanternes magiques et des marionnettes, voici un récit qui fait se réunir Méliès et ma mère l’Oye, et qui surtout, chose rare au temps des fictions aussi froides que des théories, dégage une atmosphère. Celle-ci a le parfum de l’enfance fantasque, avec ses joies insensées et ses chagrins immenses, et met à l’honneur une vertu aujourd’hui bien oubliée, la sollicitude.

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