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17/05/2011

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"Tout le monde n'est pas pareil !" s'insurge Bernard-Henri Lévy, et c'est au fond ce que tentait de démontrer son ami Strauss-Kahn, certes un peu abruptement, à la soubrette afro-américaine : il y a ceux qui énoncent et ceux qui acquiescent, ou pour le dire plus crûment ceux qui produisent -des "décisions politiques courageuses" comme DSK, des "oeuvres intemporelles" comme Polanski, de "l'art qui divertit" comme les publicitaires ou les patrons de radios libres, voire d'inopinées mais solides érections-, et ceux qui reçoivent.

Dans Dieu seul me voit, Albert Jeanjean découvre quant à lui qu'aucune femme n'est semblable à une autre, que le mot qui comble celle-ci irrite celle-là, que l'attention portée à l'une séduit l'autre, que l'on perd si l'on s'acharne sans gagner si l'on s'éloigne, et qu'il est en somme urgent de réapprendre à perdre du temps.

Il n'y a pas à choisir entre la distance amusée de Corto Maltese et l'hésitation inquiète d'Albert Jeanjean, ce sont les deux faces du même bouclier protégeant de l'air du temps, celui des rapines, des expéditions punitives, des mafias abjectes sûres de leurs coups.

25/05/2010

CIVILISATION

A relire aujourd'hui les quatrièmes de couverture des Particules élémentaires de Houellebecq et d'On ferme de Philippe Muray, romans exceptionnels parus il y a un peu plus de dix ans, on est frappé de la similitude des termes, autant dire de l'accroche : l'un se proposait de brosser le portrait d'une "civilisation nouvelle, alors qu'un seul mot suffit à la qualifier : désastre", tandis que l'autre se voulait "la chronique du déclin d'une civilisation, la nôtre."

Cette parenté aurait dû alerter le lecteur, ce grand naïf, ému et reconnaissant de trouver enfin une caution littéraire à laquelle raccrocher son dégoût, de constater qu'il n'était pas seul à haïr le monde chaleureux qu'on lui mettait sous le nez à la moindre occasion. En système libéral, en effet les remontrances sont autant de gâteries, la satire sert aux promotions, les réquisitoires mènent immanquablement aux dance-floors. Depuis dix ans, déclins et désastres civilisationnels ont été servis à toutes les sauces, des plus raffinées aux plus abjectes. A présent Luchini provoque des airs entendus et des gloussements de contentement en lisant du Muray au théâtre, Houellebecq ne semble même plus affecté de passer au "Grand Journal".

En système libéral, même Cassandre casse la baraque, et tout finit par sourire.

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15:50 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : houellebecq, muray, luchini, denisot, abjection, dépression | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |