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26/01/2011

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Les donneurs de leçons sont avant tout des demandeurs d'asile.

Même au pouvoir, la contre-culture exige toujours qu'on la menace d'un revolver.

Rien à déclarer est fabriqué exactement avec les mêmes ingrédients que Bienvenue chez les chtis : même mise en scène déplorable, même hypocrisie sociale, mêmes appels du pied, mêmes signes de la main, même naufrage esthétique, même bouillie morale. Son échec cuisant aura donc au moins une utilité : enseigner à Boon le sens de la relativité.

29/12/2010

54 -Conte de fin d'année

 J’ai reçu hier la visite d’un Institut de sondages sous la forme avenante d’une jeune femme blonde. Elle proposait une sorte de quiz culturo-politique, « rapide et déjanté », pour cerner les grandes tendances de demain. Avant même que j’aie accepté, elle a commencé avec une pointe d’excitation. La première question augurait de la nature des suivantes ; on se serait cru sur un ring ou pire, à la télévision.

- Nabe ou Houellebecq ?

Je lui aurais bien répondu qu’aimer l’un n’excluait pas d’apprécier l’autre, que le second permettait de ne pas trop regretter, au bout du compte, sa place dans le monde, et aidait en tous cas à bien l’identifier, sans se faire la moindre illusion, tandis que le premier se proposait ni plus ni moins que de le remplacer, ce monde, et qu’il fallait bien articuler tout cela pour vivre en paix ; mais je me suis retenu. Je n’avais pas envie de choisir, pas entre ces deux-là, alors j’ai répondu ce qui m’a semblé le plus logique, la logique du tiers inclus bien sûr, et c’est là que tout a dérapé.

 - Jean-Pierre Martinet.

 - Connais pas ! Il faut choisir dans la liste ! Donc « ne se prononce pas ».

 Après la pointe d’excitation, le début de l’exaspération, je n’étais peut-être pas le premier à lui faire ce coup-là. Elle a repris un peu plus vite :

 - Guillaume Canet ou Jean-Luc Godard ?

 Ah ! Ce besoin d’opposer le peuple à l’élite, de prendre alternativement le parti de l'un puis de l'autre avec la même morgue, de bien compartimenter le tout en se flattant des convergences, cette envie de toujours mieux se dédouaner, ce désir même pas honteux de castrer à jamais le cinéma populaire d’avant, celui de La grande illusion qui faisait salle comble tout en mettant à l’honneur métaphysique et politique.

- Jean Renoir !

- Je coche « Ne se prononce pas » !

 Son ton devenait saccadé et son souffle plus court. Elle avait me semblait-il les larmes qui lui montaient aux yeux mais particulièrement bien formée, elle tentait de n’en rien laisser paraître.

 - Bienvenue chez les ch’tis ou Potiche ?

 Le sourire dégoulinant contre le rictus en cul de poule ? Le littéral contre le second degré, la main pesante sur l’épaule contre le clin d’œil narquois, la destruction méthodique de tout ce qui faisait le sel de la comédie de mœurs ? Toujours la même rengaine : de la fausse empathie et de la fausse ironie, du mépris light, jamais rien de plus :

- Mercredi, folle journée !

- Jamais entendu parler : ce sera NSP ! C’est trop facile de ne jamais choisir ! Ni oui, ni non, toujours l’esquive, vous me faites penser à Monsieur Ouine ! La parodie de nuances pour ne jamais s’engager, la simili-mesure pour toujours mieux abdiquer, vous aspirez tout, fadement, et ne sélectionnez rien, lâchement ! Dieu vomit les tièdes, Monsieur !

Elle avait des lettres, la jolie représentante médiatique, Bernanos, rien que ça…. Je n’avais pas eu l’impression d’être tiède dans mes choix pourtant, mais c’est ainsi, la complémentarité des contraires, la synthèse qui transcende les polarités ou l’ailleurs radical qui en annule la fausse opposition, le Non qui brûle en enfer de Maître Eckart, tout cela, elle n’en voulait pas. J’essayai de faire la paix :

- Vous savez, être héraclitéen, c’est pas si facile…

- Clito, quoi ? répondit-elle hargneuse avant de me lancer une dernière perche, - Bénabar ou Biolay ?

- Jeanne Cherhal !

Alors sans même écouter mes réponses, elle a tout débité d’une traite. Il fallait en finir au plus vite : je la révoltais.

- Sarkozy ou Villepin ?

- De Gaulle !

- Freud ou Nietzsche ?

- Husserl !

- Badiou ou Finkielkraut ?

- Muray !

- Nations ou mondialisation ?

- Empire !

- Individuel ou collectif ?

- Conjugal !

- Clitoridienne ou vaginale ?

- Plexuelle !

- Libéral ou communiste ?

- Localiste !

- Jamais entendu parler ! Tous vos héros sont décédés et vos concepts mort-nés !, hurla-t-elle, décoiffée, rouge de colère, la lèvre inférieure tremblante.

Elle n’avait pas tout à fait tort. Me faisant alors comprendre que le sondage était terminé, elle a ramassé  pêle-mêle tous ses papiers, puis est partie furieuse en claquant la porte. Mais elle a laissé son numéro.

 

02/12/2010

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Elle se souvient si bien d'hier qu'il se plaint que leur couple n'avance pas, mais c'est surtout qu'il ne parvient pas à la suivre : on ne se démodernise jamais assez.

Je m'étonnais il y a peu qu'il existe des gens ayant envie de revoir Bienvenue chez les ch'tis, s'y préparant même avec gourmandise, et puis hier dans une salle d'attente, cette femme qui avoue avec une certaine fierté avoir relu trois fois tout Gavalda.

Un membre de la Fox, à la fin des années 20, affirma qu'un cinéaste avec l'intelligence de Murnau et le coeur de Borzage serait le cinéaste parfait. Or celui-ci existait déjà ; c'était Chaplin.