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  • 87

    Un léger érythème dessine des spirales sur ses joues, quelle que soit la nature de l'émotion qui l'assaille, émotion qu'elle admet alors sans effort, vulnérable et lucide, qu'elle revendique même. Mais lorsque son visage s'empourpre tout à fait, aucun aveu ne lui est plus possible, elle demeure farouche, sa joie comme sa colère niées en bloc.

    Le cinéma provoque des rencontres inédites, par exemple celle de Freud et d'Abellio. Black Mamba (Una Thurman) : la névrose de la femme virile ; Black Swan (Nathalie Portman) : la psychose de la femme originelle. Reste la femme ultime, sans désordre et donc sans représentation.

    Après les deux volets de Kill Bill, je n'ai nulle envie de revoir un film de sabre alors que je suis impatient de me plonger à nouveau dans l'univers du western italien. C'est que Tarantino filme ses références différemment : de manière classique ses combats asiatiques alors que les originaux sont plutôt baroques, ce qui donne de la rigueur et du panache à des rixes habituellement brouillonnes et mal cadrées ; avec maniérisme ses allusions à Sollima, Corbucci et Leone, alors que les originaux sont contrairement aux idées reçues de facture classique, ce qui apparaît redondant et presque moqueur. Un genre admiré et annobli, l'autre incompris et de ce fait caricaturé, l'ogre hollywoodien ne digère pas toujours à l'identique.

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  • 86

    Elle ramène une mèche derrière l'oreille, s'attarde sur la nuque, alourdit à peine ses paupières, brèves secondes d'abandon avant le ressaisissement, court et illusoire instant fragile précédant l'assaut.

    On ne peut pas comprendre le plaisir qu'il y a à déjouer les codes si on ne s'est pas auparavant conformé rigoureusement aux règles.

    La seule opposition à l’extrême lisibilité du cinéma fictionnel, c’est-à-dire à sa propagande, à l’évasion qu’il promet et à l’abrutissement qu’il planifie, à sa mise au pas des émotions et des jugements, ce n’est pas le brouillage complet, l’indiscernable, le balbutiement. Il faut brasser les signes, sans doute, mais afin de viser le sens, et c’est ce à quoi Godard s’attache : refuser le confort lisse des fictions déjà dites (au sens où la messe est dite) auxquelles le cinéma n’a plus rien à donner sinon du cachet ; refuser le rocambolesque ou le rachitisme des scénarios, ces manoeuvres dilatoires bien connues, mais pour atteindre le rapprochement qui en dit long. Film socialisme développe l’utopique projet d’ordonner, d’organiser, d’éliminer les affects contradictoires et les slogans divers qui nous assiègent. Voir un film de Godard est pour certains considéré comme une purge : ils ne croient pas si bien dire !

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  • 85

    Mutantes est un documentaire sans grâce ni finesse qui nous assure que la libération des femmes, leur nécessaire mutation libératrice, passe par le godemichet, la moustache et les soirées saphiques barcelonaises. Qu'en dire à part ce qu'en dit le Dr Orlof sur Kinok, où il rappelle que "des gens comme Jack Smith ou Jean Genet risquaient la prison en tournant et montrant Flaming creatures ou Un chant d’amour alors que la seule chose que risque Virginie Despentes, c’est une critique dithyrambique dans Les Inrockuptibles."

    On croit se réfugier chez la Reine pour retarder le courroux de la Demoiselle à la mule, on imagine que se baigner chez la Dame du Lac, se balader dans les vergers de Morgane, se rafraîchir à leurs fontaînes, déjouent les rencontres avec la sorcière, mais la treizième revient, c'est encore la première, et c'est toujours la seule, ou c'est le seul moment.

    A la fin, le soldat perd et l'amant renonce, il n'y a plus que le romancier qui espère.

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