Tenté vainement de revoir hier 5X2 de François Ozon, vainement à cause du sentiment désagréable d'être en face d'une Cage aux folles inversée :
le principe de mélancolie de l'un venant s'imposer avec le même systématisme que le principe d'ironie de l'autre ;
les affèteries, les bourrades et les clins d'oeil n'empêchant jamais de bien souligner qu'on est dans l'entomologie des choses vues, donc dans l'inattaquable ;
l'exotisme d'une sexualité de postures, à suivre avec une vague sollicitude, ne permettant jamais de dévier d'un trajet de convenances où l'Autre est enfermé dans ses manières apprises ;
l'incompréhension des ressorts profonds d'une union pourtant complaisamment décrite s'accentuant du fait du plaquage théorique ;
l'incapacité de pénétrer le champ d'une identité sexuelle différente sans recourir aux syllogismes et aux amalgames venant détruire toute prétention sociologique (car nous ne sommes ici, comme chez Angot, Biolay ou Koons, que dans le sociologique).
-
-
CHEZ SOI
L’Eclipse (après L’Avventura et La Notte) se divise en un plan thématique où se bouffent le nez les amants courtois des troubadours (agissant comme un leurre, il n’importe pas) et un plan filmique, où s’éclipse la présence humaine, du moins jusqu’à ce que les choses, libérées par cette absence de leur usage ou échange, ne soient plus que des formes quiètes (essentiel, il fait qu’on épuise la saveur de chacune de ses phases).
Sur les éclisses des faux-acacias qui bordent l’avenue peu passante s’égoutte la lumière du ciel toujours serein jusqu’à sept, huit mille mètres ; puis l’azur disparaît et une teinte turquoise apparaît, qui devient de plus en plus intense ; aux environs de deux cents kilomètres, le ciel est noir.
C’est un vaste paysage urbain de fin d’après-midi – filmé comme un huis-clos, et en dépit du regret commun d’avoir froissé les draps pour plus que le sommeil, celui qui à présent le regarde à travers l’ombre filtrée, s’éprouve aussi dégagé du souci que devant un des intérieurs de Delft peint jadis par Pieter De Hooch – il l’habite.
(Jacques Sicard)
