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  • 81

    Au temps des dictatures de l'Est, seuls quelques membres du PC ou de beaux artistes conquis en revenaient émus, totalement aveugles à ce qui s'y déroulait. Aujourd'hui, des millions de crétins en bermuda n'ont rien vu à Djerba. Et on voudrait nous faire croire que le problème est politique ?

    Se prendre pour un rempart, et vouloir sans cesse le prouver haut et fort, c'est n'avoir jamais sérieusement sondé ses fondations. La solidité d'une vision ou d'un principe tient au contraire à ce qu'elle s'éprouve sans se justifier. L'indigné ne se connaît pas.

    La fièvre m'empêche de bien distinguer les traits de Philippe Tesson, dans cette émission assez lamentable présentée par Guillaume Durand. Un court instant il me semble même qu'il fait des grimaces épouvantables et d'odieux bruits de gorge, tandis que les invités, extrêmement mal à l'aise, soliloquent à toute vitesse pour dissiper la gêne, Frédéric Bonnaud s'étirant le cou jusqu'au craquement, Josyane Balasko cambrée sans raison, les autres gardant les yeux baissés un méchant sourire aux lèvres. France Télévision + 39° = Gombrowicz.

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  • 80

    Les donneurs d'avis culturels, qui décernent les médailles, dressent les tableaux d'honneur et montrent du doigt en huant, se séparent en deux groupes apparemmment opposés : ceux qui oublient, négligent ou vomissent le passé (on n'est pour eux jamais assez moderne) ; ceux qui ne commencent à admirer un artiste qu'avec un délai d'au moins cinquante ans entre sa mort et leur précieuse opinion (le déclin, vous comprenez). Ces deux attitudes sont évidemment similaires, dans les deux cas, une conception linéaire de l'Art, une idéologie que l'on peut qualifier de darwinienne ou de contre-darwinienne, est appliquée sans aucune nuance aux créations artistiques, celles-ci devant expressément illustrer la perpétuelle amélioration ou l'inexorable déperdition.

    Lorsqu'elle ouvrit la porte ce soir-là, trois émotions successives parcoururent son visage, l'étonnement las, le faible agacement et puis l'acceptation douce.

    J'aimerais bien comprendre pourquoi plus aucune femme n'a le sourire de Donna Reed ou le haussement d'épaules de Delphine Seyrig, alors qu'à leur époque, la grâce de ces gestes et expressions allait de soi : soit l'éternel féminin a muté, soit je n'ai pas assez bien regardé.

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  • 79

    Pour savoir comment les autres vous voient et l'accepter, il ne sert à rien de se ruiner en manuels de psychologie : l'achat de deux miroirs suffit et il convient alors de regarder dans l'un son reflet renvoyé par l'autre.

    Je n'ai jamais aimé les textes laborieux de Pierre Perret. Et encore moins cette vague aura subversive qui le précède depuis que Jane Birkin a chanté le Zizi en rougissant ou que des dizaines d'enfants ont libéré des oiseaux nés en captivité, les conduisant directement dans la gueule des chats. Suintant la moraline, ses pauvres rimes sont certes un cran au-dessus de celles de Bénabar, mais enfin, à ce compte-là...

    Qu'est-ce donc que cette « Monoforme » que Peter Watkins vilipende ?  C’est cette manière de filmer à l’identique de Paris à Hong-Kong et de Rio à New York, cette facture lise constituée d'un « mitraillage dense et rapide de sons et d’images, structure apparemment fluide mais structurellement fragmentée qui nous est devenue si familière […], dont les variantes ont des caractéristiques communes : répétitives, prévisibles et fermées à toute participation des spectateurs », soit l’inverse exact de son cinéma qui renvoyant dos à dos fascination et distanciation, libère le spectateur parce qu’il lui redonne du temps et de l’espace. L’audacieuse esthétique de Peter Watkins est ainsi cohérente avec sa contestation politique : battant en brèche les divers régimes d’images hypnotiques, il est l’un des rares à s’opposer aussi bien à l’effacement des identités qu’à l’essentialisme identitaire.

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  • 78

    Ils ne cessent de critiquer la masse, de décrier les réussites trop voyantes, de juger de haut les succès populaires, et puis dès qu'ils veulent vous attaquer, ils gloussent sur votre supposé petit nombre de lecteurs. Ce sont des gens qui se flattent d'avoir "plus d'amis que d'ennemis", comme si, là encore, la quantité faisait sens.

    Kill Bill 1. L'ambivalence du Père (Bill le meurtrier mais aussi le fabricant de sabre protecteur) ; l'immaturité du Fils (tous les hommes jeunes supprimés, ou plus simplement encore, fessés) ; la féminisation de l'Esprit (c'est bien la volonté des femmes qui dirige le récit de bout en bout) : Tarantino exprime très bien que c'est le christianisme déliquescent, "mondanisé", qui conduit au matriarcat.

    Chez Ellroy, Ava Gardner fait les cents pas le long d'une piscine avant de faire un doigt d'honneur à un ancien amant manipulateur. Chez Mc Carthy, la gratuité d'une telle scène est impensable, trop raide, trop riche de sous-entendus sur le fonctionnement d'une époque entière ; sa trivialité est ailleurs, dans la pseudo-limpidité de ses dispositifs, qui sentent la règle de trois et le programme.

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