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  • 84

    Le secret, c'est qu'il n'y a pas encore de secret  : nous n'en sommes qu'à l'aube, tout peut encore être masqué.

    Assis sur le quai, je vis passer au fil de l'eau le cadavre de mon ennemi, puis celui de ses complices, ensuite et successivement celui de mes inimitiés, de mes relations distendues, de mes amis éloignés, de mes proches silencieux, enfin le mien qui me fit un petit signe de ralliement que j'ignorai froidement.

    L'autre monde de Gilles Marchand, ce n'est pas seulement l'univers virtuel des jeux de rôles, riche d'une noire liberté, qui viendrait contaminer la simplicité d'une réalité trop formatée, c'est aussi ce cinéma de genre vaniteux qui s'imagine qu'en simulant du Lynch et en déshabillant des filles-météo, on est bien plus au coeur des choses, que l'orsqu'on met en scène des amourettes de province et du jeu relationnel façon Rohmer. La ringardise du cinéma de Marchand tient justement dans cette fausse alternative qui montre qu'il n'a compris ni Lynch ni Rohmer, et bien sûr dans son absolue incapacité à filmer le monde autrement qu'à la manière de.

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  • 83

    Il suffit d'un regard en coin pour que la droiture s'incline : l'oeillade a toujours une longueur d'avance.

    Il me semble que Jean Gabin a tort : ce qui importe vraiment dans un film, ce n'est ni le scénario, ni le scénario, ni le scénario.

    Entre l'hypocrisie du consensus et la veulerie des marges, la suffisance du centre et les manipulations des périphéries, il n'est pas facile de retrouver ses petits. Sur la burqa, par exemple où tout a été dit, psalmodié, imaginé, décrété, sans trop s'embarasser de réalité. Un peu moins de signes, un peu plus de sens : ce documentaire d'Agnès de Féo prend un autre ton et laisse entendre d'autres voix.

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  • 82

    Lorsqu'un cinéaste est interrogé sur sa "filiation contrariée qui fait de lui un héritier de Kubrick (ou de Bergman)", un écrivain sur "son rapport au style digne des questionnements d'un Céline", la réaction la plus vaniteuse que je connaisse est contenue dans cette réponse emplie d'humilité - "c'est à vous de le dire, pas à moi" -, prouvant sans doute possible que le graphomane ou le tâcheron ainsi flatté n'a nullement perçu le piège, que pas un instant il n'a réalisé l'énormité de telles comparaisons. C'est dire où il se place.

    Sur les hauteurs du plateau, le Mont-Blanc reste voilé, à peine discernable en ce dimanche, profilant sans pudeur sa pyramide alourdie.

    Plus il a de femmes autour de lui, plus il déporte son buste vers l'avant, comme pour une confidence, avant de le rejeter ensuite brusquement en arrière, comme s'il en avait déjà trop dit. Certaines de celles qui l'entourent ont manifestement compris la rythmique de sa parade amoureuse, et boivent en plissant leurs yeux moqueurs ; deux plus âgées en revanche semblent persuadées de son charisme, ou du moins tiennent à le faire croire, si bien qu'elles prennent des mines délicieusement ahuries. Aucune Saint-Valentin ne changera les étapes de l'amour : de l'ironie à la bêtise.

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