Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

08/09/2012

LIENS

contraband1.jpg

Connaître le passé n'est pas forcément la meilleure solution pour aimer le présent, mais cela permet au moins de ne pas idéaliser l'avenir. Ce qui évite bien des désagréments. Rien de tel qu'un zoom arrière pour remettre les idées à l'endroit et les fausses gloires à leur place. La belle équipe officie, le tout orchestré par Edouard de Nightswimming.

Un très joli texte sur un très joli film, Adieu Berthe de Bruno Podalydès, ainsi qu'un autre sur Laura de Preminger, entre lesquels on pourra déceler, et savourer, quelque liens.

Enfin quelques très aimables recensions des Images secondent sur Insifree, le Journal cinéma du Dr Orlof et Parutions.com.

17/05/2011

112

"Tout le monde n'est pas pareil !" s'insurge Bernard-Henri Lévy, et c'est au fond ce que tentait de démontrer son ami Strauss-Kahn, certes un peu abruptement, à la soubrette afro-américaine : il y a ceux qui énoncent et ceux qui acquiescent, ou pour le dire plus crûment ceux qui produisent -des "décisions politiques courageuses" comme DSK, des "oeuvres intemporelles" comme Polanski, de "l'art qui divertit" comme les publicitaires ou les patrons de radios libres, voire d'inopinées mais solides érections-, et ceux qui reçoivent.

Dans Dieu seul me voit, Albert Jeanjean découvre quant à lui qu'aucune femme n'est semblable à une autre, que le mot qui comble celle-ci irrite celle-là, que l'attention portée à l'une séduit l'autre, que l'on perd si l'on s'acharne sans gagner si l'on s'éloigne, et qu'il est en somme urgent de réapprendre à perdre du temps.

Il n'y a pas à choisir entre la distance amusée de Corto Maltese et l'hésitation inquiète d'Albert Jeanjean, ce sont les deux faces du même bouclier protégeant de l'air du temps, celui des rapines, des expéditions punitives, des mafias abjectes sûres de leurs coups.

16/05/2011

111

C'est une erreur de croire qu'à travers un roman, un film ou même la critique de ceux-ci, on ne parle que de soi, car c'est exactement l'inverse qui est vrai : on s'y enfouit, tout juste sans doute, mais on y disparaît quand même.

De la Libye à Strauss-Kahn, le système ne se perpétue et ne distingue qu'en passant de l'apathie à la curée.

Dieu seul me voit de Podalydès est un film sur le flou des sentiments et les menus détails des rencontres amoureuses, qui à travers la silhouette d'un homme indécis, propose le portrait précis de trois femmes. C'est grâce à ces deux apparents paradoxes qu'il parvient à tirer le (brillant) documentaire sociologique sur les us et coutume des années 80-90, vers le conte moral. Soit le chemin inverse de Desplechin qui sur des thèmes proches et avec parfois les mêmes acteurs, part d'archétypes et de symboles pour singer la chronique contemporaine. Ainsi le premier est-il beaucoup plus proche du Godard de Bande à part, Vivre sa vie ou Une femme mariée qu'il ne le croit, tandis que le second est beaucoup plus fidèle à Truffaut qu'il ne le souhaite.

18/04/2011

106

Plus on renie et plus on croit : l'abandon est la plus forte des tentations.

Il lit avec profit, s'informe en conscience, se distrait tout en se cultivant. Sa femme a de beaux sourires tristes et leur fille unique connaît déjà, à huit ans passés, le dénouement de Millénium. Près de l'écran plat, une orchidée, et sur la table basse indonésienne un Jalouse entre deux Télérama. Ils votent Europe Ecologie, parce qu'il est temps, et ne voient pas d'un très bon oeil le retour du populisme. La salade d'endives et l"huile de noix, les vacances à Minorque, le Chi Kong, les pneus-neige, enfin le disque de Mélanie Laurent.

Sur un matériau assez proche (les amours contrariées ou fantasques de trentenaires urbains et pensifs), Podalydès et Desplechin développent deux cinémas bien différents : pour lier entre elles les tranches de vie qui font le sel de leurs films, le premier privilégie l'espace et le rythme tandis que le second donne une place importante à la mélodie des dialogues. D'un côté le geste, dans la lignée de Tati (celui qui demeure inespéré comme celui qui est de trop), de l'autre le verbe, à la suite de Rohmer (celui qui dévoile et celui qui trompe), comme ferment entre les personnages. Voir la place des objets culturels dans le pesant Un conte de Noël (la Culture qui pense pour nous) et dans l'inventif Versailles, rive gauche (la Culture, on me pardonnera le jeu de mots, qui ne panse plus).