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  • 108

    Ce n'est qu'à force de lui crier "je t'aime" en toutes occasions qu'elle avait fini par s'en persuader, mais une seule pensée négative à son encontre a suffi pour qu'elle s'en déprenne.

    Parmi les mots d'ordre contradictoires dont les médiatiques font leur miel, il y a tout à la fois la promotion de ceux qui "assurent" et le respect pour ceux qui savent "lâcher prise". Il faudrait être un battant adepte du carpe diem, un nonchalant qui tire son épingle du jeu, un philosophe activiste...ou un nietzschéen de gauche. 

    La séquence finale du Héros sacrilège de Mizoguchi : "amusez-vous, riches ! Demain nous appartient !"

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  • 107

    Le masque africain assemblé en Chine trône au-dessus du canapé Savane. Affalé sur les coussins ocre, il n'en revient pas d'un printemps si chaud, pinçant en me clignant de l'oeil les cuisses roses et blanches de sa copine à lunettes. Brian, trois ans, ne cesse de réclamer du jus de pomme même lorsqu'il en renverse sur le carrelage. Public est ouvert sur les frasques d'une animatrice croisant haut les jambes : "des conneries, tout ça..." grommelle mon hôte en se resservant du rosé très frais.

    Il n'y a rien de pire qu'une certitude, affirment sûrs d'eux les hérauts du doute.

    La Menace d'Alain Corneau, non pas quelque part entre Clouzot et Melville, mais bien dans la lignée de Lang, parce que la technique impeccable sait s'y faire oublier, le symbole circulaire s'inscrire dans le décor, les rôles passés de ses acteurs nourrir leur personnage, le découpage et la musique parler pour eux (le film est au moins pour ses deux-tiers sans parole), et surtout la tragédie suivre sa pente de l'éblouissante première séquence au final oppressant.

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  • 106

    Plus on renie et plus on croit : l'abandon est la plus forte des tentations.

    Il lit avec profit, s'informe en conscience, se distrait tout en se cultivant. Sa femme a de beaux sourires tristes et leur fille unique connaît déjà, à huit ans passés, le dénouement de Millénium. Près de l'écran plat, une orchidée, et sur la table basse indonésienne un Jalouse entre deux Télérama. Ils votent Europe Ecologie, parce qu'il est temps, et ne voient pas d'un très bon oeil le retour du populisme. La salade d'endives et l"huile de noix, les vacances à Minorque, le Chi Kong, les pneus-neige, enfin le disque de Mélanie Laurent.

    Sur un matériau assez proche (les amours contrariées ou fantasques de trentenaires urbains et pensifs), Podalydès et Desplechin développent deux cinémas bien différents : pour lier entre elles les tranches de vie qui font le sel de leurs films, le premier privilégie l'espace et le rythme tandis que le second donne une place importante à la mélodie des dialogues. D'un côté le geste, dans la lignée de Tati (celui qui demeure inespéré comme celui qui est de trop), de l'autre le verbe, à la suite de Rohmer (celui qui dévoile et celui qui trompe), comme ferment entre les personnages. Voir la place des objets culturels dans le pesant Un conte de Noël (la Culture qui pense pour nous) et dans l'inventif Versailles, rive gauche (la Culture, on me pardonnera le jeu de mots, qui ne panse plus).

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