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11/10/2007

ANTI-MODERNITE

Herman Melville ayant su inspirer les réalisateurs les plus sensibles, de Huston à Carax, il était presque dans l'ordre des choses que Maurice Ronet, à son tour, soit touché.
C'est son adaptation émouvante de Bartleby qui a inspiré à Jacques Sicard ces quelques lignes inédites, que l'on croirait écrites pour Olmi.

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"Etre un scribe. En avoir le visage, comme un écran de cinéma qui accueille tout et ne retient rien. S’appeler Bartleby ou pas. Etre un employé de bureau. Devenir jour après jour le copiste d’une besogne dont l’accomplissement ne réclame que la colonne vertébrale, une chaise, un rond de cuir. Se vouloir le plumitif consciencieux de la paperasse qui n’épuise que les gestes réflexes et laisse libre le cerveau. Fatigue les nerfs inférieurs mais ne touche pas à la pensée. La pensée dans sa vacance primordiale, lorsqu’elle est encore sans objet, n’est qu’une vacance qui s’étend. S’enfoncer dans le plus rebutant pensum salarié et, du même coup, ouvrir, entre ses quatre murs finis, l’indéfini de cette étendue. Et y verser son poison. Ce qu’a de mauvais en soi la faculté de connaître, stérile comme une région saline. Plus nuisible d’être maintenue dans sa native vacuité, et d’abord à l’ignominieuse boutique dont on aura docile un temps tenu le greffe des minutes sonnantes et trébuchantes. Faire en sorte que cela aille très vite et bientôt ne plus rien sentir. Que la battue du temps qui toujours retourne la terre fraîche, calmement fossoie, même au cœur de l’apparente tête vide. Mais avec tant de peine alors, qu’on en entend l’ahan."

16:19 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : Maurice Ronet, Bartleby, Jacques Sicard | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

Commentaires

Euh... la photo est pas du Feu follet?

Écrit par : Kate | 12/10/2007

Mais absolument !

Écrit par : Ludovic | 12/10/2007

Olmi ? "Il Posto" (L'Emploi, 1961), sans doute.

Écrit par : Jacques Sicard | 12/10/2007

Ce film, revu récemment, est un chef d'oeuvre de rigueur et de pudeur, tout simplement bouleversant.

Écrit par : Ludovic | 12/10/2007

"Herman Melville ayant su inspirer les réalisateurs les plus sensibles, de Huston à Carax"

Et un très beau Billy Budd à Peter Ustinov. Robert Ryan est excellent en maître d'armes cruel et pervers. Les amateurs de huis-clos apprécieront. Il suffit d'enfermer des êtres humains dans un espace réduit et les passions éclosent.

Il est vrai que la nouvelle de Melville est une référence.

Écrit par : Sébastien | 12/10/2007

Les commentaires sont fermés.