Je mets en place à partir d'aujourd'hui une nouvelle catégorie de notes, intitulée "Les uns et les autres", qui chaque vendredi renverra vers un blog (ou un site). Pour l'inaugurer, je vous propose de rendre visite à Mr Arkadin, qui ayant pris connaissance des listes de lectures incorrectes publiées ici et là, en novembre dernier, notamment au Café du commerce ou chez le Dr Orlof, a eu la très bonne idée de recenser un certain nombre de textes ayant défrayé la chronique en matière de critique cinématographique. Un percutant texte de l'auteur remontant à il y a une dizaine d'années, y est d'ailleurs adjoint.
Cinq mois après la publication de ces diverses enfers de bibliothèques, la polémique continue d'ailleurs au Château de sable, autour du cas Céline (nous avions été nombreux à citer "Bagatelles pour un massacre") dans une série de commentaires vraiment passionnante.
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RECONNAISSANCE
Il se passe quelque chose en ce moment. Le vent tourne. Cela donne l'impression que la Nouvelle Classe ne sait plus à quel saint se vouer. Dans sa hâte et sa précipitation, la voilà qui se met à regarder de l'autre côté de la barricade, et à adouber ceux que naguère elle conspuait tant et plus, ceux qu'elle se devait de haïr, ne serait-ce que par ouïe-dire.
Après Juan Asensio félicité par Ariel Wizman, voilà que le blog "Cinématique" a les honneurs des chroniqueurs d'émissions radiophoniques.... Un ami m'en informe ce matin : hier, dans son émisssion matinale sur Europe 1, Marc-Olivier Fogiel, après s'être moqué du cinéma français qui "ne vaut rien comparé à Spielberg", et avoir tiré à boulets rouges sur les films d'auteurs, où "on ne comprend jamais rien", en est venu à se réjouir que sur la Toile, des blogueurs se ne se privent pas de critiquer ce monde prétentieux et bavard, "comme l'avaient fait en leur temps Les Inconnus". Il a ainsi cité nommément ce blog (ici, à la quarantième minute) ainsi que quelques autres qui sont justement en lien ci-contre, les comparant à de véritables "bouées de sauvetage".
Il m'est arrivé de critiquer la verve de Marc-Oliver Fogiel, peut-être même de lui manquer de respect en le mettant, sans doute abusivement, dans le même sac que tant d'animateurs modernes, dénués d'empathie et de finesse d'esprit, vulgaires, odieux même, prêts aux pires compromis et aux pires connivences. Je le regrette aujourd'hui, non pas tant parce qu'il me cite, mais parce que j'ai découvert, certes à cette occasion, en réécoutant un certain nombre de ses émissions, qu'il s'agissait d'un homme épris de culture, sincèrement révolté par les diktats et les doxas, et sans doute mal à l'aise dans le petit monde étriqué des médias. Il m'a fait penser au bout du compte à un homme comme Pascal Sevran, injustement mélangé avec les pitres télévisuels.

Le vent tourne en effet, et cette citation a sans doute un lien avec la revue de presse de Laurent Ruquier (dont j'avais très certainement jusqu'alors, méconnu le talent, le considérant à tort comme un vaniteux imbécile) de la semaine dernière, le 24 mars, qui entre Gala et VSD, avait osé mentionner Eléments (la qualifiant de "revue peu orthodoxe mais salutaire") dans le cadre d'un jeu de mots assez alambiqué, mais judicieusement trouvé, sur le Prince Charles et la Communauté Européenne, dont à vrai dire je ne me souviens plus de la chute. -
APRES L'HISTOIRE
Le couple et la famille représentaient le dernier îlot de communisme primitif au sein de la société libérale. La libération sexuelle eut pour effet la destruction de ces communautés intermédiaires, les dernières à séparer l’individu du marché. (Michel Houellebecq, Les particules élémentaires)

Après avoir entendu aussi bien les louanges d’avant Extension du domaine de la lutte que les cris d’orfraie d’après Les Particules élémentaires et surtout Plateforme, il est assez vite apparu que Michel Houellebecq n’avait jamais été vraiment lu par ceux qui faisaient profession d’étudier ses écrits, lesquels se sont donc successivement crus permis de voir chez ce grand écrivain, qui laisse loin derrière lui les auto-fictions frileuses, les auto-célébrations mornes et les pamphlétaires sans mesure, une forme nouvelle d’esthétiquement correct (comme une sorte de Cioran policé, aimablement contemporain) puis à l’inverse, un mixte bavard de cynisme et de misogynie (tel un Céline qui bénéficierait d’une scandaleuse impunité sociale). Et c’est exactement la même chose qui est arrivée avec son film, La possibilité d’un île, manifestement non vu par ceux qui se sont plaint de « la laideur des décors » ou de son « absence de rythme », l’affublant de l’injure suprême de « série Z », qui révélait sans équivoque non pas seulement leur méconnaissance du cinéma mais surtout leur haine de celui-ci une fois les panthéons bien installés.
(La suite, ici)